‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 134 sur 544 · Les Grecs semblent sacrifier le 28e canon · texte numérisé non relu

Les Grecs semblent sacrifier le 28e canon

ILes choses en étaient là lorsque, au mois d'avril 454, Anatole adressa au pape une lettre très polie, pour lui dire son regret de l'interruption de leur correspondance et son éloignement pour toute opposition aux ordres transmis par Léon dans ses lettres. [562] Aussi avait-il réintégré Aétius dans sa charge et chassé André de l'Église. Quant à la décision du concile de Chalcédoine en faveur du siège de Constantinople, il n'y avait eu aucune part, ayant toujours aimé la tranquillité et la modestie. C'étaient les clercs de Constantinople et les évoques appartenant à son diocèse qui avaient demandé ce décret ; mais la valeur de ce dernier dépendait du pape (cum et sic gestorum vis omnis et confirmatio auctoritati Vestrœ Beatitudinis fuerit reservata) 1.

Le pape Léon, reprenant sa correspondance avec Anatole (29 mai 453) (Epist., cxxxv), lui reprocha de rejeter toute la faute sur ses clercs, au lieu de se l'imputer à lui-même. Il devait se détourner de l'ambition qui le portait à désirer des droits indus ; respecter la limite tracée par les ordonnances des Pères ; protéger et maintenir les décrets de Nicée garantissant l'exercice des

t. A l'exception de la suscription, cette lettre a été envoyée en latin au pape, et porte le n. cxxxn dans la correspondance du pape Léon le Grand, éd. Ballerini, t. i, col. 1261 ; Mansi, op. cit., t. vi, col . 277.

Livni; xi

fonctions épiscopales. Dans une lettre du même jour à l'empereur (Epiât., cxxxvi) le pape dit qu'il se réconcilierait avec Anatole, à la condition que celui-ci croîtrait en humilité et non en ambition, et se déclarerait décidé à maintenir les canons rendus pour le maintien de la paix de l'Eglise.

Depuis lors le pape continua à correspondre avec Anatole et son successeur Gennade ; mais il ne fut plus question entre eux du 28e canon, et Léon put et dut croire que ce canon, n'ayant pas obtenu l'approbation du Saint-Siège, avait été également abrogé par les Grecs. Le concile de Chalcédoine, tout comme Anatole et Marcien, avait explicitement déclaré que la validité de ce canon dépendait de l'approbation du Saint-Siège. Anatole l'avait redit clairement dans le texte latin de sa lettre au pape pour faire sa paix avec lui. De fait, les Grecs furent longtemps sans invoquer ce canon, ils ne l'insérèrent même pas dans leur collection, et ne comptèrent, eux aussi, que vingt-sept canons de Chalcédoine. Mais Anatole et ses successeurs exercèrent en fait les prétendus droits accordés à leur siège par le concile de Chalcédoine, et ne tinrent jamais les belles promesses faites au pape. Acace, patriarche de Constantinoplc, en 472, déploya même une énergie toute particulière pour augmenter les privilèges de son siège. Le résultat fut que plusieurs des successeurs de Léon, entre autres Simplicius et Félix III, émirent des protestations. Félix III alla même jusqu'à déposer Acace. A ce sujet, le pape Gélase, dans sa lettre ad épiscopos Dardaniœ, s'exprima avec beaucoup de force sur les droits du Siège romain et sur les empiétements du siège de Constantinople. Il fait remarquer que, si le fait d'être résidence impériale valait à une ville la dignité d'Eglise patriarcale, les Eglises de Ravenne, de Milan, de Sirmium et de Trêves devraient l'être également : car les empereurs y avaient résidé de longues an-

nées

Toutefois les évêques de Constantinople, protégés par les empereurs, restèrent en possession des droits contestés, et commencèrent dès lors à réduire sous leur dépendance les patriarches d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem 2. Justinien confirma explicitement, dans sa cxxxie Novelle, c. 1, la prééminence du siège de Conslantinople, et le concile in Trullo, dans son 36e canon, repro-

1. Mansi, op. cit., t. vm, col. 58 ; Hardouin, op, cit., t. u col. 912.

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