Calomnies contre Cyrille et contre sainte Palchérie
Nous avons vu le parti d'Antioche accuser, à plusieurs reprises, Cyrille et ses amis d avoir opéré par la corruption le changement qui s était produit dans les opinions et dans la conduite de la cour. Le document le plus significatil sur cette question est une lettre du vieil Acace de Bérée, âgé de cent dix ans, à Alexandre d'Iliérapolis. Celui-ci assurait avoir appris de Jean d'Anlioche, de
1. Mansi, op. cit., I. iv, tH)l. 1408, t. v, col. 810 ; Ilai'douiu. op. cit., l. i, col. 1569. Daus plusieurs exemplaires, ce discours de Théodoret porte ou litre : Dicta in Chalcedone dum esseiit aiituri. Le discours suivant prononcé par Jeau d'Antioche prouve que cette donnée chronoloojique est exacte.
2. Hardouin, op. cit., t. i, col. 1571 ; Mansi, op. cit., t. iv, col. l'ilO : t. v, col. 812.
o. Pulchérie était fille de l'empereur Arcadius (399-453) ; régente pendant la minorité de sou frère elle donna la mesure de sa haute entente des affaires et se vit conférer le titre d Augusta en 414. Depuis que Théodose II fut niontt- suc le trône, elle gardait une situation considérable soit que l'empereur s inspirai de ses conseils, soit qu il essayât de s en passer. Devenue impératrice en 450, le 28 juillet, elle épousa .Marcien le 24 août. Nous la retrouverons. Cf. A. Costaicli. Santa Pulcheria, impératrice di Costaiitinopoli, racconto storico del secolo ^, in-16, Sieua, 1898 ; Acta sanct., sept. t. m, p. 503-540 ; l. iv, p. 778- 781 ; G. Stokes, dans Diction, of Christian fiio^rapliy ; Ani. Thierry, Deux inipératrices d Orient, Pulchérie et Athénais, dans la Re<>uc des Deux .Mondes, 1871, série VlIIe^ i. xcv, p. 'iOu-428 ; La revanche du brigandaj^e dEplièse, Pulchérie et Marcien, daus la même revue, 1872. (H. L.)
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Théodoret et d'autres, qu'à l'origine l'empereur avait été tout à fait favorable au parti d'Antioche ; mais que Cyrille avait acheté le riche eunuque Scholasticus et bien d'autres avec lui. A la mort de Scholasticus l'empereur trouva la preuve écrite qu'il avait reçu de Cyrille plusieurs livres d'or ; Paul, neveu de Cyrille* et fonctionnaire à Constantinople, avait fait les paiements. L'empereur avait alors confirmé la déposition de Cyrille et de Memnon ; mais Cyrille s'était échappé de sa prison à Ephèse, et les moines de Constan- [246] tinople avaient, pour ainsi dire, forcé la main à l'empereur, afin qu'il congédiât le concile et qu'il accédât à leurs désirs ~. (Il s'agissait probablement de la délivrance de Cyrille.)
Cette nouvelle, que l'évêque de Bérée ne prétendait du reste savoir que par ouï-dire, et qu'il tenait de gens qui l'avaient entendu dire à d'autres (on se souvient que ceux du parti d'Antioche ne pouvaient pas aller à Constantinople), inspire, à première vue, des soupçons. Nous savons que ce Scholasticus patronnait jadis Nestorius , plus tard, il pencha vers le parti opposé, en sorte qu'il a pu intercéder auprès de l'empereur en faveur de ce dernier parti. Il est également vrai qu'après les conférences de Chalcédoine, Théodose renouvela la déposition de Cyrille et de Memnon ; mais il est peu plausible que l'empereur, averti de l'intrigue et ayant pou?- ce motif conûrmé l'édit contre Cyrille et Memnon, ait ensuite, dans un si court espace de temps, rendu la liberté à tous deux, et les ait réintégrés sur leurs sièges. En outre, pendant que les députés du parti d'Antioche se trouvaient à Chalcédoine, par conséquent dans le voisinage de Constantinople, ils ne soufflent pas mot de cette découverte faite après la mort de Scholasticus, et pourtant elle aurait dû avoir lieu avant leur départ de Chalcédoine. Et cependant quel parti à tirer de cet incident et quel sujet de triomphe 1 II est bien peu vraisemblable, d'un autre côté, que Cyrille ait pu ou voulu s'échapper de sa prison d'Éphèse ^ ; s'il y parvint, l'empereur, au lieu de le punir, lui eût-il envoyé un décret lui accordant la liberté ? Enfin, d'après la rumeur publique, ce n'était pas Scholasticus, mais Pulchérie, la sœur de l'empereur, qui s'était particulièrement
1. Il était fils non pas du frère, mais d'une sœur de Cyrille, c'est-à-dire de Isidorn. Voyez la lettre que son frère Athanase, prêtre d'Alexandrie, remit au concile de Chalcédoine. Hardouin, op. cit., t. ii, col. 331 ; Mansi, op. cit., t. vi, col. 1022 sq.