‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 4)Chapitre 360 sur 544 · CONCILE DE CARTHAGE · texte numérisé non relu

CONCILE DE CARTHAGE

cent ans, disaient-ils, il ne s'était pas tenu de concile plénier de l'Eglise d'Afrique ; aussi tous les évêques de l'assemblée étaient-ils pleins de joie et de reconnaissance envers Dieu *. On lut d'abord les ordonnances de Nicée, et alors se posa la question : Les prêtres ariens revenus à l'orthodoxie peuvent-ils conserver leurs fonctions ou doivent-ils être réduits à la communion laïque? Tous les Pères

simulé leurs vœux en faveur des libérateurs ; le rétablissement de l'autorité impériale fut considéré comme le point de départ d'une ère nouvelle. Le clergé catholique ne cherchait pas même à contenir l'expression de son allégresse triomphante. Le concile de 534 exprimera en termes enthousiastes la joie des évoques d'être de nouveau soumis à l'empire orthodoxe. Labbe, Concilia, t. iv, col. 1755. Justinien ne négligea rien pour exalter ce dévouement, et ses libéralités à l'égard de l'Eglise africaine furent sans bornes. Novelle, xxxvn, praef. Dès l'année même du concile, en 534, un édit ordonnait la restitution aux établissements religieux de tout le diocèse d'Afrique des domaines injustement confisqués, prescrivait leur remise en possession des édifices du culte, des vases et ornements sacrés, enfin ils étaient autorisés à revendiquer en justice comme personne morale, tous les biens usurpés sur eux par les particuliers. Novelle, xxxvn., n. 1, 3, 4. En même temps, tous les privilèges accordés par le Code aux Églises métropolitaines étaient conférés à l'évêque de Carthage. Novelle, xxxvn, 9 ; toutes les églises de son diocèse devaient jouir du droit d'asile, toutes légitimement recevoir des legs et des donations. Novelle, xxxvn, n. 10, 11. La réaction contre les dissidents fut sévère et passa parfois la mesure. Ariens, donatistes, connurent alors ce retour de fortune qu'ils avaient pris soin de faire connaître aux catholiques pendant plus d'un siècle. Leurs prêtres furent chassés des églises ; interdiction leur fut faite d'administrer les sacrements ; leurs adhérents furent exclus des charges publiques et les conversions mêmes — dont la sincérité paraissait à bon droit douteuse — ne purent ouvrir l'accès aux magistratures. L'exercice de tout culte hérétique fut soigneusement proscrit ; les temples ariens, les synagogues furent transformés en églises catholiques ; les conciliabules secrets furent eux-mêmes interdits, « attendu, disait l'empereur, qu'il est absurde de permettre à des impies l'accomplissement de cérémonies sacrées. » Novelle, xxxvu, 8. Pour les remaniements géographiques survenus dans la répartition des provinces ecclésiastiques en Afrique sous la domination byzantine, nous renvoyons à L'Afrique chrétienne, t. n, p. 240-247. Les deux cent vingt évêques du concile de 534 paraissent avoir appartenu aux trois seules provinces de Proconsulaire, de Byzacène et de Numidie, du moins les primats de ces trois provinces sont seuls nommés dans la suscription de la lettre au pape. Nulle trace des évêques des Maurétanies, ni en 534, ni en 550, ni au concile œcuménique de 553. (H. L.)

1. En leur nom, le pape Agapet félicite de son côté l'empereur du zèle déployé « pour l'accroissement du peuple catholique » et de la piété qui faisait, partout où s'étendait l'empire, prospérer tout aussitôt le royaume de Dieu. Labbe, Concilia, t. iv, col. 1793. (H. L.)

du concile furent de ce dernier avis ; toutefois ils ne décidèrent rien ; mais, à l'unanimité, déférèrent cette affaire au pape Jean II, et lui demandèrent en même temps si ceux qui, dans leur enfance, avaient été baptisés par les ariens, pouvaient être reçus dans le clergé. A cette fin, ils adressèrent au pape une lettre synodale et députèrent à Rome les deux évêques Caïus et Pierre, avec le diacre carthaginois Libératus. A la fin de leur lettre, ils ajoutaient que de nombreux évêques africains avaient abandonné leurs Eglises pour fuir dans les pays d'outre-mer (l'Italie) ; on l'avait toléré pendant la période de malheurs (c'est-à-dire pendaut la domination des Vandales) ; mais à l'avenir, tout évêque, tout prêtre ou, en général, tout clerc voyageant sans lettre de paix, et sans justifier d'une mission pour le bien de l'Eglise, serait traité comme un hérétique, et écarté par le pape delà communion 1.

A leur arrivée à Rome, les députés africains trouvèrent le pape Jean II mort, et ce fut son successeur, le pape Agapet Ier, qui répondit aux questions du concile. Il ajouta à sa lettre les anciens canons relatifs aux questions à lui posées. Cet appendice est perdu ; mais dans sa lettre le pape déclare qu'un arien converti ne peut être promu à une dignité ecclésiastique, à quelque âge qu'il ait été infecté d'arianisme (c'est-à-dire, même dans son enfance) ; quant aux prêtres convertis de l'arianisme s'ils ne peuvent pas conserver leurs fonctions, ils pourront du moins être secourus sur les biens de l'Eglise. Enfin le pape adhère pleinement au désir du concile relativement aux clercs voyageant sans motif, et déclare ce souhait conforme aux canons de l'Eglise '2.

Nous possédons un fragment du procès-verbal du concile de Carthage, dans lequel il est question des rapports entre les monastères et les évêques. Félicien, évêque de Ruspe, successeur de saint Fulgence, exposa au concile que son prédécesseur avait fondé un monastère dans la ville de Ruspe, et réclama une décision à ce sujet. Félix, évêque de Zactara ou Zattara, en Numidie, dit alors : « Au sujet du monastère de l'abbé Pierre, dont l'abbé est maintenant Fortunat, il faut s'en tenir aux décisions du concile tenu sous Boniface. Les autres monastères doivent également jouir de la plus

1. La lettre synodale des Africains au pape Jean II $e trouve dans Mansi, op. cit., t. vin, col. 808 ; Hardouin, op. cit., t. u, col. 1154.

2. Mansi, op. cit., t. vin, col. 843 ; Baronius, Annales, ad ann. 535, n. 37. Ce document ne se trouve pas dans Hardouin.

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