SÉNÈQUE
Et puis va loin de ces bords, dont le site enchanteur et commode invite la foule ; viens sur ces rives
rimas insulas, Sciathum, etSeriphum, Gyarum, etCorsicam pete ; nullum inventes exilium, in quo non aliquis animi causa moretur. Quid tam niidum inveniri potest, quid tam abruptum undique, quam hoc saxum ? quid ad copias respicienti jejunius ? Quid ad homines immansuetius ? quid ad ipsum loci situm horribilius ? quid ad cœli naturam intemperantius ? plures tamen iiic peregrini, quam cives consistunt. Usque eo ergo commutatio ipsa locorum gravis non est, ut liic quoque locus a patria quosdam
abduxit
Haec ipsa insula saepe jam cultores mutavit. Ut
antiquiora quae vetustas obduxit, transeam, Pliocide relicta, Graii qui nunc Massiliam colunt, prius in hac insula consederunt. Ex qua quid eos fugaverit incertum est : utrum cœli gravitas, an praepotentis Italise conspectus, an natura importuosi maris ; nam in causa non fuisse feritatem accolarum, eo apparet, quod maxime tune trucibus et
désertes, dans ces îles sauvages, Sciathos et Sériphe, Gyare et la Corse ; tu ne verras aucune terre d'exil où quelqu'un ne demeure pour son plaisir. Où trouver un lieu plus désolé, plus inaccessible de toutes parts que ce rocher ? plus dépourvu de ressources, habité par des hordes plus barbares, hérissé d'aspérités plus menaçantes, et sous un ciel plus funeste? Et cependant on y rencontre plus d'étrangers que de citoyens. Il est si vrai que le changement de lieu n'a rien en soi de pénible, qu'on s'arrache à sa patrie pour venir dans cette île.
(Traduction de la collection Nisard, p. 69).
Cette île même a souvent changé d'habitants. Pour
ne pas remonter aux âges que le temps couvre de son voile, quittant la Phocide, les Grecs qui maintenant habitent Marseille s'établirent d'abord dans cette île. Qui les en a chassés ? On l'ignore : est-ce un air insalubre, l'aspect formidable de l'Italie, ou la violence d'une mer sans rade? On doit croire que la cause de leur départ ne fut pas la férocité des indigènes, puisqu'ils vinrent se
APPENDICE
incondilis Gallite populis se interposuerunt. Transierunt deinde Ligures in eam, transierunt et Hispani, quod ex similitudine ritus apparet : eadem enim tegumenta capitum, idem genus calceamenti, quod Cantalorio est, et verba quaîdam ; nam totus sermo, conversatione Graecorum Ligurumque, a patrio descivit. Deductaî deinde sunt duse civium Romanorum coloniaB, altéra a Mario, altéra a Sylla. Toties hujus aridi et spinosi saxi mutatus est populus.
Ici. - Consolation à Polyhe, XXXVll.
Cogita quam non possit is aliense vacare consola-
tioni, quem sua mala occupatum tenent, quam non facile latina 'et verba homini succurrant, quem Barbarorum inconditus et Barbaris quoque humanioribus gravis fremitus circum sonat.
mêler aux peuples alors les plus barbares et les plus sauvages de la Gaule. Ensuite les Ligures descendirent dans cette île ; les Espagnols descendirent après eux, comme l'atteste la ressemblance des usages. Les Corses ont du Cantabre le bonnet dont il couvre sa tête, sa chaussure et quelques mots de sa langue ; car tout leur idiome primitif s'est altéré dans le commerce des Grecs et des Ligures. Ensuite, deux colonies de citoyens romains fure'nt amenées, l'une par Marins, l'autre par Sylla. Tant de fois on vit changer le peuple de cette roche épineuse et inféconde ! (Id. pp. 70, 71).
Id. — Consolation à Polyhe.
Songe qu'il n'a guère de loisir pour consoler les
autres, celui que ses maux personnels absorbent tout entier ; songe combien les mots latins arrivent difficilement à un homme dont les oreilles sont déchirées par le grossier jargon des barbares, (') choquant même pour les barbares plus civilisés. (Id. p. 100).
(t) Il était alors exilé en Corse.
APPENDICE