X. — Synodes diocésains de Lwow en 1694 et
L'exemple de Winnicki engagea Jean Sobieski à s'efforcer de faire aller les choses officiellement de l'avant du côté de Szumlanski également; le roi adressa donc, le 16 novembre 1694, à l'évêque, aux supérieurs de monastères, au clergé, aux nobles et aux bourgeois ruthènes du diocèse de Lwow, une lettre les invitant à se réunir le 26 décembre à l'église de la Dormition de Lwow, pour y discuter la question de l'Union 2. Il délégua à cette réunion Christophe Skarbek,
1 . Ce paragraphe se réfère à deux reprises au colloque de Lublin : il s'agit probablement de l'ouvrage de Zochowski.
2. Actes de ces assemblées de fin 1694 dans E. Likowski, Geschichte des allmàligen Verfalls der unirten Ruthenischen Kirche im XVIII. undXIX.Jahrhundert unter polnischen und russischen Scepter, trad. par A. Tloczynski, t. n, Poznan, 1887, p. 285-290.
chef du district civil de Halitch; il le munit d'un message faisant connaître son désir de voir tous ses sujets professer la même foi catholique pour s'unir contre le péril turc, et assurant dans ce cas aux Ruthènes des privilèges et honneurs équivalents à ceux que possédaient leurs égaux catholiques.
La journée du 26 décembre ayant été remplie par la solennité liturgique d'ouverture, ce n'est que le 27 que fut lu ce message; le délégué royal et ses adjoints furent ensuite priés de se retirer afin que l'assemblée puisse délibérer en toute liberté. Cela fait, Szumlanski prit la parole. Cette fois, comme il l'avait prédit, il était bien décidé à s'entretenir sérieusement avec ses diocésains et il défendit chaleureusement les idées contenues dans le message royal. L'assemblée ne se laissa pas convaincre, arguant toujours des objections présentées dans le passé.
Le 28, les délibérations se poursuivirent à la cathédrale S. -Georges, mais n'aboutirent pas davantage à un résultat. Skarbek ayant demandé de se faire entendre, il fut admis et plaida à nouveau la cause de l'Union; l'évêque de Lwow l'appuya une fois de plus. Mais l'assemblée refusa de le suivre; après une dernière intervention, l'émissaire royal n'obtint rien de plus et il se retira.
Le 29, l'assemblée voulut rédiger une réponse écrite au message royal, louant le souverain et son délégué de leur sollicitude et déclarant envoyer au roi ses propres représentants pour faire connaître son point de vue. Mais Szumlanski s'opposa vivement à ce projet; il fit valoir que ni le patriarche de Moscou, ni le métropolite dissident de Kiev, ni le patriarche de Constantinople n'avaient une autorité morale suffisante pour réaliser l'unité autour de leur personne et que seul le pape pouvait le faire; il mentionna l'exemple du diocèse de Przemysl et déclara, pour sa part, vouloir le suivre. Mécontents, la plus grande partie de la noblesse et des moines, les délégués de la confrérie stauropégiale de Lwow et des autres confréries se retirèrent. Szumlanski assembla alors dans une chapelle plus petite de la cathédrale les membres du clergé séculier et leur demanda s'ils lui resteraient fidèles ou non; ils répondirent affirmativement, mais firent valoir la situation matérielle inférieure dans laquelle ils se trouvaient vis-à-vis des moines et des confréries et exprimèrent l'espoir de la voir améliorer par le souverain. Les troubles politiques, la mort et la succession de Jean Sobieski laissèrent cette résolution en suspens.
Ce n'est qu'en 1700 qu'eut lieu la troisième étape vers l'Union. Le dimanche 25 avril, Szumlanski convoqua le synode diocésain qui confirma l'adhésion du clergé séculier à Rome et envoya l'évêque auprès du nouveau roi Auguste II, pour obtenir le diplôme garantissant les mêmes immunités que celles possédées par le clergé déjà uni
à Home. Ayant obtenu ce diplôme, grâce à l'appui du maréchal de la cour Jablonowski, l'évêque Szumlanski fit solennellement profession de foi catholique le dimanche 6 juin, entre les mains du cardinal Radziejowski, primat de Pologne, et du nonce apostolique, en pré? sence du roi, du Sénat, et de nombreuses personnalités l. La confrérie de Lwow, étant indépendante de l'évêque, ne le suivit pas dans l'Union; elle ne devait y adhérer qu'en 1708, moyennant une déclaration de Clément XI qui la faisait relever immédiatement du Saint- Siège.
Denys Zabokricki, évêque séparé de Lutsk depuis 1695, accepta l'autorité romaine en 1702 2.
1. Les documents concernant cette cérémonie ont été publiés par A. Theiner, op. cit., t. iv, n. 7, p. 9-11. — Szumlanski mourut en 1708.
2. Lettre du métropolite ruthène, Léon Slubicz-Zaleski, annonçant ce retour à l'unité {ibid., n. 12, p. 17).