‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 5)Chapitre 9 sur 505 · DÉBUTS DE CnÉGOIUE Vli · texte numérisé non relu

DÉBUTS DE CnÉGOIUE Vli

populaire spontanée une rapide entrevue d'Hildel^rand et des cardinaux (jui lui expriment leur \if désir de le voir accepter l'élection ; Ilildebrand accède à leurs prières, et leur annonce qu'il prendra le nom de Grégoire. Ils pouvaient donc ainsi, lors de la proclamation du nouveau pape, dire ces mots que Bonitho met dans leur bouche : « Pierre a choisi Grégoire pour pape ^. »

Bonitho continue : « Le nouvel élu, ayant réfléchi aux dangers qui le menaçaient, se sentit troublé et écrivit une lettre au roi (Henri IV), pour en obtenir d'être délivré, s'il était possible, de la charge de la jiapauté. 11 lui racontait la mort d'Alexandre et son élection au siège pontifical, cl ajoutait ces paroles menaçantes : « Dans le cas où le roi ap[»rouvcrait son élection, il ne tolérerait pas les actes mauvais que le roi se permettait -. » Au dire de J. Voigt, le cardinal d'Aragon, qui vivait deux siècles après Grégoire VII, a été le premier à parler de cette lettre ^. Voigt a-t-il donc ignoré l'écrit de Bonitho qui, du reste, n'est pas seul à mentionner ce fait; les Acta Vaticana, composés à cette même époque et dans lesquels a puisé le cardinal d'Aragon, le mentionnent également.

Il faut reconnaître que ce récit prête à la critique. On

episcopor. Leodieiis, p. 80 ; Gebliardus est vocaius V ictor ; dans Gundechar, Liber pontifie. Eichst. ; dans Mozium. Gemi. hinl., Script., t. vu, p. 245, et pour Grégoire VI, les électeurs lui imposent ce nom: s'erso nomine. Enfin, en ce qui concerne Grégoire lui-même : Ilildehrandus mulato nomine diclus Gregorius, dans Arnoul, Gcuta archii'pisc. Mediolanensium ; dans Monuin. Genn. Script., t. vu, p. 2G^ et Ekkehard, Chronicon universale, dans jMonuni. Gerni. Idsl., Script., t. vi, p. 201, Ilildehrandus qui postea Gregorius dictus est. Nous n'apercevons pas comment Hefele peut découvrir dans le procès-verbal ofliciel un appui pour son opinion : IJildibranduni, quem et esse et dici Gregorium papani et apostolicum vulunius et approbainus, cf. W. Marions, Gregor VII, sein Leben und]]'irkcn, in-8, Leipzij^, 1894, t. I, p. 51-53 : Die Aamenserteilung. {II. L.)

1. Quumque cardinales episcopi sacerdotesque et levitse et sequentis ordinis clerici conclamassent, ut mos est -.Gregorium papam satictus Petrus elcgit, etc. Meyervon Khonau, Jahrbilcher des deutschen Reiclis utiter lleinrich IV und IleinrichV, in-8, Leipzig, 1894, l. n, p. 209, n. oG ; ^V. Martens, Gregor VU, l. i, p. 52. (II. L.)

2. La lettre du pape est perdue, mais l'aflirmation de lîonitho, Liber adumicum, vu, dans Monum. Gycgoriana, p. 057, est formelle : il/issts ad regem coniinuo literis (Gregorius) et morteni papœ noli/ica^'it et suam ei electionem dennnciavil... voici la phrase qui aura dû donner à songer h Henri IV. -a/ ejus eleclioni assotsum pruhuisset, nunquam ejus nequiciain pacienter porlalurum. (H. L.)

J. J. Voigt, Ilildebrand als Papst Gregor VII, in-8, Wcimar, 1840, p. 109. (il.L) ■

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lient généralement que l'on avait à Rome une façon de voir tout autre que celle de Bonitho dont on s'est ingénié à aiïaiblir et, s'il se pouvait, à ruiner le témoignage.

Papeneordt et Damberger ont tenu tout ce récit pour faux ^. [4] Ce dernier dit en particulier : « Grégoire VII fit certainement connaître, d'une manière polie et respectueuse, son élection au roi Henri IV, car il lui importait fort d'avoir des relations amicales avec le candidat à la couronne impériale ; mais il a dû aussi agir de la même manière à l'égard de plusieurs autres grands personnages; dans tous les cas il ne lui est jamais venu à la pensée d'accorder au roi de la Germanie un droit de confirmation. » Mais avec Bonitho et les Acta Vaticana, d'autres témoins

1. Papeneordt, Gesch. der Sladl Rom iin M itlelaltcr, cdit. Iloller, 1857, p. 208, note 2 ; Damberger, Synchron. Gesch., t. vi, p. 797.

«Quant à la lettre hautaine de notification de l'élection à l'empereur, elle est purement imaginaire ; elle eût été insensée au monicnt où on en rapporte la date ; Grégoire s'est exprimé au contraire avec une parfaite convenance à l'égard de l'empereur dans ses lettres du 6 mai à Gottfried le Barbu, duc de Basse-Lorraine, et aux princesses Béatrix et Mathilde. « Ch. Giraud, Grégoire VII et sontemps, dans la Revue des Deux Mondes, 1873, t. civ, p. 637. Papeneordt, Damberger, Giraud et d'autres voulaient croire que Grégoire VII, n'étant pas un énergumène, n'avait pas procédé à l'égard de l'empereur avec cette brusquerie qui eût été à tout le moins un manque d'éducation. Et de fait, il ne semble pas que Grégoire VII ait songé à chercher des conflits inutiles pas plus qu'à envenimer les situations difTiciles. Voir son Registrum, i, 19, p. 33 ; iv, 1, p. 26 : Testis nohis est Deus, quia nulla nos commoda spccularis respeclus conlra pnu^'os principes et impios sacerdotes impeîlunl, scd considcratio noslri ojficii et poleslas, qua cotidie angustamur, apostolicas Sedis, etc. Rien ne vaut la lecture dn Registrum pour prendre une idée véritablement juste de l'homme ; par exemple : ii, 49, p. 163, soucieux de servir l'Église ; i, 47, p. 66, il recommande la communion fréquente; I, 51, p. 71 ; II, 49, p. 164 et la dévotion à la sainte Vierge : v, 21, p. 318, vi, 17, p. 351, et à Jésus indigent. Il y a loin de là au pape bizarre et un peu fou que découvre A. Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands, t. m, p. 769. Nous ne faisons guère de polémique ni de personnalité dans ce travail, mais ce n'est pas en faire que de noter au passage la persistante malveillance confessionnelle du protestantisme en général à l'égard de ce pape que les (ïenturiateurs de Magdobourg appelaient « Gog et Magog», comme si ce charabia biblicjuc n'est pas plus obscur que ce qu'il prétend expliquer.

Ce qui est le péché irrémissible de Grégoire VII aux yeux des historiens allemands, c'est son procédé à l'égard des empereurs allemands. Sa finesse latine ne i)ut décidément jamais prendre au sérieux celle morgue qu'on étalait sans rire, mais dont un Italien ne se laissait pas émouvoir. Ce serait une jolie et curieuse étude à faire que d'indiquer chez ce grand pape, grave et rude mais fin, ]e sourire; cl on l'y trouve. (H. L.)

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sérieux viennent affirmer positivement la reconnaissance par Grégoire du droit de confirmation impériale. C'est ainsi qu'un ami du pape, Walo, abbé de Saint-Arnoul de Metz, écrit à Gréffoire lui-même : « Le démon de Verceil ^ et ses satellites se sont employés pour que ton élection ne fût ])as confirmée ^, » D'où il résulte que Grégoire a sollicité sa confirmation. Du reste Grégoire en témoigne lui-même, car il écrit à Kberhard, comte de Nellenbourg et commissaire du roi Henri : « que le peuple romain l'avait forcé, il est vrai, à accepter l'élection ^, mais qu'il n'avait cependant pas consenti à ce qu'on procédât à l'ordination avant que le roi et les princes de l'Allemagne n'eussent confirmé cette élection "*. »

Il est donc avéré que Grégoire a reconnu le droit de confirmation dvi roi de Germanie de qui il l'a réellement sollicitée ^. Il y était d'ailleurs forcé par le célèbre décret de Nicolas II (de 1059) relatif à l'élection des papes, décret qui accordait au roi de Germanie une coopération réelle à l'élection pontificale ^. Les avis sont partagés sur le point de savoir en quoi consistaient ces concessions du décret de 1059 ''.

La plupart des érudits attribuent aux rois de Gjermanie un droit de confirmation arbitraire : droit d'accepter ou de rejeter l'élu suivant leur fantaisie ^. Je me suis efforcé de démontrer

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