‹ Histoire des CorsesChapitre 240 sur 408 · EPITAPHE · texte numérisé non relu

EPITAPHE

des cinq cents mercenaires Allemands tombés à Calenzana

(( Nous étions cinq cents pauvres mercenaires, et nous vînmes ici, — vendus hélas ! à Gênes par l'empereur, — pour abattre la liberté du peuple corse. — Nous pérîmes tous en accomplissant notre forfait. — Ne nous accuse pas, plainsnous plutôt — (la terre ennemie nous couvre elle-même compatissante) ! — N'insulte pas, ô voyageur, les enfants d'un siècle de ténèbres ! — Mais vous qui vivez, lavez-nous de la honte ! »

Cette époque où l'on vendait nos pères comme un vil troupeau, pour les transporter en Corse et en Amérique, était

assez pleine d'ignominie. Mais alors surgirent Paoli dans cette ile, Washington dans le Nouveau Monde, les Droits de l'Homme au-delà du Rhin, et la faute du temps fut lavée, et avec elle la honte de Galenzana ; car les neveux de ces esclaves couchés là-bas dans leurs noirs tombeaux, ont combattu en hommes libres pour l'indépendance de leur patrie et ont abattu le tyran.

Le soleil va disparaître, le golfe est inondé de lumière et les montagnes abruptes de Galenzana se parent de couleurs chatoyantes. En adoucissant les teintes, les vapeurs lointaines donnent aux paysages du midi une magique beauté. Il n'y a rien qui saisisse plus l'âme que les périodes transitoires : c'est dans le passage de l'être au néant ou du néant à l'être que réside la plus belle, la plus profonde poésie de l'existence. Il en est ainsi de l'histoire des peuples : ses plus merveilleux phénomènes apparaissent au moment où deux civilisations se touchent pour se confondre, de même que, dans la nature, les saisons où les jours brillent de tout leur éclat, lorsqu'ils sont sur le point de disparaitre et que d'autres vont leur succéder. Le même fait s'observe, ce me semble, dans l'histoire de la vie de chaque homme. Là aussi le passage d'une période de culture, d'une forme d'instruction à une autre est plein de charmes et fécond en heureux résultats, et c'est alors seulement que se développent en nous les germes de la force créatrice ou de la poésie.

L'isolement et le silence qui m'entourent ici tiennent presque du prodige : les eaux du golfe immobiles, un miroir ; aussi loin que portent les yeux, aucun navire, aucun oiseau ; et là-bas sur le blanc rivage une tour noire, pareille à la sombre image d'un rêve.... Mais, voici un aigle superbe : il se repose dans sa royale majesté ; puis d'un vigoureux coup d'aile, il s'élève dans les airs et se dirige vers les hauts soratmets. Il est repu de sang.... Ah ! je dérange là aussi un renard, le premier que j'aie vu en Corse, où ces bêtes sont

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