‹ Histoire des comtes de Toulouse (volume 3)Chapitre 59 sur 68 · AMEN · texte numérisé non relu

AMEN

Puis fut la comtesse menée Devant sainte Foi, et montrée A elle dans la sienne majesté.

La comtesse leur a conté Comment lui vint par vision Sainte Foi quand lui demanda le don; De tout leur a fort bien conté, Et comme c'était la vérité, Et elle conta ce que lui promit La glorieuse sainte Foi.

Tout le jour de la Pâque elle resta A Conques, après s’en retourna A Toulouse, et dès ce moment Tint à elle sa convention Sainte Foi, car grosse fut d’un fils La comtesse, et sans péril L’eut quand elle fut près d’enfanter.

Elle vint depuis sainte Foi louer, Et le prêtre qui le baptisa Sachez que Raymond il l’appela.

Après elle est enceinte D'un autre fils une seconde fois: ” Celui-ci on l’appela Henri ; Le père se tint pour bien fier.

Ainsi tint sa promesse Sainte Foi à la comtesse ; Sainte Foi en soit louée, Comblée de grâce et glorifiée, Et qu’elle nous donne d’avoir son amour - Et (celui) de Dieu notre créateur, AMEN.

Poas II, 14° comte de Toulouse.

Il est probable que, longtemps avant sa mort, Guillaume Taillefer remit ses États aux mains de son fils; car Pons IT, quand il perdit son père, était âgé de près de. quarante-cinq ans, et déjà, depuis l'an 1004, il avait le titre de comte f1). Nous voyons aussi que, lorsqu'il épousa Majore, de la maison de Foix ou de Carcassonne, il ui assigna un douaire, dont la composition seule prouverait, s'il en était besoin, sa prise de possession de l'héritage paternel.

Les détails relaüfs à ce douaire sont assez remarquables, en ce qu’ils nous apprennent que les comtes de Toulouse disposaient des propriétés et des revenus de l'Église, comme s'ils leur appartenaient en propre. Pons IT donna, entre autres biens, à sa femme l'évêché d'Albi, plusieurs églises de ce comté, la moitié de l’évèché de Nimes et la moitié de l’abbaye de Saint-Gilles.

Nous ne savons presque rien sur la vie de Pons II : le document le plus ancien, qui émane de ce comte, avec une date certaine, est une donation faite, en 1045, à l’abbaye de Moissac, où 1l est dit : « Ce prince très- « noble et très-puissant, pour marque de sa concession « et pour servir de mémoire à la postérité, s’est coupé « l’ongle du pouce, en sorte que le sang en est sorti (2). »

Majore mourut sans doute bientôt après son mariage,

(1) Voir l'Histoire générale du Languedoc.

(2) Idem.

ou bien elle fut répudiée, chose alors très-ordinaire parmi les princes et les grands. Entre l'an 1040 et l'an 1045, Pons prit pour femme Adalmodis, Almodis, ou Almodie, fille du comte de Lamarche, en Limousin, qui, unie d’abord au seigneur de Lusignan, s’en était bientôt séparée.

Ces divorces, si scandaleux, avaient habituellément pour prélexte une parenté, soit supposée, soit réelle, entre les deux époux. Or est-il présumable que des familles dont les intérêts étaient communs ne connussent pas les liens qui les rattachaient les unes aux autres? Au surplus, nous citerons, à cette occasion, un fait très-propre à caractériser les mœurs de cette époque. Pons, selon un historien contemporain, après avoir répudié Almodis en 1053, remit lui-même sa femme au comte de Barcelonne, pour qu'il lépousàt (1); et cette alliance nouvelle s'accomplit lorsque le seigneur de Lusignan existait encore. Ainsi, Almodis eut trois maris vivant en même temps, et tous les trois rapprochés par des rapports d'amitié ou des relations intimes.

Les désordres du sacerdoce ayant fini par exciter de vives clameurs, le pape Victor IT réunit un concile à Toulouse, pour mettre enfin un terme à des excès si contraires à la religion. Dans ce concile, on prescrivit le célibat aux ecclésiastiques, qui, paraît-il, ne s’attachaient

(1) Chron. maléac.

guère à l'observer. Trente ans au moins furent exigés

pour être élu abbé ou évêque, et on défendit au comte et à tous les suzerains de s'emparer des biens de l'Église. Malheureusement un concile avait peu d'autorité pour ramener le clergé du xr° siècle à la morale et pour rappeler un prince féodal à la justice! Pons IT, quant à lui, ne tint aucun compte des intimations de Rome. Comme son père, 1l lui arrivait souvent de prendre d’une main et de donner de l’autre. Ainsi il vendit l'évêché du Puy, et ensuite 1l montra une grande libéralité envers l’abbaye de Saint-Victor de Marseille, à laquelle il abandonna le domaine du Vigan, dans le diocèse de Nimes, avec ses nombreuses dépendances.

Les mêmes contradictions se remarquent aussi dans sa conduite privée. Sa vie était loin d'être 1rréprochable ; néanmoins il ne négligea rien pour obliger le monastère de Moissac à revenir à l'observation de sa règle. Sa facilité à rompre ses mariages prouvait fort peu de principes religieux, et d’un autre côté sa dévotion le détermina à entreprendre un pèlerinage à Saint-Jacques en Galice.

Nous ignorons si ce comte, pendant les années suivantes, eut quelque différend avec le roi Henri; mais, lorsque ce prince associa au trône son fils Philippe et le fit couronner à Reims, en présence de tous les prélats et de: tous les grands du royaume, n1 Pons IT, ni aucun des seigneurs et évêques du comté de Toulouse, n'assiste-

rent à cette cérémonie. Pourtant, Philippe [°* futreconnu, sans difficulté, dans les provinces méridionales, après la mort du roi Henri, survenue en 1060.

Pons mourut probablement aussi à la fin de cette même année, ou au commencement de l'an 1061. Il laissa trois fils de sa femme Almodis : Guillaume, Raymond et Hugues. Guillaume succéda à son père dans le gouvernement du comté de Toulouse, et Raymond eut pour sa part les comtés de Rouergue, de Gévaudan, Nimes, Agde, Béziers et Narbonne. Ce dernier acquit ensuite le marquisat de Provence, par son mariage avec la fille du comte de Provence, son oncle, et en outre hérita, à la mort de sa mère, de la moitié du comté de Saint-Gilles, reçu par elle en douaire, et qui se trouva confondu avec le comté de Nimes, comme le marquisat de Gothie l'était alors avec le comté de Rouergue. Enfin Raymond exerça sa suzeraineté sur le Velai et les comtés de Maguelone et de Soustantion (1).

Quant à Hugues, on ignore en quoi consisia son apanage, et 1l n'est plus fait mention de lui après l’an 1063.

Pons eut aussi une fille d'Almodis : elle reçut le nom de sa mère, et épousa le comte de Melgueil.

Un auteur anglais (2), presque contemporain, dit en parlant de ce comte : « Pons fut un prince extrêmement

(4) Sextario — ville qui existait sur les bords du Lez, à 3 milles au nord de Montpellier (voir Danville).

(2) Malm., liv. 2.

E @ux —

« vif et agissant; il rendit sa patrie recommandable par « ses actions, et la tira de l'obscurité où la paresse de « ses prédécesseurs l'avait laissée jusques alors. »

Aucun écrit du temps ne nous met à même de juger de la vérité de cet éloge; cependant nous savons que Pons réunit l'Auvergne et le Velai à l'héritage de ses ancêtres; et c’est sans doute à cet accroissement de territoire que s'appliquent les paroles louangeuses de Malmesbury.

Pons IL prit, dans divers actes publics, le titre de comte palatin, et en cela il a été imité par plus d'un de ses successeurs. Catel et dom Vaissette ont voulu connaitre le point de départ de cette qualification : à défaut de documents authentiques, ils ont dù se borner à des conjectures plus ou moins acceptables. Le premier de ces historiens a cru en voir l'explication dans le privilège dont Pons jouissait, d'entrer au palais, ou plutôt au conseil du roi, soit comme pair de France, soit comme vassal immédiat de la couronne. Le second a objecté judicieusement que, s’il en était ainsi, tous les autres vassaux immédiats et tous les autres pairs du royaume se seraient aussi qualifiés comtes palatins; et aucun d'eux ne l’a fait. D. Vaissette a donc pensé avec raison devoir chercher ailleurs l’origine de cette distinction particulière.

La charge de comte du palais était une des plus erandes sous la seconde race. Le roi envoyait parfois

celui qui en était revêtu rendre la justice dans les provinces, l’autorisant à prononcer d’une manière irrévocable, pour les affaires criminelles et pour les affaires civiles, en appel comme en première instance. Ce droit de justice souveraine fut, en quelques occasions, accordé par le monarque à de grands vassaux, mais seulement dans l'étendue de leurs domaines. Les comtes de Champagne, par exemple, ayant obtenu cette faveur exceptionnelle, prirent, dès lors, le titre de comtes palatins, et finirent même par le considérer comme étant héréditaire. Aïnsi ce seul fait nous éclairerait suffisamment pour dispenser de toutes recherches et de toute polémique.

Toutefois une autre circonstance jette de nouvelles lumières sur celte question. Quand un roi d'Aquitaine élait établi à Toulouse, il y avait un comte du palais près de sa personne. Guillaume I”, ayant longtemps occupé ce poste, l’auteur auquel nous devons la vie de Charlemagne l'appelle également comte palatin. On demandera peut-être pourquoi ses descendants n’ont pas continué à faire acte de cette prérogative honorifique : la réponse est facile. Le fils de Pons IE, ayant repris la qualification de duc, abandonnée forcément par son père et par Guillaume II, son aïeul, ne crut pas devoir jomdre, au titre le plus élevé de tous, des titres d’une importance moindre; et il a été imité en cela par la plupart des princes appelés ensuite à gouverner le comte.

Guillaume L] 15° comte

e Toulouse.

A la mort de Pons II, Guillaume IV, son fils, hérita du Toulousain, de l’Albigeoïis, du Quercy et du diocèse de Lodève; mais il conserva le marquisat de Gothie par indivis avec son frère Raymond ; il avait, de plus, la suzeraineté sur le comté d'Auvergne, donné aux vicomtes de Clermont, et sur celui de Carcassonne, possédé par le comte de Barcelonne. Quant au Périgord, à l’Agénois et à l’Astarac (1), dont 1l prenait aussi le titre de comte (2), il faut supposer que les comtes particuliers de ces provinces l'avaient reconnu pour maître, ou bien, chose plus vraisemblable, qu'il exerçait sur eux un pouvoir supérieur, en sa qualité de successeur ‘de Raymond-Pons, son aïeul, autrefois duc d'Aquitaine et de Toulouse. Cette dernière raison nous semble sans réplique, car nous voyons Guillaume, dans plusieurs actes, faire revivre en sa personne le titre de duc, dont il pensait devoir jouir, malgré la décision du roi Louis d'Outremer, qui

(4) L’Astarac fait aujourd’hui partie du département du Gers.

(2) Dans une des chartes en faveur de l’abbaye de Saint-Pons, Guillaume se qualifie : par la gràce de Dieu, duc et comte de Toulouse, Albi, Cahors, Lodève et Carcassonne. |

Dans un autre acte, que l’on croit être de l’an 1079, Guillaume confirme la donation faite, par le comte de Foix à ce même monastère, de l'église de Saint-Pierre d’Escousse, et il permet aux religieux de Saint- Pons de faire des acquisitions sur toutes les terres de ses domaines, ainsi que dans le Périgord, l’Agénois et l’Astarac. On voit donc par là qu’il se regardait non-seulement comme suzerain de ces comtés, mais qu’il commandait encore à tout le comté de Foix (voir l'Histoire générale du Languedoc).

avait transmis au duc de Poitiers la qualification de duc d'Aquitaine. |

Quoi qu’il en soit, l'autorité de Guillaume ne s’en étendait pas moins sur un immense territoire, et en ajoutant à ces possessions, déjà si considérables, celles qui ont êté désignées plus haut comme appartenant à Raymond, on se convaincra que la majeure partie du midi de la France obéissait, soit directement, soit indirectement, au comte de Toulouse et à son frère. Le Roussillon et le comté de Fenouillade {1}, ancienne dépendance du marquisat de Gothie, étaient presque les seules contrées restées en dehors de leur domination. Elles se trouvaient réunies au comté de Barcelonne, et les princes de cette maison disposaient d'assez de forces pour les défendre contre les empiétements de leurs puissants voisins.

Cependant, Guy-Geoffroy, duc d'Aquitaine, ne pouvai permettre à Guillaume [V de s’attribuer le titre de duc, transporté dans sa famille par la volonté royale : celte prétention lui faisait craindre des ‘projets d'agrandissement, et son intérêt l’engageait à s’y opposer. La guerre éclata donc bientôt entre ces deux princes, et tout nous autorise à penser qu'elle fut extrêmement vive dès son début; mais nos renseignements, à ce sujet, sont très-vagues, ou fort insignifiants. Suivant un contempo-

{1} Porlion du département de l’Aude.

rain (1), Guillaume se serait porté d’abord à l’improviste sur Bordeaux, et Guy-Geoffroy, pour se venger de ce qu'il regardait comme une perfidie, aurait marché avec toutes ses troupes sur Toulouse dont il se serait emparé. Malheureusement ce chroniqueur n’entre dans aucun détail sur un événement d’une nature assez grave pour appeler l'attention, et nous ne savons ni comment se termina cette lutte m1 à quelle époque se rétablit la paix.

IT est probable, toutefois, que la dispute entre le duc d'Aquitaine et le comte de Toulouse commença aussitôt la mort de Pons Il, et ne fut pas de trèslongue durée; car autrement il serait difficile de comprendre le silence gardé à cet égard par la plupart des historiens du temps.

Nous nous expliquons d'autant moins l'importance attachée par Guillaume IV au titre de duc, que ce prince, en prenant possession du comté de Toulouse, donna maintes fois des preuves de son abnégation et de sa simplicité. De lui-même et sans y être sollicité par personne, il se désista du droit de nommer les évèques ; droit que ses prédécesseurs conservèrent, malgré les décrets des conciles et malgré les sommations les plus impéralives des papes. Loin aussi de dépouiller les églises pour accroitre ses revenus, 1l se montra, au con-

(1) Chron. maléae.

traire, fort libéral envers elles, fit des donations à diftérentes abbayes, et exécuta de grands travaux à la cathédrale de Saint-Étienne de Toulouse, depuis longtemps -délaissée et en très-mauvais état.

Son désintéressement nous est révélé par plusieurs documents assez curieux. En abandonnant à l'abbé de Moissac une terre libre de toutes redevances seigneuriales, on remarque qu’il lui permet : « de bâtir des « fours pour cuire le pain, sans qu'il soit tenu de l'ap- « porter à ceux du comté. » En effet, tous les fours appartenaient alors au comte de Toulouse; aussi les appelait-on comitiales. Les habitants ne pouvaient envoyer cuire ailleurs, ou bien ils devaient se soumettre à une taxe désignée sous le nom de leyda.

Les anciennes chroniques sont remplies des actes inspirés à Guillaume par son esprit généreux et charitable. Mais il mérita surtout les éloges de ses contemporains par ses efforts persévérants pour rappeler à ses devoirsun clergé livré aux excès les plus déplorables. Le désordre était arrivé à ce point que, sur le territoire de certains diocèses, 1l était impossible de trouver un prêtre pour la célébration du service divin et l'administration des sacrements. Guillaume, dans cette tentative louable, fut secondé activement par Izarn, évêque de Toulouse, qui, pour empêcher les chanoines de contrevenir à leur règle, ne leur permit plus de posséder rien en propre. Toutefois, en leur enlevant les moyens de mal faire,

Izarn mit le chapitre de leur ordre à même de pourvoir à leurs besoins et leur laissa, à cette intention, les émoluments que les évêques de Toulouse retiraient des jugements où l’on accordait l'épreuve de l’eau froide (1), la moitié du sel qu'ils avaient droit de retirer du bourg Saint-Saturnin, et plusieurs autres petits revenus de ce genre.

Izarn, dans son zèle pour la réforme, foulut étendre son autorité sur l'église de Saint-Sernin, qui avait la prétention de dépendre seulement du saint-siége, et il at-

tira par là, eu comte Guillaume, des démêlés sérieux

avec le souverain pontife.

Les chanoines de cette église venaient d’embrasser la règle de Saint-Augustin et s'étaient placés, à cette occasion, sous la protection de la cour de Rome; néanmoins Guillaume les chassa de leur cloître pour y installer des moines de l’abbaye de Cluny. Cet acte de violence excita une vive émotion et parmi le clergé de la ville et même

(4) Pour l'épreuve de l’eau froide, on commençait par excommunier l'accusé, puis on le jetait, pieds et poings liés, dans un bassin dont l’eau avait été consacrée. S’il allait au fond, il était réputé innocent; s’il surnageait, au contraire, on le déclarait coupable. |

L'épreuve par l’eau chaude s’exécuiait en obligeant l’accusé à plonger son bras nu dans une cuve d’eau bouillante, au fond de laquelle il devait prendre un anneau béni. Le juge, en présence des prêtres et du peuple, enfermait ensuite le bras du patient dans un sac de toile qu’il scellait de son cachel. Trois jours après, le sac était ouvert. Si la brûlure n’avait laissé aucune trace ou si les marques étaient peu apparentes, l'innocence de l'accusé était reconnue.

parmi le peuple. Grégoire VIT adressa, à ce sujet, une réprimande sévère au comte de Toulouse. Guillaume, désapprouvé déjà par les archevêques de Lyon et de Narbonne et par les évêques et les principaux habitants du pays, se trouva dans l'obligation de rappeler les religieux de Saint-Sernin. Ne craignant pas, d’ailleurs, de reconnaitre ses torts, il en exprima des regrets par un acte public, et promit ensuite, pour lui et pour tous les membres de sa famille, de ne plus inquiéter à l'avenir les chanoines lant qu'ils vivraient canoniquement.

Guillaume IV se maria deux fois : la première, vers l’an 1066, avec Mantilis ou Mathilde Mahaud, dont on ne connaît pas la famille; la seconde, avec Emme, Émine ou Agnès, troisième fille de Robert, comte de Mortaing (1), frère utérin de Guillaume le Conquérant.

Deux fils furent les fruits de sa première union, et tous les deux moururent en bas âge. D'après des chartes parvenues jusqu’à nous (2), et par lesquelles Guillaume confirme des donations à l’abbaye de Saint-Pons de Thomières pour Le repos de son âme, celle de sa femme, de son père, de sa mère Almodis, on voit qu'en 1080

{4) De la province de Normandie.

(2) Dans l’une d’elles Guillaume se dit : par la grâce de Dieu, comte ei duc de Toulouse, de l’Albigeois, du Quercy, du Poitou, du Lodévois, du Périgord, du Carcassez, de l’Agénois et de l’Astarac. Ces chartes sont de l'an 1080 (voir Histoire générale du Languedoc).

ses fils vivaient encore, et que l'ainé se nommait Pons.

Il restait à Guillaume, de sa seconde femme, une fille appelée Philippia, qui s’unit, vers l’an 1086 ou 1087, avec Sanche Ramire, roi d'Aragon et de Navarre (1). Ce prince ayant été tué au siége d'Huesca, au commencement de l'an 1094, Philippia épousa, à la fin de cette même année, Guillaume IX, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine. On était loin alors de prévoir les suites fàcheuses qu’aurait ce mariage, non-seulement pour le comte de Toulouse, mais pour la France elle-même.

Guillaume n'était pas mort en 1093; il en existe des preuves positives; cependant, l’année suivante, lorsque sa fille épousa le duc d'Aquitaine, 1l avait cessé de vivre. Un auteur du temps (2) nous apprend qu'il termina ses jours à Jérusalem, où il était allé en pélerimage.

S'il faut en croire Malmesbury, « Guillaume avait l’esprit lourd et lent. » En le jugeant d’après ses actes, nous pouvons ajouter qu'il était pieux, loyal et juste. Sa Hibéralité envers les pauvres, les hôpitaux et les maisons religieuses l’a fait appeler le prince très-chrétien (3), et il’ mérita d'autant mieux cette qualification, qu'il usa de toute sa puissance pour ramener l’ordre et la discipline parmi le clergé; aussi Izarn s'est-il plu à proclamer les

(4) Gaufrid. vos. (Geoffroy, prieur de Vigeois, écrivain du xrr° siècle.) (2) Idem.

(3) Tégula.

vertus de Guillaume et surtout à le louer « d’avoir « délivré, autant qu'il lui avait été possible, l'Église de « Toulouse des mains de ses ennemis. »

Jusqu'ici notre travail s’est ressenti du manque de matériaux authentiques et du silence des chroniques contemporaines. Le plus rarement possible, pourtant trop souvent encore, 1l nous a fallu recourir tantôt à des conjectures laissant parfois place au doute, tantôt à des suppositions prêtant plus ou moins à une critique rigoureuse. L'époque dans laquelle nous ne tarderons pas à entrer nous permettra désormais de nous appuyer presque constamment ou sur des témoins oculaires, ou sur des écrivains qui, parlant d'événements récemment accomplis, n’ont pu commettre ni des oublis bien regreltables n1 des erreurs bien importantes.

Après le successeur de Guillaume IV, ou, pour mieux dire, vers la fin du xr° siècle, nous verrons se dissiper peu à peu les nuages qui enveloppent l'existence des premiers comtes de Toulouse; et, si longtemps nous avons dû marcher avec peine à travers les récits exagérés ou fabuleux, bientôt l’histoire nous présentera les faits sous leur véritable jour, et sans avoir besoin, à chaque pas, d'explications, d'interprétations ou de commentaires.

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