Cf. concile de 1736, III, iv
8. Cf. concile de 1736, III, vi, 2. La décision romaine vise notamment un nouveau missel manuscrit répandu à quelques exemplaires seulement, que le patriarche fit approuver par le conciliabule de 1773, et le jeûne précédant la fête du Sacré-Cœur.
tandis que les décisions 3, 5, 10, 13, 16, 18, 19, 20 touchent au: rapports juridictionnels entre le patriarche et les évêques, qui formaient un des aspects les plus délicats de l'application des décrets du Mont-Liban. Ceux-ci n'étaient pas toujours d'une précision juridique extrême : le texte manuscrit arabe n'existait qu'en quelques exemplaires au Liban, alors que le Saint-Siège se basait sur le texte officiel latin. Aussi, très prudemment, la S. Congr. de la Propagande demande-t-elle des éclaircissements sur des points précis (décisions 16 et 18), au sujet desquels elle semble bien vouloir attribuer aux pouvoirs patriarcaux des limites non prévues par le concile de 1736. Affaire délicate et exigeant du doigté : une certaine latitude dans la façon de faire connaître et appliquer les décisions du 8 juillet 1774, et de fournir les renseignements demandés, est laissée au nouvel ablégat apostolique, Pierre Craveri, ancien missionnaire en Terre sainte, qui arrive au Liban le 20 janvier 1775.
Malheureusement Craveri se range trop rapidement et ostensiblement du côté de l'opposition au patriarche et rend ainsi l'entente avec celui-ci fort ardue. Il se borne cependant à promulguer publiquement les sept premières décisions romaines et communique les autres en privé. Estéphan donne quelque commencement d'exécution aux décrets romains difficilement contestables, mais se retranche pour le reste derrière l'appel qu'il a interjeté contre le rapport du P. Valérien, qui était à la base des décisions du 8 juillet 1774, par l'envoi à Rome de son délégué Arsène Abdoul-Ahad. Mais comme Craveri adresse à Rome des rapports violemment hostiles contre le patriarche, l'évêque Arsène doit attendre jusqu'en 1777 pour obtenir audience du pape.
Le résultat de cette audience est que la S. Congr. de la Propagande se décide enfin à prendre position sur l'appel patriarcal et les moyens de droit produits : elle se borne à confirmer les sept premières décisions déjà promulguées par Craveri, en donnant même une interprétation plus favorable au patriarche quant à la quatrième 1. Cette manière de faire indique suffisamment que Rome ne voulait pas couper les ponts.
Pendant ce temps, au Liban, l'ablégat s'était décidé à recourir à l'appui de l'émir Joseph Chihab qui, quoique non baptisé, aimait à
1. Le décret porte la date du 10 mai 1777 et se lit notamment dans Collect. Lac. y t. ii, col. 498-499; Anaïssi, Bullarium..., n. 128, p. 424-428. — Dans le décret, les sept décisions de 1774 sont reprises avec la réponse à chacune d'elles In decisis, à la quatrième est ajouté : juxta modum; le montant des dîmes à payer n'est fixé que pour six ans ; le patriarche pourra donner le mandat de les récolter non seulement une fois pour toutes, mais chaque année; la somme annuelle sera payée en deux fois.
s'occuper des affaires maronites et auquel Estéphan lui-même s'était déjà plaint dans le présent conflit. Son ministre Félix Saad El-Khoury était d'ailleurs maronite. Le décret de 1777, parce qu'il constituait un rejet de son appel, mécontenta le patriarche; le fait que ce rejet était conçu en termes modérés lui donna l'idée d'essayer de prolonger encore la résistance. A l'occasion de la mort de l'évêque Athanase Scenai, qu'Estéphan avait établi sur une partie du diocèse de Beyrouth en concurrence avec Michel Fadel, celui-ci fit confirmer par le Saint-Siège qu'il était l'évêque légitime de tout le diocèse; le patriarche, de son côté, ordonna, pour succéder à Athanase, Joseph Nejeim, en octobre 1779.
Estéphan ignorait sans doute encore à ce moment que son sort avait été réglé à Rome. Une commission de cinq cardinaux de la Propagande nommée par Pie VI pour l'examen des affaires maronites rendit, le 25 juin 1779, un triple décret : Hendiyé et son adjointe Catherine devaient être enfermées dans des monastères distincts et tous les écrits d' Hendiyé rassemblés; l'institut du Sacré- Cœur était supprimé, le couvent de Békorki attribué à la nation maronite, les moines et moniales des trois maisons filiales devaient passer à l'ordre antonin ou retourner chez eux; le patriarche était suspendu de ses pouvoirs patriarcaux et épiscopaux, convoqué à Rome et remplacé par Michel El-Khazen, avec le titre de vicaire patriarcal, enfin l'évêque Germain Diab, aumônier de Békorki, devait rétracter ses erreurs. Le 17 juillet, Pie VI confirma ces décisions en les insérant dans une Constitution apostolique et il adressa une lettre demandant au clergé et aux fidèles maronites 1 de les accepter avec calme et obéissance.
L'ordre public avait été suffisamment troublé pour que l'émir, sur les instances d'ailleurs un peu exagérées de l'ablégat apostolique, fît connaître sa volonté ferme de voir appliquer les décisions romaines. Le patriarche lui-même et Joseph Nejeim signèrent, le 18 janvier 1780, une déclaration 2 par laquelle ils reconnaissaient à Fadel tout pouvoir sur le diocèse de Beyrouth; ils affirmaient asssi se soumettre à tous les décrets romains, anciens comme récents. Le patriarche se mit en route pour Rome, malgré son grand âge et sa mauvaise santé. Mais un voyage pénible le força à s'aliter au monastère du Mont-Carmel en juin 1780.
Le 1er juillet, le pape adressait à l'émir un bref de remerciement
1. Texte des deux documents dans de Martinis, t. iv, p. 241-245; Anaïssi, Bullarium..., n. 174-175, p. 412-418.
2. Texte italien aux Archives de la Congr. de la Propagande, Congr. pari, dei Maroniti dellanrw 1781, vol. cxxxvm, fol. 147, v°.
conciles. — XL — 20 —
pour son appui l. Fort de celui-ci et de l'éloignement d'Estéphan, Michel El-Khazen convoqua, pour le 21 juillet, un concile qui devait se tenir au couvent de Maïphouq près de Batroun, sous la présidence de Tablégat Craveri 2. Raphaël Haqlani et Joachim Yamin, Gabriel Moubarak et Michel Fadel s'y rendirent; Antoine Mohasseb, évêque de Batroun et de Gebail, ne vint pas; Paul Estéphan et Joseph Nejeim, ordonnés évêques par le patriarche à Tencontre des instructions romaines, ne furent pas convoqués. Les supérieurs des trois congrégations monastiques, des anciens élèves de Rome, d'autres prêtres et laïques assistèrent au concile.
A la ire session furent désignés les officiers du synode; à la ne session, le 23 juillet, l'ablégat prononça un sermon, puis les quatre premières décisions de 1774 furent lues et approuvées 3. Les canons complémentaires suivants furent adoptés.
1. Le siège de Beyrouth est reconnu à Michel Fadel 4 et celui de Damas à Raphaël Haqlani 5.
2. Le nombre des diocèses sera désormais toujours limité à huit 6.
3. Les évêques titulaires demeureront auprès du patriarche; ils seront à sa charge toute leur vie et non à celle d'un monastère.