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CHAPITRE VI

4852. Outre ses études sur le droit romain, l'histoire de la Corse a été le constant objet de sa passion patriotique. Il avait projeté d'écrire cette histoire et réuni, dans ce dessein, un grand nombre de matériaux. La mort le surprit au milieu de son travail, et l'on ne pourra jamais assez le regretter. Néanmoins Gregori a rendu d'assez grands services à son pays : il a donné une nouvelle édition de l'histoire de Filippini qu'il voulait continuer, une édition et une traduction italienne des annales corses de Pietro Girneo ; enfin, en 1843 il a publié les Statuts de la Corse, ouvrage d'une grande importance. Dans sa jeunesse il a aussi composé une tragédie de Sampiero, encore inédite.

Parmi ses manuscrits se trouvent une partie de son histoire de la Corse et de nombreux documents sur l'histoire du commerce chez les nations maritimes. La mort de Gregori a été regrettée par les Corses aussi bien que par les savants français et italiens.

La Corse naît encore à peine à la vie littéraire. Les guerres continuelles dont elle fut autrefois le théâtre devaient rendre ses habitants belliqueux et énergiques ; mais elles n'étaient guère favorables aux progrès des lettres. Aussi l'historien Filippini, qui vivait au temps de Sampiero, se plaint-il amèrement dé l'ignorance de ses compatriotes. Il n'en est que plus surprenant de voir qu'en 1650 les Corses fondèrent une Académie des sciences. Elle eut tout d'abord pour président l'avocat Geronimo Biguglia, poète, théologien et historien. A cette époque on aimait à donner à ces sociétés les noms les plus étranges : les Corses appelèrent la leur Accademia dei Vagabondi, et ils ne pouvaient pas choisir de nom qui lui convînt davantage. Le marquis de Cursay, fort vénéré dans l'île, restaura cette académie, et Rousseau, qui mena toujours lui-môme une vie vagabonde, écrivit pour elle une courte dissertation sur ce thème : « Quelle est la

vertu la plus nécessaire aux héros et quels sont les héros a qui cette vertu a le plus manqué ? » C'est bien là un sujet corse.

Cette académie n'existe plus. Les instituts littéraires de Bastia et de la Corse sont en général fort pauvres. Bastia possède un lycée et d'autres écoles moins importantes. J'ai assisté à une distribution de prix d'une école de lilles. Elle se fit dans une des cours de l'ancien collège des Jésuites, élégamment décorée et illuminée le soir pour la circonstance. Les jeunes fdles, toutes habillées de blanc, étaient assises formant un demi cercle en face des principaux citoyens et des autorités de la ville : elles attendaient les couronnes de laurier qui leur étaient destinées. La directrice proclamait le nom de l'heureux vainqueur, qui s' approchant alors de l'estrade, recevait sa couronne, puis allait en silence accorder à l'un des premiers citoyens de la ville la faveur de la lui poser sur la tête. Tout cela se faisait fort gentiment. On distribua un nombre infini de couronnes de laurier : plus d'une aimable enfant en obtint jusqu'à douze pour ses immortels travaux, et c'est toujours avec beaucoup de grâce qu'elle savait les recevoir. Il me sembla cependant que l'on flattait par trop la vanité des anciennes familles : j'entendais sans cesse proclamer les noms des Colonna d'Istria, des Abatucci, des Saliceti. Ces jeunes dames emportèrent chez elles plus de lauriers qu'il n'en faudrait pour couronner les poètes de tout un siècle. Cette fête, qui n'est autre qu'une flatterie française adressée à la vanité, se termina par une petite pièce de théâtre, très agréablement jouée par les jeunes o-sfill

Bastia a un seul journal « L'Ère Nouvelle, journal de la Corse, » paraissant tous les vendredis. Jusqu'à l'été dernier le rédacteur en était l'avocat Arrighi. Voici pourquoi cet homme de talent s'est vu contraint de se retirer : Le nouveau

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