CONCILE ROMAIN DU CAREME DE
synode, c'est-à-dire l'interdiction de l'investiture laïque, et en général la libération de l'Église du protectorat des princes temporels.
Les actes de ce synode du carême de 1075 sont malheureusement perdus. D'après une notice du Registrum de Grégoire, il fut célébré du 24 au 28 février 1075 (1074 du calcul florentin), en présence d'un grand nombre d'archevêques, d'évêques, d'abbés, de clercs et de laïques ^. Entre autres résolutions, le pape décida en principe l'excommunication de cinq conseillers du roi de Germanie, particulièrement responsables des ventes simoniaques des églises ; Grégoire YII déclara que si, au 1^^' juin, ils n'avaient pas donné satisfaction, ils seraient par le fait même excommuniés ^. Philippe, roi de France, serait aussi excommunié, s'il ne donnait aux nonces du pape dans les Gaules des preuves de son repentir, de sa pénitence et de son amendement ^. Grégoire
justement les « grands fondataires « ecclésiastiques. Il est volontiers disposé à les croire sinon malveillants, du moins très froids pour la cause de la réforme et pour celui qui donne le branle à ce grand œuvre. C'est le revers des qualités, il faut savoir le noter à l'occasion. (H. L.)
1. Registrum, II, n. 52 a; Jafîé, Mon. Gregor., p. 170 ; Reg. pontif. rom., t. r, p. 612 ; cf. Registrum, I. II, n. 42, 53, 54, 62, 67 ; Mon. Gregor., p. 155, 171, 172, 182, 187 ; Bernold, Chronicon, dans Mon. Germ. hist., Script., t. v, p. 430 ; Interdictio investiiune, dans Arnulf, Gesta archiepisc. ISIediolanensium, 1. IV, c. vu, dans Mon. Germ. hist.. Script., t. viii, p. 27. Cf. Registrum, 1. III, n. 10 ; Mon. Gregor., p. 219 sq. ; Hugues de Flavigny, dans Mon. Germ. hist., t. viii, p. 412; Bernold, De damnât, scismat., dans Ussermann, Prod., t. ii, 42 ; Libelli de lite, t. m, p. 45 ; A. Hauck, Kirchengeschichtc Deutschlands, t. m, p. 777, n. 4; Bernheim, Quellen zur Geschichte des Investiturstreites, in-8, Leipzig, 1907, t. i,p. 41 sq. ; Coll. regia, t. xxvi, col. 567 ; Labbe, Concilia, t. x, col. 344-345 ; Hardouin, Conc. coll., t. VI, col. 1551 ; Coleti, Concilia, t. xii, col. 581 ; Mansi, Conc. ampliss. coll., t. XX, col. 443 ; O. Delarc, Saint Grégoire VII, in-8, Paris, 1889, t. ni, p. 129-140. (H. L.)
2. Bonitho, Liber ad amicum, 1. VI, dans Mon. Gregor., p. 655 : In qua [synodo) hortalu imperatricis quosdam régis consiliarios s'olentes cum ad unitate ecclesise separare, publiée domnus papa excommunicavit. (H. L.)
3. Registrum, II, n. 52 a: Si nunciis papœ ad Gallias iiuris, de satisjactione sua ft emendationc securitatem non fecerit, habcatur excommunicatus.lj'etîoTt du pape Grégoire porta surtout sur la Germanie. La situation n'y était peut-être pas plus grave qu'en France, mais nous avons déjà montré qu'en bon tacticien, le pape prenait l'offensive contre la position dont la conquête devait lui procurer plus de résultats. Et puis, Grégoire avait beaucoup vécu, beaucoup voyagé, beaucoup causé et il avait eu tout le temps d'apprécier ses adversaires, Henri IV, plus puissant (pie le roi de France, offrait une partie jilus rude à jouer ; mais un
suspendit Liémar, archevêque de Brème, à cause de sa désobéissance et de son orgueil ; il lui défendit de recevoir le corps et le sang du Christ ^, Même peine contre les évoques Werner de Strasbourg, Henri de Spire ^, et Hermann, de Bam-
prcmier grand succès avec un caractère à ce point débile, permettait d'escompter tous les autres ; avec Philippe I*^' on se heurtait à la plus redoutable des forces, la force d'inertie. Le roi de France n'était pas homme à s'émouvoir beaucoup des anathèmes. Ce gros homme sensuel et cupide avait son siège fait sur la morale: c'était un cynique. Il vendait les évêchés en toute conscience, il louait son armée au plus offrant et dernier enchérisseur. « Les faits eux-mêmes accusent ce triste souverain, mais les chroniqueurs de son temps l'ont peut-être plus malmené encore qu'il ne le méritait. Il eut le malheur d'être presque toujours en conflit avec l'Église, et les clercs, seuls, écrivaient l'histoire. Il s'est opposé à l'inlroduction de la réforme grégorienne dans son état; il n'a pas tenu compte des anathèmes que lui attira son mariage adultérin avec Bertrade de Montfort. On s'explique alors les colères de la papauté et ces légendes édifiantes qui représentèrent le roi de France excommunié, atteint de la gale et d'autres maladies épouvantables, A'ivant comme un pestiféré au milieu d'une cour déserte, n'osant plus mettre la couronne royale, ni faire de nominations d'évêques, perdant même la vertu du sacre, le privilège de guérir les scrofuleux. En réalité, ce maudit, mis hors l'Église et hors la loi, a vécu comme ses prédécesseurs. Au moins extérieurement, il fut aussi religieux que les autres rois. Quand le besoin d'argent se faisait sentir, on l'a vu dépouiller des églises (par exemple, celle de Saint- Germain des Prés) ; mais, par compensation, il en a comblé d'autres de ses libéralités. Lui aussi a fondé, enrichi, réformé des abbayes. Les monastères qu'il favorisait ont essayé de lui faire une réputation excellente. Un moine de Morigny vante « sa prudence admirable et la profondeur de son esprit. « A Sens, on voit en lui « la providence, l'espoir, la consolation des moines, des clercs, et des pauvres». A. Luchaire, Les premiers Capétiens, p. 168-169. (H. L.)
1. Registrum, 1. II, n. 52; Mon. Germ. Gregor., p. 170 : pro inobedientin siiperbiœ suœ ah episcopali ofjicio suspendit et a corpore et sanguine Domini iiilerdixit: cf. Registrum, t. II, n. 28; Mon. Gregor., p. 140; c'est au reçu de cette lettre que Liémar consultait son collègue Hezil, évêque d'Hildesheim, sur l'opportunité de se rendre à la citation pontificale : Nunc dominus papa multiim iratus pro furore legatorum illorum et in ira [tcrrihili] suggestione me Romam ad hanc proximam synodum, quse in prima septimana -s.-l^ celebrabilur, vocal, ab ofjicio episcopali suspendit dum veniam ad ipsum, quod fieri debere ulli episcoporum nisi judicio fratrum in plena synodo non putabam. Periculosus homo vull jubcre qusevult, episcopis, ut villicis suis, quse si non fecerunt omnia, Romam venient, aut sine judicio suspenduntur. Verum, ego intelligo oplime qui sint ex nostris episcopis, qui, pro odio gravissimo, in Dominum meum regem, me ejus adjutorem, suis machinationibus in hos labores miserunt, me tamen in eo confliclu pro communi omnium commodo lahorantem. Sudendorf, Registrum, in-8, lena, 1849, t. i, p. 8. (H. L.)
2. L'évêque de Spire, qui ne comparut pas au synode, tomba malade le jour même où se réunissait l'assemblée, et mourut le 26 février, jour où la sentence fut portée à Rome contre lui. Pertz, Monum. Germ. hist., Script., t. v, p. 430, n. 33.