‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 256 sur 505 · LES CINQ PREMIÈRES ANNEES d'uRBAIN II · texte numérisé non relu

LES CINQ PREMIÈRES ANNEES d'uRBAIN II

(automne 1092) à s'y rendre une fois encore. Le roi lui fit le meilleur accueil, tandis qu'Anselme lui reprocha cnergiquement sa conduite. Peu après (début de 1093), le roi tomba malade et, dans sa crainte de l'enfer, manda près de lui, pour l'assister, Anselme encore en Angleterre. Guillaume promit de s'amender et, en preuve de son repentir, nomma Anselme archevêque. Celui-ci protesta, alléguant ses soixante ans ; mais le roi, les larmes aux yeux, le supplia d'accepter cette charge ; les évoques présents, et les grands, lui firent pour ainsi dire violence au pied du lit du roi, et lui mirent de force la crosse de Lanfranc entre les mains, 6 mars 1093. Le sacre eut lieu, ainsi que nous l'avons déjà dit, le 4 décembre 1093. Avant d'aller plus loin mentionnons ici la diète anglaise de Rockingham (demi-synode), tenue en 1095 ^.

C'était la coutume, en Angleterre, que les évêques fissent au roi, après leur nomination, un présent volontaire, au lieu de la somme usitée pour les investitures, qui paraissait avoir quelque chose de simoniaque. Anselme, se conformant à cet

and titnes of S. Anselrn, archbishop of Canterhury and primate of the Britains (1034-1107), 2 vol. in-8, Londoii, 1883; Em. Saisset, De varia S. Anselmi in Proslogio argumenti fortuna, 111-4, Paris, 1840 ; Schwane, dans Kirchenlexicon, t. i, p. 886-897 ; F. Stentrop, Die Lehre des heil. Anselm uber die Notlwendigkeit der Erlôsung und der Menschwerdung, dans Zeitschrifl fUr kathol. Théologie, 1892, t. XVI, p. 653-691 ; \V. R. W. Stephens, dans Dictionary of national biography, 1885, t. i, p. 10-31 ; J. Sloughton, Anglo-norman christianity and Anselm, dans Exeter hall lect., 1862, t. xvii, p. 85 ; E. Vacherot, De rationis aiictoritate , tum in se, tum, secundum S. Anselmum consideratœ, in-8, Parisiis, 1836; cf. Annal, philos, chrét., 1836, IP série, t. xiii, p. 193-203 ; G. Veder, De Anselmo Cantuariensi disputatio, in-8, Lugd. Batav., 1832 ; L. Yigna, 6". Anselmo filosofo, in-8, Milano, 1899 ; A. van Weddingen, Essai critique sur la philosophie de saint Anselme de Cantorbéry, dans les Mémoires couronnés par VAcad. de Belgique, 1875, t. XXI, cf. V. H. dans Histor. polit. Blàtter, Mûnchen, 1857, t. lxxvi, p. 793-803; F. P. J. Zynen, De Anselmi et Catimini placitis, de hominum per Christum a peccato redemptione inter se collatis, in-8, Trajecti ad Rhenum, 1852. Et très récemment, C. L. Dessoulavy, S. Anselme et son action sur la philosophie du moyen âge, 1901; Domet de Vorges, S. Anselme, 1901 ; G. C. Foley, Ansclm's Theory oj the Atonement, 1909; S. Anselmo d'Aosia 1033-1109 ; Scritii vari publicati nelV VIII centenario délia morte, 1109-1909, Roma, 1909 ; A. Daniels, Quellenbeitràge und Untersuchungen zurGeschichIe der Gottesbeweise im dreizehnten Jahrhund. mit bcsonderer BerûcksicJdigungdes Arguments in Proslogion des lieil. ^4n,se/m, 1909. (H. L.) 1. Rockingham, comté de Northampton. Labbe, Concilia, t. x, col. 494-496; Hardouin. Conc. coll., I. vi, part. 2, col. 1705 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 813 ; Wilkins, Conc. Britann., t. i, p. 371-373 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. xx, col. 791. (M. L.)

usatre, offrit au roi 500 livres, mais ce présent fut jugé insuffisant et refusé. Le nouvel archevêque vit également rejeter deux demandes adressées au roi : la première sollicitait la réunion d'un concile pour combattre la sodomie fréquente en Angleterre; la seconde avait pour objet les nominations aux abbayes vacantes. Quelque temps après, Anselme demanda la permission d'aller à Rome solliciter le pallium du pape Urbain II. Le roi répondit que, lui-mrme hésitant encore entre l'obédience d'Urbain II et celle de Clément III, un évêque ne pouvait, ^

sans manquer à son serment de vassalité, se prononcer pour l'un ou pour l'autre. Anselme objecta qu'il avait fait de la recon- [210] naissance d'Urbain la condition essentielle de son acceptation du siège de Cantorbéry; et, sa réclamation restant sans résultat, il demanda qu'une diète décidât si l'obéissance à l'égard du pape était inséparable de la fidélité à l'égard du roi. Cette question fut agitée à Rockingham (mars 1095) ^. Les évoques abandonnèrent Anselme et lui conseillèrent, avec une prudence toute humaine, d'obéir au roi : Urbain ne pouvait lui nuire ni le servir. Anselme répondit que, pour tout ce qui regardait Dieu, il fallait obéir au pape, sauf à se soumettre au roi pour toutes les affaires civiles ; ni les menaces du souverain ni les conseils des évêques, ne purent l'amener à changer de principes. Voyant leurs efforts inutiles, les évêques engagèrent le roi à retirer à Anselme la crosse et l'anneau et à le chasser du pays, et annoncèrent à l'archevêque qu'ils cessaient de lui obéir. En revanche, les seigneurs refusèrent, malgré les instances du roi, d'agir à l'égard d'Anselme comme les évêques ; aussi remit-on à la Pentecôte une décision définitive. On n'eut pas à la prendre, car le roi se décida alors à reconnaître le pape Urbain, dans l'espoir, il est vrai, que le légat demandé par lui reconnaîtrait la déposition d'Anselme '^. Il ne tarda pas à voir qu'il s'était trompé, et que l'opinion publique était favorable à l'archevêque; il jugea meilleur de temporiser et, en attendant, de vivre en bons termes avec le prélat ; mais, dès l'année 1097, il recommença ses persécutions et menaça Anselme d'un procès devant

1. Sur celle assemblée de Rockingham, cl. E. A. Frecman, The histonj oj tlie norman conquest of England, ils causes and ils results, ia-S, Oxford, 1876, t. v, p. 140. (H. L.)

2. Guillaume le Roux reconnut Urbain et reçut son légat Gautier d'Albaiio n. 1905, cf. Frecman, op. cit., t. v, p. l'il. (H. L.)

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