‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 342 sur 407 · EUTYCHÎ-S CHERCHE A SE JUSTIFIER · texte numérisé non relu

EUTYCHÎ-S CHERCHE A SE JUSTIFIER

la peau de l'agneau, sont des loups ravisseurs. Tel est le cas d'Eu- Ivchès : il a lait mine de dt^lendre l'oitiiodoxie contre Nestorius^ mais il a lui-même cherché à troubler la foi orthodoxe et î» renouveler les anciens errements de Valentin et d'Apollinaire. Il n'avait pas rougi de déclarer devant le saint concile qu'il ne fallait pas admettre que le Christ lait homme se composât de deux natures dans une personne, et que sa chair fût de la même substance tjue la nôtre. La Vierge qui l'avait enfanté était bien, quant à la chair, de même substance que nous ; mais le Seigneur n'avait pas pris d'elle un corps de même substance que le nôtre ; le corps du Seigneur n'était pas le corps d'un homme, mais sinq^Ieincnt un corps humain. Pour abréger, Flavien indique comme donnant plus de détails, la négociation (le synode de Constantinople) tenue quelque temps auparavant (ri/.oti) et dont il envoie au pape les actes, qui prouvent [•î38| qu'Eulvchès a été déposé. Le pape était prié de faire connaître ce qui se passait aux évèques placés sous sa juridiction, afin qu'ils n'eussent pas de commerce avec l'hérétique ^.

Avant que cette lettre arrivât ii Rome, le pape en avait reçu une autre de l'empereur et celle d'Eutychès dont nous avons donné plus haut des extraits. A la date du 18 février 449, le pape Léon écrivit à Flavien : « L'empereur lui avait donné connaissance des troubles religieux (pii avaient éclaté à Constantinople, et Léon s'étonnait fort de ce que Flavien ne lui eut rien dit de tout cela, et n'eût pas eu soin de l'en prévenir avant tous les autres. Il avait aussi reçu une lettre d'Eutychès, qui se plaignait d'avoir été excommunié à tort sur une dénonciation d'Eusèbe de Dorylée, et de ce qu'on n'avait tenu aucun compte de son appellation à Rome. Flavien devait lui faire connaître exactement les choses; car il ne pouvait se prononcer pour personne avant de s'être bien rendu compte de la situation ; Flavien devait aussi lui envoyer un mandataire intelligent pour lui donner des détails sur la nouveauté qui venait de se produire. Il désire le rétablissement de la paix, dans ce sens que ceux qui sont dans l'erreur l'abandonnent, et que les orthodoxes se trouvent afFermis par l'autorité du Saint-Siège. Ce résultat ne pouvait être diflicile à atteindre : car, dans sa lettre, Eutychès se déclarait prêt à améliorer ce qu'on trouverait en lui de répréhensible. Dans une afï'airc de cette nature, disait le pape Léon à la fin de sa

1. Mansi, Conc. ampUss. coll., t. v, col. 1330 ; S. Léon, Epist., xxii, P. L., t. Liv, col. 723.

lettre, il faut surtout s'efforcer d'amener l'accord pacifique : ut sine strepitu concertationum etcustodiatur caritas, etveritas defendatiw^.

La lettre du pape Léon datée du même jour et adressée à l'empereur est plus courte. Il se réjouit de ce que l'empereur n'a pas seulement un cœur impérial, mais aussi un cœur sacerdotal, et de ses soins pour écarter toute division. Cci}- rien ne peut être plus favorable à VElat que de servir, dajis l'unité, la sainte Trinité ~. Il passe ensuite à la lettre d'Eutychès et au mémoire rédigé contre lui par Eusèbe de Dorylée, et remis au concile. Eutychès l'avait envoyé au pape, et Léon remarque que ces deux pièces ne jettent pas sur l'affaire un jour suffisant. C'est pourquoi il avait écrit à Flavien et l'avait blâmé de son silence.

Flavien répondit, par sa seconde lettre au pape Léon -^j en exposant d'une manière plus détaillée l'erreur d'Eutychès et en montrant comment sa doctrine « d'une seule nature » était en contradiction [339] avec une définition du concile d'Eplièse. Eutychès avait été, pour cette raison, déposé par le concile, ainsi que le pape pouvait le voir par les actes qui étaient joints à la lettre. Flavien faisait également savoir au pape qu'au lieu de s'amender, et de faire pénitence, après cette juste déposition Eutychès avait cherché à mettre le désordre dans l'Eglise de Constantinople, il avait fait afficher des placards pleins d'injures et de calomnies, il importunait l'empereur de ses prières et foulait aux pieds les canons. Il (Flavien) avait reçu la lettre de Léon, par l'entremise du comte Pansophius, et cette lettre lui avait fait voir à quel point Eutychès avait menti ; car il était tout à fait faux que, pendant le concile, Eutychès en eût appelé à Rome. Le pape était donc prié de confirmer par une lettre spéciale la déposition canonique d'Eutychès et de fortifier la foi de l'empereur. De cette manière tout se calmerait, et le futur concile, dont on parlait déjà, n'aurait plus de raison d'être ^.

On voit, par ce qui précède, que cette lettre fut écrite avant la convocation officielle du nouveau concile (le brigandage d'Éphèse), annoncé pour le 30 mars 449. Aussi peut-on la faire dater du courant de mars de la même année. Le pape saisit la première occasion pour accuser réception (21 mai 449), à l'archevêque Flavien de sa

1. Mansi, op. cit., t. v, col. 1338 sq. ; P. L., t. nv, col. 730.

2. Mansi, op. cit., t. v, col. 1341 sq. ; P. i., t, liv, col. 735.

3. S. Léon, Epist., xxvi, Flaviani secunda ad Leoiiem papam, P. L., t. liv, col. 743 sq.

4. S. Léon, Epist., xxvii, Ad Flavianum, P. Z., t. liv, col. 751 sq.

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