PUBLICATION DES DECRETS DE WOHMS
cisions prises à Worms. Ces évè(jues haïssaient trop Grégoire pour hésiter ; aussi signèrent-ils dans une réunion tenue à Plaisance ^ (d'après Paul de Bernried, à Pavie). Ils jurèrent sur les saints Evangiles qu'ils ne reconnaîtraient plus Grégoire comme pape et ne lui obéiraient plus. En même temps, ils envoyèrent des messagers aux évoques d'autres pays, pour les inviter à faire de même ^. Bruno assure qu'Henri avait cherché à gagner les Romains à prix d'argent, et donne le texte de sa lettre au peuple de Rome, lui communiquant une autre lettre adressée au pape. Le roi engageait d'abord les Romains à lui conserver leur ancienne fidélité et à regarder ses ennemis comme les leurs. 11 entendait par là le moine Ilildebrand, usurpateur et oppresseur de l'Eglise et de la république romaine, en même temps qu'ennemi de l'empire. Il écrivait donc à ce dernier : « Henri, roi par la grâce de Dieu, à Hildebrand. Tandis que jusqu'ici je t'ai obéi, même contre la volonté de mes fidèles, tu t'es constamment conduit envers moi en ennemi. Tu as essayé de m'enlever la dignité que je tiens par héritage, tu as voulu t'emparer du royaume d'Italie, et tu t'es attaqué à mes évêques les plus chers (par l'excommunication), etc. Comme je supportais tout cela avec patience, tu as pris ma longanimité pour de la faiblesse, et tu as osé t'attaquer à moi-même, en disant que je perdrais la vie ou que tu m'enlèverais l'âme (c'està-dire la vie, ou bien le ciel) et l'empire. Ne pouvant accepter cette effronterie, j'ai réuni un concile... et, adhérant à sa juste sentence, je t'annonce que tu es dépouillé de la dignité papale, et je t'ordonne d'abandonner le siège de la ville dont le patriciat m'a été confié de par la volonté de Dieu et les serments des Romains. » Il communiquait aux Romains
que la déclaration de Worius venait de désigner comme compromise par ses relations avec le pape. (H. L.)
1. Paul deBeTxiriedjVita G}-egorii, c. lxvii, dans WaticrichfVilse ponlif.roni., t. I, p. 511 ; cf. Greving, Pauls pon Bernried Vila Gregorii VII papae, in-8, Munster, 1893, p. 64. (H. L.)
2. Paul de Bernried, dans P. L., t. cxlviii, col. 69 sq. ; Bonitho, dans Wattcrich, Vitœ ponl. rorti., t. i, p. 511 ; Jaiïé, op. cit., p. 666; Berthold, dans Mon. Gerin. hisi., Scripl., t. v, p. 282. Dominique, patriarche de Grade, resta fidèle au pape et lui donna avis de toutes les intrigues qui se tramaient contre lui. C'est ce que nous apprend la réponse du pape dans liegistrum, 1. III, n. 14. Mon. Gregor., p. 228; Jafîc, Reg. pontif. rom., n. 4988. Cette lettre que Jafïé place en mars-avril est plus probablement antérieure au milieu de février, date où se tint le concile.
cette lettre, adressée au moine Hildebrand, afin qu'ils le forçassent [70] à abdiquer, tout en lui laissant la vie, et qu'on élevât au Siège apostolique un autre pape avec l'assentiment des évoques et des Romains dévoués au roi,
Henri envoya à Grégoire Vil une autre lettre dont voici les début : « Henri, roi non par usurpation, mais par la volonté de Dieu, à Hildebrand qui n'est plus pape mais seulement un faux moine ^. » Grégoire mérite ce salut par le désordre qu'il a mis dans l'Eglise, « lui qui a renversé des archevêques, des évoques et des prêtres dans le seul but de flatter le peuple... Il a pris ]ioin' de la pusillanimité, la i)atiencc du roi à su.])i)orler ses enq)iètements, et a fini ])ar s'attaquer à la puissance royale ellemême. II a menacé Henri de \\in dépouiller, comme si c'était lui et non pas Dieu (jui donnait l'empire. Henri est arrivé légitimement à la royauté ; Hildebrand, au contraire, est parvenu au sacerdoce par argent, par faveur et par force. Grâce à lui, les laïques sont devenus les maîtres des prêtres, (ju'il leur livre en jouet. Il a osé porter sa main jusque sur le roi, qui, d'après les traditions des Saints Pères, ne doit cependant être jugé que par Dieu, et cela sans avoir aucune faute à lui reprocher; il s'est donc écarté de la vraie foi et doit être déposé. » En terminant, le roi s'écriait d'une façon pathétique : « Et maintenant, puisque tu es condamné par notre jugement et par celui des nos évêques, descends, abandonne ce Siège apostolique que tu as usurpé, et qu'un autre monte dans la chaire de Pierre... Nous, Henri, par la grâce de Dieu, nous te crions avec tous les évêques : Descends, descends, loi qui es condamné à tuu l jamais ^. »