‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 178 sur 505 · Conciles en Normandie, en France et en Espagne · texte numérisé non relu

Conciles en Normandie, en France et en Espagne

de 1079 à 1085.

Les autres royaumes de l'Europe occidentale s'abstinrent de prendre parti dans la lutte entre Grégoire, Henri el Guibert. Dès le 24 avril 1080, deux mois environ avant l'élection de l'antipape, Grégoire avait écrit à Guillaume le Conquérant pour lui rappeler les bons procédés de Rome à son égard.» Son devoir était donc, en ce péril de l'Église romaine, de se montrer comme une perle parmi les princes. Les ambassadeurs d'Angleterre venaient de quitter Rome et donneraient au roi tous les détails désirables sur cette affaire 5. » Le 8 mai, Grégoire écrivit au roi Guillaume^, à sa femme Mathilde ', et au prince royal, Robert ^. Il engageait [154]

1. Rcj^i.slruiu, I. VIII, 11. 12 ; Mon. Giegor., p. 441; iîeg. pnnl. rutn., n. 5186, 15 octobre. (II. L.)

2. Eegistrum, 1. VIII, ii. l.'î ; Mon. Crct^or., p. Vi^ ; Fieg. pouf, rom., n. 5187, 15 octobre, (il. L.)

;î. Regislrurn, 1. VIII, n. 14 ; Mon. Gregor., p. 444 ; Reg. pont, rom., n. 5189, 11 déceiiibre. (IT. L.)

4. ilardouin, op. cit., \. vi, col. 1461 ; Mansi, op. cit., t. xx, col. 323; Bonitho, flans Mon. Gregor., p. 677; d'après Beriiold, ce combat se serait livré le 15 octobre, (il. L.)

5. Registruin., 1. VII, ii. 23 ; Mon. Gregor., p. 414; Reg. pont, rom., n. 5166. G. Regislrum, I. VII, n. 25 ; Mon. Gregor., p. 419 ; Reg. pont, mm., n. 5168.

7. Regislrum. 1. \\], n. 26 ; Mon. Gregor., j). 420 ; Reg. pont, rom., n. 5169.

8. Regi.striim, 1. \'II, n. 27 ; Mon. Gregor., p. 420 ; Reg. pont, rom., n. 5170.

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ce dernier à o])éir à son père (dans les ([uestions politi(jues) et donnait au roi ses conseils : « Tout comme au ciel deux astres, le soleil et la lune, surpassent tous les astres, ainsi le monde est régi par deux puissances, la puissance apostolique et la puissance royale. Le représentant de la puissance apostolique rendra compte à Dieu de tous les rois de la terre; Guillaume doit donc, pour son salut, obéir au représentant du C.hrist, préférer l'honneur de Dieu au sien et aimer le Seigneur de tout son cœur. » Le pape remercie la reine de sa promesse de secours. Elle lui avait proposé ses pierres précieuses et son or. 11 lui ré[)(»nd : « Il y a ({uel([ue chose de plus précieux que l'or et les pierreries, c'est la bienveillance envers les pauvres et l'amour du prochain : telle est la parure qu'il lui souhaite. Et de ces mêmes armes elle doit chercher à revêtir son mari. » D'après ces lettres, je serais porté à'croire que ce n'était pas le roi, mais la reine, qui avait promis son aide au pape, avant même que cette lettre du 24 avril arrivât en Angleterre ^. Les réponses de Guillaume étaient si peu

1. L'histoire de la politique religieuse de Guillaume le Conquérant a été bien exposée par Freenian. Le normand était trop profondément homme d'état pour persécuter ou pour méconnaître l'Eglise, mais aussi pour ne pas tirer d'elle tout ce qu'il souhaitait obtenir pour son gouvernement. La lettre royale qui concédait la création d'une juridiction ecclésiastique à l'église anglo-normande et que celleci enregistrait au concile de 1075 n'était pas une grâce accordée gratuitement. La concession faite par le roi n'était qu'une manière détovu-née de surveiller à son gré les choses qui menaçaient de lui échapper et d'exercer des prérogatives quelque peu exorbitantes. Ainsi le roi interdit à son clergé de proclamer pape un nouveau pontife élu à Rome avant quil l'eût reconnu lui-même ; il interdit également la réception et la publication dans son royaume des bulles'papales, si elles ne sont enregistrées par lui. Les décrets du concile national convoqué par le primat n'ont d'effet qu'après avoir été munis du sceau royal. Ce qui concernait le gouvernement diocésain n'était pas moins abusivement réglé. Les archevêques et évêques ne pouvaient jeter l'excommunication sur les barons, les ministres et les officiers du roi, tussent-ils notoirement convaincus d'adultère ou d'inceste, sans l'assentiment du prince ; aucune peine ne pouvait leur être infligée sans ce consentement préalable.

De semblables mesures prises au temps de Grégoire VII sembleraient avoir dû attirer la foudre ; mais Hildebrand, suffisamment occupé en Italie et en Allemagne, comprenait qu'il fallait savoir attendre que la tempête fût assoupie sur le continent avant de la soidever en Angleterre. Il patienta, parut ignorer le mal jusqu'à l'heure où il serait possible d'y appliquer le remède; l'investiture continua à être donnée par le roi avix évêques et aux abbés comme au temps a'Édouard le Confesseur. Si la collation du pouvoir s[)iriluel était viciée, du moins le Conquérant s'appliquait-il à faire des choix dont l'Église n'eût qu'à se louer,

satisfaisantes, (jue le 8 mai le pape crut devoir livrer un redoutable assaut à la conscience de Guillaume, Une lettre de Lanfranc, primat d'Angleterre, à Hugues (probablement Candide) nous fait connaître la ])()lill(|iic du loi cl celle de son primat. « Je n'approuve pas, dil Lanfranc (|iic In injuries le pape Grégoire, que In l'appelles Ilildcbrand. (| uc I u combles Clément (Guiberl)de si grands éloges. La siiinlf l\criliire dit qu'on ne doit louer aucim

Vf qui faisait diro à Grégoire VII : « Au moins co roi des Anglais no voiid ni iic détruit riiglisp do 1')iou : il l'ail régner la paix ol la justice parmi ses sujets. Il n'a pas voulu consentir, (]uoiqu'il en lût prié par les ennemis de la croix de Jcsus- Chrisl, à rien entreprendre contre le Siège apostolique ; il a forcé les prêtres à renvoyoi' leurs femmes, il a fait restituer à l'Eglise les dîmes que les laïques retenaient à leur profit, et il s'est montré plus honnête, plus amateur du vrai que les autres rois. Nous avons donc cru devoir traiter ce souverain avec plus de ménagement et de douceur, eu égard à son hoimêteté, et supporter qucl(]ues fautes commises au préjudice de l'Eglise, moins ])ar lui-même peut-être que par quelques-uns de ses sujets et de ses favoris, dont il ne surveille pas assez la conduite. » Labbe, Concilia, t. x, col. 281. Le pape, obligé de chercher des ressources pour soutenir une situalion dos plus graves, fut obligé à une démarche qui donnait barre sur lui ; il réclama le paiement des arriérés du denier de Saint-Pierre, s'ingéniant à expli([ucr sa demande par dos motifs qui n'étaient guère faits pour provocjuer la générosité du roi d'Angleterre : « Votre sagesse, éorivait-il, n'ignore pas que io Dieu tovU-puissant a placé au-dessus de tout sur la terre la dignité aposlolitiue et le pouvoir royal»; et il ajoutait aussitôt, dans un langage quelque peu entortillé, qu'il «existe deux degrés particuliers de grandeur entre la religion du Christ et ce que l'on peut appeler la religion de latoyauté; celle-ci devant subordonner son gouvernement à Dieu, d'abord, et ensuite aux soins et à la dispensation du Saint-Siège apostoli(jue. » La mission du légat Huliert avait pour objet d'amener le roi à se déclarer xassal du pape, sous la sj)écicusc raison quil en avait sollicité la bénédiction avant le départ de l'expédition povu' les côtes d'Angleterre. Le pape avait envoyé une bannière et un cheveu de saint Pierre au ohot de l'expédition, lequel, apparemment, convaincu que ses manœuvres et ses gros bataillons avaient plus fait pour la victoire que la relique et l'oriflamme, se borna à rendre avec politesse et à solder avec exactitude le denier de saint-Pierre et les arrérages. Quant au serment de vassalité il n'en devait jamais être question : les rois saxons ne l'avaient jamais prêté, le roi normand les imiterait, en cela du moins. Le pape n'insista pas et s'en prit à tjantraiu (ju'il invita à venir à Pxirnc. Lanfranc s'en excusa.

De part et tl autre on s'ol)servait ; il sci))l)lc (juo Romains ol Anglais n'avaient dès lors pas plus de goût les uns pour les autres qu'ils n'en eurent désormais, mais on se ménageait réciproquement. Guillaume se montrait fort réservé à l'égard de Grégoire VII, calculant bien que les exigences de celui-ci seraient d'autant plus réduites qu'on serait plus désireux et moins assuré de sa fidélité. Et quand le pape se plaignait de ne savoir sur quoi compter, Lanfranc lui répondait « Priez Dieu qu'il vive, car, lui manquant, nous n'aurions plus rien h espérer. » (H. L.)

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homme avant sa mort, et qu'on ne doit pas insulter son prochain. Je crois du reste qu'Henri n"a ])as entrepris une affaire si importante l'institution d'un nouveau pape) sans motifs graves, et qu'il n'a pas vaincu sans l'assistance divine. Tu ne dois pas venir en Angleterre sans en avoir obtenu auparavant la permission du roi de ce pays, car notre île n'a pas rejeté l'ancien pape, ni fait acte d'obédience au nouveau. Lorsque les raisons des deux parties auront été examinées de plus près, on pourra voir clairement ce qu'il faut faire ^. »

Le pape Grégoire avait de bons motifs de blâmer le roi d'Angleterre pour ses violences contre les églises de son royaume; et Guillaume ne s'était fait aucun scrupule d'empêcher les évêques de se rendre à Rome ^.

[1551 Q^ioi qu'il en soit, la tentative pour gagner le roi d'Angleterre à la cause de l'antipape fut vaine ; Guillaume le Conquérant se borna à déployer son zèle pour l'amélioration de la vie eclcésiastique et civile, et à faire preuve de sympathie pour la réforme de Grégoire, en réunissant, le jour de la Pentecôte 1080, à Lillebonne {JuUobonum) près du Havre, en Normandie, un concile qu'il présida lui-même. On y décréta quarante-six canons ^, qui remirent en honneur la poix de Dieu, déjà introduite en Normandie dès 1042 •*, défendirent les unions entre parents, prescrivirent sévèrement la pratique du célibat, interdirent aux laïques la possession des biens ou des revenus ecclésiastiques, ou l'emploi des clercs pour leur service privé ; d'autre part, ces canons protégeaient les ecclésiastiques contre les exactions

1. Baronius, Annales, ad ann. 1080, v.. 27 ; P. L., t. ci,, col. 548.

2. Reghtrum. 1. VI, n. 30 ; vu, 1 : Mon. Grrgnr., }). 366, 379 ; Reg. pont, rom., n. 5121, 5135. (H. L.)

3. A propos des canons du concile de Lillebonne, en 1080, M. P. Viollet, dans la Revue historique, 187G, t. i, p. 596, signale une erreur de Vilevault et Bréquigny dans le Recueil des ordonnances des rois de France, t. xi, p. 173, où ils publient un texte français qu'ils ont daté de l'année 1080 et intitulé : « Fragment d'une ordonnance de Philippe I" touchant les ecclésiastiquues «. Ce morceau a été tiré du registre Saint-Just do la Chambre des Comptes ; les copies qui nous l'ont transmis fournissent cet intitulé : «Du règne de Henri, de l'an 1080 » : comme le roi Henri 1er, est mort en 1060, les éditeurs nous avertissent qu'ils onl siibstitué le nom de Philippe l" à celui d'Henri P' ; quant à l'ordonnance, sans doute, elle n'est pas en forme, disent-ils, mais on a cru devoir linsércr dans le recueil, parce qu'il en existe fort peu de cette époque. Cette prétendue ordonnance de Philippe l^' n'est autre chose qu'un extrait du concile de Lillebonne. (H. L.)

fi. Voir § 526.

injuslos (le leurs évêques, prescrivaient une visite annuelle des livies, vases et vêtements ecclésiastiques, déclaraient de nulle valeur l'installation ou l;i déposition d'iiii clerc par un laïque sans l'agrément de l'évèque, et enfin déterminaient la peine dont on devait frapper les divers criminels ^.

Au printemps de 1080, Grégoire recommanda à son légat Hugues de Die d'user de procédés moins brusques avec Guillaume duc de Normandie, dont la conduite, sans être exemplaire, ne laissait pas de favoriser la réforme, car il ne ravageait ni ne vendait les églises, forçait les prêtres à se séparer de leurs femmes et les laïques à acquitter les dîmes, et rejetait les offres d'alliance de Guibert de Ravenne ^.

Hugues de Die, devenu en 1080 •' arclievêque de Lyon, Amat

1. Orderio Vital, Ilistnria ecclesiasiica, édit. Le Prévost, L. Delisle, t. ii, p. 315; Labbe, Concilia, l. x, col. 391-395; Pommeraye, Concilia Rolhomagensia, 1677, t. I, j). 103 ; Ilardouin, Concil. coll., t. vi, col. 1597 ; Martènc, Thés, novui, ani'cdotor., 1717, t. iv, p. 117-120 ; Coleti, Concilia, l. xii, col. 647 ; Bessin, Conc. Rothomagensia, t. i, p. 67-74; Mansi, Conc. ampli.ss. coll., t. xx, p. 67-74; Mansi, Conc. ampliss. coll. t. xx, col. 555; L. Delisle, Cart. Normand., 1852; Desroches, dans Ment. soc. ant. de Normandie, 1844, t. iv, p. 422 ; Teulet, Layettes du trésor des chartes, 1863, t. i, p. 25-28; P. Viollet. dans Revue historique, 1876, (. i, p. 596. (H. L.'j

2. « Avec les souverains féodaux, Grégoire montra plus de hauteur et moins de patience ; mais il sut au besoin faire fléchir les principes ou en tempérer l'application. Le duc de Normandie disposait de ses évèchés et de ses abbayes de la manière la plus despotique, la moins conforme à la lettre et à l'esprit des décrets de l'investiture. Mais ce duc était Guillaume le Conquérant, celui que le cardinal Hildebrand avait encouragé à prendre l'Angleterre et que la prudence romaine avait intérêt à ne pas heurter. Grégoire recommande à ses légats d'agir doucement et de fermer les yeux à propos : « Cet homme, leur écrit-il en 1080, ne se comporte pas, en certaines choses, aussi religieusement que nous le souhaiterions ; cependant, parce qu'il ne détruit pas et ne vend pas les églises, qu'il n'a pas voulu entrer dans le parti des ennemis du Saint-Siège et qu'il a fait serment d'obliger les prêtres mariés à quitter leurs femmes, et les laïques propriétaires de dîmes, à les abandonner, il mérite plus de louanges et d'honneur que les autres rois. » Ici Grégoire subordonne volont^.ireinent la question des investitures à celle de la réforme des mœurs. Il fait un choix entre ses principes et tolère chez les Anglais ce qui! interdit chez les Allemands. « A. Luchaire, Les premiers Capétiens, p. 216-217. Au reste, rien ne vaut le texte : « Rex Anglorum cœleris débet existimari, polestalem illius mitius esse Iractandam atquc suhditorum et eorum quos diligit, negligenlias ex parte fore portandas. » Registrunt, 1. VllI, n. 28 (al. IX, 5) ; Mon. Gregor., p. 478 ; Reg. pont, rom., n. 5208. (H. L.)

3. Sur la date de la promotion de Hugues au siège de Lyon, certainement avant

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