‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 263 sur 505 · CONCILES DE l'année · texte numérisé non relu

CONCILES DE l'année

et comme Mathiklc ne céda pas, les Welf embrassèrent le parti d'Henri ^. Cependant, malgré leur zèle de nouveaux convertis -, ils ne purent empêcher les succès des adversaires d'Henri. Guibert dut reculer jusqu'à Argento, sa patrie, puis jusqu'à Ravenne, et Henri douta de plus en plus de la victoire. Pendant la première croisade, Henri, excommunié, resta dans la Haute-Italie, inactif et craignant toujours que l'armée des L-^^^J croisés ne se tournât contre lui. En 1097, il quitta l'Italie, après

1. Ce qui ne laissa pas d'être plaisant à une époque où il y avait plus de drames que de comédies, ce fut l'issue du mariage AYelf-Malhilde, quand celle-ci, à bout de réticences, ne put cacher plus longtemps la fameuse donation de ses Etats au Saint-Siège. Les Bavarois étaient joués ; sur-le-champ, pour se venger de cette vieille femme qui leur avait donné du ridicule sans compensation, ils passèrent au parti franconien, apportant à Henri IV un dévouement plus bruyant que durable. Dans une diète tenue à Mayence De pacando imperio, Welf fut comblé, on lui rendit le duché de Bavière et le marquisat de Ferrare avec droit de succession pour son fils, le mari séparé de Mathilde. Le mariage comique n'avait pas été, somme toute, une trop onéreuse affaire. Cette diète de Mayence déclara Conrad coupable de rébellion, le mit au ban de l'empire et le déclara indigne de succéder au trône impérial. Le second fils d'Henri IV, un autre Henri, ferait l'affaire, on s'empressa de le faire couronner à Aix-la-Chapelle (janvier 1098). Cependant, Henri IV avait lassé la fortune, rien ne lui réussissait plus. La réforme triomphait, c'était trop évident : les croisades obtenaient seules l'attention sympathique des foules, le parti un moment si compact des évêques henriciens se réduisait peu à peu, par des soumissions individuelles au Saint- Siège. Le triomphe du monachisme se prépare et le monachisme, on le sait, a lié sa cause à celle de la réforme. Même pour les esprits les moins perspicaces, il devient clair que la bataille engagée a été gagnée par la papauté. Dès l'aurore du xi^ siècle, peu importent les chances contraires, la victoire est désormais fixée. Urbain II a fait son œuvre et meurt en plein rayonnement de gloire. Le jeune Conrad meurt prématurément (1101), empoisonné peut-être. Henri IV lassé se montre disposé à subir la sentence d'un concile général; on le refuse, on lui répond qu'il n'a que faire de demander un concile, mais qu'il ait à purger son excommunication (1102). On le poussait à bout; il n'était donc plus bien redoutatable, cet Henri IV qui avait fait et défait des papes quelques années plus tôt Le comte de Flandre jugeait le moment opportun de se séparer de ce prince réduit à quelques adhésions vigoureuses mais isolées, à Liège, à Cambrai. Alors Henri IV réunit une nouvelle diète à Mayence et annonce le projet de se rendre en Terre-Sainte. L'assemblée s'apitoie, puis doute et finalement accuse de mensonge le prince qui l'a un instant émue. Enfin, et c'est le dernier coup, Henri, ce fils chéri, se révolte à son tour contre son père (1101). Mais nous y viendrons bientôt. (H. L.)

2. Cf. A. von Druffel, Ileinrich IV und seine Sôhne, in-8, Regensburg, 1862, p. 16, note 3.

un séjour de sept ans, et revint en Allemagne, essayer de sauver ce royaume.

Tandis qu'à Constance, en 1094, on s'était occupé des mésaventures conjugales d'Iïenri IV, en cette même année, plusieurs conciles français durent agiter une ({uestionde mariage non moins fâcheuse, concernant le roi Philippe I^r Afin d'épouser Bertrade de Montfort ^, femme de Fouhpie IV, comle d'Anjou, ce prince débauché avait répudié, en 1092, sa femme Berthe ^ qu'il avait épousée en 1071, et dont il avait un fils, Louis ^. Pour donner à cette affaire une apparente légalité, il voulut gagner à sa cause le grand canoniste Yves, évêque de Chartres, lui affirmant que le pape et l'archevêque de Reims étaient dans cette question d accord avec lui. Yves ne se laissa pas induire en erreur ; il écrivit des lettres énergiques à Raynald, archevêque de Reims, au roi lui-même, dont il chercha à réveiller la conscience, et, malgré de pressantes invitations, il ne parut pas à Paris lorsque le nouveau mariage fut solennellement célébré et béni par l'évêque de Senlis. Le roi le fit arrêter, mais, le 27 octobre 1092, le pape Urbain écrivit à l'archevêque de Reims et à ses sviffragants, pour leur reprocher leur trop grande condescendance aux caprices du roi, et leur demander de faire mettre Yves en liberté "*. Par manière de réponse, Philippe réunit, à Reims, en 1094 ^, un grand concile, qui approuva d'autant plus facilement le mariage de Philippe avec Bertrade que Berthe venait de mourir, et manifesta l'intention de juger Yves. Afin de décider

1. Fille de Simon 1"-^ de Montfort, mariée en 1089 à Foulque IV, morte à Fontevrault vers 1117; elle y était retirée depuis 1108. Cf. Cél. Vort, Dictionn. biogr. de Maine-et-Loire, 1874, t. i, p. 333 ; Recueil des hist. de la France, t. xiv, p. xxviiicxiv ; A. Luchaire, Les premiers Capétiens, dans Lavisse, Hist. de France, t. ii, pari. 2, p. 173-175. (H. L.)

2. Fille de Florent \^^ de Hollande, répudiée en 1092, morte à Montreuil-sur- Mer en 1094 ;cf. Livet, Nouvelles recherches aur la reine Bcrtlic, dans les Arclm'es hist. de la Sarthe, 1853, p. 21. (H. L.)

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