DE GRÉGOIRE VII A l.\ MORT DE VICTOR III
de Guibert et l'excommunia, après l'avoir déposé même de la prêtrise. Il se plaignit ensuite de Hugues de Lyon et de Richard de Saint- Victor de Marseille, qui, par désir personnel de la papauté, avaient néanmoins causé un schisme. Richard avait pris part à l'élection de Victor à Rome, Hugues y avait adhéré et ensuite sollicité et obtenu de Victor la charge de légat des Gaules. Tant que Didier avait repoussé la tiare, Hugues et Richard l'avaient pressé de l'accepter; dès qu'il y avait consenti, ils avaient jeté feu et flamme. En conséquence il interdisait de communiquer avec eux. Le pape publia ensuite deux décrets, prohibant l'investiture des laïques et la simonie, et interdisant de recevoir la pénitence et la communion d'un prêtre non catholique : « Mieux vaut s'abstenir de la communion visible que la recevoir d'un prêtre hérétique \ »
Pendant ce synode, Victor retomba malade ; obligé d'interrompre les sessions après trois jours, il se retira au Mont- Cassin, où il mourut le 16 septembre 1087. Auparavant il avait désigné comme futur abbé du Mont-Cassin le prévôt du monastère, le diacre (cardinal) Romain Oderis, et engagé les cardinaux qui l'entouraient à se conformer aux derniers avis de Grégoire, et à choisir pour futur pape Odon d'Ostie '^. riP21 ^^ mois avant la mort du pape, le 1^^ août 1087, Henri IV parvint à procurer une entrevue des deux partis à Spire pour arriver à un compromis ^. On lut une lettre de Victor III, noti-
ad ann. 1087, dans Mon. Germ. hist.. Script., t. m, p. 182; Meyer von Khonau, Jahrbûcher des deutschen Reiches unter Heinrich IV und Heinrich V, in-8, Leipzig, 1890, t. IV, p. 153-157, 177-190. (H. L.)
1. Lt si qiiis deinceps episcopatum vel abbatiam de manu alicujus laicse personse susceperit, nidlalenus inter episcopos vel abbates habeatur ; — insuper ei gratiam h. Pétri et inlroitum ecclesiœ interdicit ; — similiter etiam de inferioribus ecclesiasticis dignitalibus consliluit; — item si quis imperatorum, regum, ducum, marrhionum, comitum investituram episcopatuum vel alicujus ecclesiasticse dignilatis dure prsesumpserit, eodem sentenlix vinculo [eum afficil). (H. L.)
2. Pierre Diacre, Chron. Cassin., dans Mon. Germ. hist., Script., t. vu, p. 748 sq. Necrologium Lucense, dans Baluze, Miscellanea, t. i, p. 432, Neues archiv, t. m, p. 138 ; Emort. Mont. Cass., dans Muratori, Rerum Jtalicarum scriptores, t. v, p. 75 ; Annales Benevente, et Annal. Cavcns ; Watterich, Vitx pontif. rom., t. I, p. 558 sq. , ; Hugues de Lyon, Epist. ad Matliild., dans Moji. Germ. hist., Script., t. VIII, p. 466 ; Bernold, Chronicon, ad ann. 1087, dans Mon. Germ. hist., Script., t. V, p. 444. (H. L.)
3. Herniann et Welf de Bavière reprenant la campagne étaient venus mettre le siège devant Wûrzbourg que Frédéric de Hohenstaufen ne put venir à bout
fiant son avènement et renouvelant la sentence contre Henri. Mais ce dernier, ayant refusé de donner satisfaction à l'Église et contesté la valeur de cette excommunication, se sépara avec autant d'inimitié qu'auparavant. Quelque temps après (vers la fin de l'automne), le roi commença une nouvelle campagne contre les Saxons ; il s'avança victorieux à travers la Thuringe et la Saxe, mais, trompé par les offres de paix du margrave Ekbert, il se laissa convaincre et abandonna son armée. Le margrave n'ayant pas tenu sa parole, Henri fut obligé de revenir à Ratisbonne vers la fin de l'année. Les seigneurs saxons, désormais sans crainte, s'étaient de nouveau prononcés ])Our le compétiteur d'Henri ; alors Ekbert se rangea du côté de celui-ci et ravagea le diocèse de Burchard d'Halberstadt. On conclut alors une trêve jusqu'à Pâqvies de 1088, pendant laquelle on devait se réunir à Goslar et discuter la soumission à Henri. Sur ces entrefaites, l'évêque Burchard fut assassiné par les habitants de Goslar excités par Ekbert (11 avril 1088) ^. Depuis de longues années, Burchard, plus que tout autre, s'était montré dans ses paroles et dans ses actes un des plus fermes soutiens du parti de Grégoire; sa mort désorganisa la résistance à Henri; le plus grand nombre des seigneurs saxons cherchèrent à faire la paix avec ce prince, et Hermann se retira (septembre 1088) à Metz, dans ses biens patrimoniaux, où peu après, il fut tué d'un coup de pierre au siège d'une bicoque ^.
Ekbert se détacha alors de l'empereur dans l'espoir de remplacer Hermann, mais il ne recruta que peu de partisans, fut condamné
de débloquer. Henri accourut au secours de sa personne, livra bataille et la perdit. Sur ces entreiaites la diète de Spire de pacando imperio put le convaincre que cette pacification n'était guère prochaine. Cependant il ne perdait pas confiance : de légers succès compensaient à ses yeux la défaite de Bleichfeld. Au reste, on trouverait dans l'histoire peu de princes, pas un seul peut-être, aussi souvent vaincus qu'Henri IV ; cependant il ne se décourageait pas. Loin de là : il associa son fils Conrad à l'empire et le fît élire et couronner roi des Romains à Aix-la- Chapelle (1087), en lui déléguant spécialement la lieutenance de l'empire en Italie (H. L.)
1. G. Sellin, Vila Burchardi II, qui Bucco eliam dictus est, episcopi Ilalbersladensis, partie, i et ii dissert, inaug. hisi.., in-8, Halis Saxonum, 1867. (H. L.)
2. Vngewhter, Erdbeschreibung, 1772, t. i, p. 218; Schœll, Hist. des traités; Hoptf, Atlas, t. I, p. 341. Hermann fut la souche de la première maison de Salm, éteinte au xv<^ siècle et fondue en diverses maisons téodales des siècles suivants, dont plusieurs ont continué le nom de Salm sans être du même sang. (H. L.)