II. Bochetal, procureur à Montbrison
M°* Chazère, veuve de noble Denis Pierrefort 22
M. le lieutenant Allard, et M"* Jeanne de Sistel sa mère 125
M. Chapuis deTrézette, héritier de Michel Chapuis de Villette son père , écuyer, et du père Gabriel Chapuis son oncle : 3 rentes arrivant ensemble à 500 (1)
MM. de Marcûux et Giraud, receveur général des consignations en Forez 150
M. du Rosier, sieur du Mazoyer, et demoiselle Catherine Pouderoux sa mère 650
Les héritiers de noble Claude Chassain, président en l'élection de Montbrison 75
MM. Groselier et La Valette et demoiselle Claudine de Vinolz 130
A reporter 3330 liv.
(1 ) Cette créance fût remboanée aa con^rMit en 1 7 1 8 par Nicolas Périclion, de Lyon , acquéreur des terrée et seigneuries de Villette, Tréiette et Montpéroux, q/al lui furent vendues par Jean Ouigou, sieur des Oranges, et Anne Gh^iuis sa femme, et qu'il revendit la même aunée à Camille de Riverie.
LES VISITANDINBS. 257
Report 3330 liv.
Les héritiers de Philippe Charay et de dame Claudine Vauberet 20
M. de Grézolles, doyen du chapitre de Monthrison. 30 M. François de Grézolles, prôtre missionnaire — fiO M. de Grézolles de Tiraoges et dame Marguerite
Chapuis sa femme 100
M. Morel, notaire à Saint-iean-Soleymieux 100
M. Boyer. lieutenant au bailliage de Ghauffour. . . 150 M. Antoine Henrys, président en Télection de Mont-
brison, et dame Marie Chassain sa femme 300
M. de Pouderoux du Gros. (L'hôpital de Montbrisout son héritier, remboursa le capital de cette
créance.) 100
M. Puy, premier élu en Télection de Montbrison. . 100 1681 M. Antoine Gaze, avocat en parlement, lieutenant en la châtellenie et prévôté de Montbrison , et M. Louis Tricaud du Monceau et du Piney, son
gendre 100
M. de la Pierre de Saint-Hilaire et Gatberine Gé*
roffier sa mère 100
M. de Monchanin, avocat, et Anne Bussière sa
femme 50
MM. Gonin de Lurieu père et fils et demoiselle
Dubostla Fuste 50
Dame Catherine Grimaud, veuve de noble Barthélémy Sévérat, élu en l'élection de Montbrison. . 100 1691 M. Pierrefort de Vidrieux et demoiselle Marie
Granjon sa. femme 30
Le marquis de Gouzan «. 20
Le comte de Rostaing et Hélène de TréméoUes sa
femme 200
M. et M"* de Bufferdan 35
V* Catherine de Rochefort, veuve de Jacques
Barailhon 25
M. de Fornier de Montagnac etClaudine-Catherine
A reportert 4990 liv.
258 LES GOuvBirrs de montbrison.
Report 4990 Uv.
des Halles sa femme 900
M. Hearys, seigneur de Ghavassieux, et Marie- Anne Granjon sa femme 900
1692 MM. Chapais, de SainWBonoet, d'Apinac et de Gré-
zoUes, ses gendres 150
M. du Buisson, élu en l'élection de Montbrison... 50
1702 M. Flachère et M"* Bonne du Guet sa femme 80
M. et M- de Mignardières 160
M. de Pouderoux , seigneur de Bataillou , lieutenant-général au bailliage de Forez 150
Le marquis de Couzan. 200
Le comte de la Tour-Maubourg et M"* Eléonore
de Montpérouxsa femme 150
1713 M. Jean Montagne , conseiller au parlement des Dombes, M"* Jeanne-Françoise de Laurencin sa Yemme, et dame Antoinette Béraud sa mère, veuve de Cbarles Montagne, bourgeois de Lyon, 400
M. et M"' Gannaye 400
M. Gilbert de la Goutte- Vendègre et dame de Castillon de Saint-Victor de Belvezé sa femme , et
Gilberte de la Goutte-?endègre sa sœur 900
M. et M"* de Montrouge aoo
M. Carrier, colonel de la milice bourgeoise de
Saint-Etienne et Madeleine Dignaron sa femme. 200 M. Carrier, procureur du roi à Saint-Etienne, et
Claudine Deville sa femme 225
Le comte du Fenoyl, président au parlement de Pau, M"* Charlotte de Migieux sa mère, et le
comte de Sérésin son fi! ;. 600
M. et M"* de la Chazotte . . . ! 100
M. de Rochefort d'Agrin 150
M. le conseiller Mazenod 190
M. Manis de Champvieu 360
M. Punetis de la Tour 150
M. Ramey de Lestra (pour ses deux filles) 300
A reporter 9955 liv.
LES YISITANDINBS. 259
Report 9955 liv.
M"* Basset (pour sœur Madeleine) 160
Le comte de Thélis (pour ses deux filles, Glaudioe
et Anne) 300
1703 M. Âllard, prévôt de Forez, et dame Basson sa femme 900 1711 Le comte de Ghavagnac. Catherine des Halles sa femme, et M. de GrésoUes, doyen du chapitre de
M ontbrison 35
1714 M"* Glaudine Grozelier, veuve de M. du Rozier, de
Saint-Germain 300
1714 M. et M** la comtesse de Souternon 500
1715 If. Girard de Beauvoir et M"* du Rosier sa femme. 100 1736 H. le marquis de Pradines 150
M. Mivière de la Ghana et demoiselle Pitre sa
femme, remariée à M. du Bec du Crozet 150
17^ M"* d'Allard de Fougerolles et H. de Fougerolles
son beau-fils 100
1730 Les héritiers de M. Antoine Henrys, ancien Président de rélection, et M"* Ghassain sa femme 305
M. des Granges de Foris, héritier de sa mère 230
1754 M de Marcoux, seig' de Goutelas, capitaine au régiment delà Fare, et Tabbéde Montmars son frère, héritiers de M. Ducros de Montmars leur père. • 3850 1754 M. Dodieu, seigneur de Ghambeuf, et Gharloite de
Saint-Priest sa femme 50
M. Dumoulin de Trézaogles et sa sœur Gharlotte. . 50 M. de Maubou, écuyer, et Marie Girard sa femme. 100 M. Bauldot de Veau, écuyer, officier chez le roi, et dame Marie-Anne Mayosson de la Bèneventières
sa femme 400
M. le marquis de Damas et Marguerite de Tré-
méolles de Barges sa femme 300
M~ Laisné et If. du Fenoyl son gendre 350
1763 Le marquis de Rostaing et M^ de la Tourette sa
femme 200
M. de la Tour-Ghabron 200
A reporter. , 1647} liv.
Report.'. 16475 liv.
M. de Boubée de la Bâtie, ancien officier de cavalerie, et M*' Mercier sa femme 300
1765 M. Genestet , bourgeois du Puy 150
1768 M. de Bronac, écuyer, seigneur de Montfaucon,
filsainédeM. de Habille 900
» M. Michel de la Brosse, écuyer 103
1776 M. Jean-Hector Montagne, chevalier, s' de Poncins. (Il a employé ce capital au payement de la terre de Magneux-Hauterive qu'il venait d'ache|er, et qu'il a revendue vers 1780 à M. de Livron qui nous sert cette rente au lieu et place de M. de Poncins. ) 1375
Total des revenus 18503 liv.
On voit par ce tableau que le principal revenu des religieuses consistait en rentes sur des particuliers; elles avaient aussi quelques rentes sur les tailles et sur Thôtel de ville de Paris; une rente de 600 livres sur les Pères de l'Oratoire de Notre-Dame-de-Grâce, créée en 1676 et dont le capital leur fut remboursé en 1696, une autre de 350 livres sur les religieuses de Joursey, et enfin une rente de 450 livres sur les états du Languedoc en 1777. En 1785 elles achetaient encore sur les mêmes états une nouvelle rente de 450 livres.
Leurs quatre domaines, dont nous avons parlé, étaient d'un revenu, en 1755, de 1,418 livres seulement, composé comme il suit :
Le domaine Beaucieu produisait. . . . 248 liv.
— Grange-Neuve » ... 335
— Messilieux » ... 499 — ' Goutalan y> ... 336
LES VISITANDINBS. 261
Si Ton ajoute le loyer de quatre caves situées dans les fondations du couvent, s'élevant au plus à 100 iiv. et le produit d'une vacherie et de quelques légumes de leur jardin s'élevant en moyenne à 300 lives, on verra que leurs revenus en immeubles arrivaient environ à 1800 livres.
Ce produit réuni à celui de leurs capitaux qui était, comme nous venons de le voir, de. . . . 18,738 Iiv. portait l'ensemble de leurs revenus annuels à. . 20538liv.
Dans ce chiffre, déjà très-élevé, n'étaient compris ni le produit de l'enseignement qui arrivait au minimum à 2,000 livres, ni celui de toutes les petites pensions faites à la plupart des religieuses et qui en général profitaient à la communauté tout entière.
On peut donc évaluer les revenus du couvent, vers le milieu du XVIIP siècle, à environ 23,000 livres.
Dans leurs revenus nous en avons rencontré un tellement nouveau que nous avons cru devoir le mentionner spécialement: c'est celui qu'elles retiraient du loyer du greffe des présentations aux bailliage, et châtellenie de Montbrison. Ces droits de greffe leur avaient été cédés par M'** Jacques et Etienne Cannaye, père et fils, seigneurs de Malleval (Saint-Héand), tous deux conseillers du roi en la cour de parlement et grand chambre de Paris. Cette cession avait été faite pour dix ans, à partir de 1680, en payement du solde des dots de Mesd*'*^ Espérance, Edmée et Claire Cannaye, leurs trois filles et sœurs. Ces droits étaient
affermés^ en 1686^ à MM. de Couderc et Bochetal^ procureurs à Montbrison^ au prix annuel de 220 livres.
Une autre espèce de revenus^ qui semblait peu convenir à des femmes^ était celui qu'elles retiraient de la ferme des dîmes de Messilieux^ paroisse de Prétieux. Ces dîmes ^ qui appartenaient à lacomman* derie de SainfrJean-des-Prés de Montbrison, leur avaient été affermées ^ en 1751^ au prix annuel de 400 livres^ y compris la jouissance de quelques prés situés dans le voisinage de leur domaine de cq nom^ par François-Marie Chassain de Chabet de la Vernade, chevalier de Tordre de Saint-Jean^ commandeur de la commanderie de la Croix au Bost (province de La Marche)^ agissant au nom de frère Philibert du Saillant^ commandeur de celle de Montbrison.
Après avoir indiqué les principaux revenus des religieuses de la Visitation y il faut aussi mentionner les charges qu'elles devaient acquitter. Celles envers r-Etat étaient peu onéreuses^ attendu que par lettrespatentes du 10 mai 1676^ signées Le Tellier^ elles avaient été affranchies envers le roi des droits de cens et servis pour l'emplacement de leur église^ couvent et enclos^ et de ceux d'amortissement ou autres dûs sur leurs nouveaux acquêts. Une nouvelle faveur fut accordée à l'ordre entier de la Visitation^ sur la sollicitation de la reine d'Angleterre^ Madame Henriette de France, par lettres-patentes qui ne furent expédiées qu'à la date du 29 juillet 1690. Ces lettres dispensaient le couvent de contribuer en rien dans l'impôt prélevé par l'Etat sur le clergé sous le faux nom de don gratuit.
LBS VISITANDINES. 263
Sans égard à ces faveurs^ les fermiers des deniers publics voulaient les faire contribuer au payement de divers impôts levés par l'Etat, en 1693, sous les noms d'affranchissement de cens et rentes^ décharge de francs fiefs, contribution du ban et arrière-ban et droits de confirmation de franc alleu; mais l'ordre entier protesta, et,, le 14 novembre 1694, fut rendu un arrêt du Conseil d'Etat qui ordonna la cessation des poursuites et la main-levée de toutes saisies faites ou à faire.
Toutefois, ces faveurs ne furent pas de longue durée; les lettres-patentes qui les contenaient furent révoquées, et, en 1696, les Visitandines de Mont« brison payèrent 3,140 livres pour droits d'amortissement sur quelques nouveaux acquêts. Ces nouveaux acquêts se composaient du domaine de Beaucieu, situé à Chalain-d'Uzore, de la maison de M. Henrys; d'un pâturage situé à Sury-lç-Comtal , qui leur avait été donné par sœur Françoise Delosme, et du cens du domaine Beaucieu qu'elles avaient racheté, le 15 février 1680, moyennant 300 livres. Ce cens leur avait été remis moyennant le capital de 300 livres payé à Marie d'Estulingein Dodieu et à Imbert de Luzy, marquis de Couzan, veuve, fils et héritiers sous bénéfice d'inventaire de M"* Jean de Luzy, marquis de PelUssac, seigneur de Chalain-d'Uzore.
En 1723, elles eurent aussi à payer pour droits d'amortissement sur leurs rentes constituées, y compris le décime, une somme très-forte de 13,194 livres 10 sols. Cet impôt frappait sur tous les placements
faits depui8'1704; comme il était le sixième du capital constitué en rente ^ il nous apprend que dans l'espace de vingt ans les Visitandines avaient placé en rente environ 80,000 livres.
Outre leur^part dans les charges de TEtat, les Visitandines supportaient un impôt annuel en faveur du clergé, sous le nom de charges diocésaines; cet impôt, très-léger dans son principe, puisqu'en 1698 il n'arrivait qu'à 20 livres, variait plus tard entre les chiffres de 150 et 200 livres, à l'exception toutefois des années où le roi demandait où plutôt imposait au clergé un don gratuit; ainsi, pendant les années 1701 à 1704, elles durent payer, chaque année, 250 à 300 livres, <c à cause d'un don gratuit de 4 millions « que le clergé s'est engagé à payer, chaque année, a autant que durera la guerre entreprise pour sou- Qc tenir les droits de la couronne d'Espagne. » En 1712, autre don gratuit qui éleva l'impôt des Visitandines de Montbrison à 450 livres. Toutefois, par un retour de faveur due à je ne sais quelle influence, l'ordre entier de la Visitation fut dispensé, par letti'espatentes du 3 octobre 1771, de rien payer dans le don gratuit accordé au roi par le clergé pour le dixième denier.
Ces charges, comme tous les impôts, allaient toujours en augmentant; en 1771, elles s'élevèrent à 587 livres.
Elles acquittaient de plus l'impôt à la charge de leur aumônier; cet impôt variait de 9 à 23 liv. Parmi les aumôniers du couvent nous avons remarqué
M" Damien Cluzel qui remplit ces fonctions depuis 1701 jusqu'en 1744, année de sa mort. Pau:* son testament il légua aux Visitandines une somme de 140 livres dont la rente devait être employée h célébrer à perpétuité une grand'messe, le 2 juillet^ jour de son décès. Les fonctions d'aumônier furent remplies plus tard par M. Benoit, curé de la paroisse de la Madeleine à Montbrison; le cumul dans les emplois lucratifs n'est pas, comme on le voit, une invention nouvelle. Nous avons vu au commencement de cette notice que les religieuses avaient employé, en 1701 et 1702, un capital de 55,000 livres à construire leur nouvelle église, et 12,000 livres à élever le dôme qui la surmonte; mais il restait à la décorer à l'intérieur. C'est ce qu'elles firent dès l'année 1704; un traité signé le 2 août, entre la supérieure de la communauté et le sieur Etienne Masson, sculpteur à Dijon, va nous fournir une description détaillée du bel autel qui formait le principal ornement de cette église. Le sieur Masson s'engagea à fournir a un grand autel et rétable « en marbre, avec bronze doré au feu, et bois sculptés, « peints et dorés. L'autel sera élevé sur trois marches a en marbre de Rigny , le tabernacle devra être formé « des plus beaux marbres qui se trouveront à Pau*is; <t entre les deux pilastres on enchâssera du lapis, sur «i lequel seront appliqués des ornements légers en a bronze doré. Un rétable sera construit autour du a corps de l'autel; il sera composé de quatre colonnes « de marbre rouge de dix pieds de hauteur. Les a quatre bases des colonnes seront en plomb doré; Tome 2. 18
« les chapiteaux d'ordre corinthien en bois sculpté « et doré; les quatre festons de fleurs entre chaque <c chapiteau seront de même. L'entablement du réc table^ formant l'architrave^ la frise et la corniche^ c seront en bois peint couleur de marbre convenable^ c avec un vernis pour imiter le lustre du marbre; les « ornements de la susdite corniche seront aussi dorés, a Le rétable formant un ovale autour de l'autel sera c séparé du mur de trois pieds. Le tout surmonté a d'un couronnement^ d'une boule avec Saint-Esprit c et d'une croix dorée au sommet. Le tout ensemble c avec le rétable aura 34 pieds environ de hauteur, c Au-dessus del'autei quatre belles figures (statues)^ « de 5 à 6 pieds, en bois blanchi imitant le marbre, <c et représentant la Visitation de la Sainte-Vierge, c avec sainte Elisabeth, saint Joseph et saint Zacha- <c rie, au-dessus desquelles figures sera une gloire c composée de quatre ou cinq anges qui apporteront a coiu*onnes et fleurs. Le tout en bois doré. »
Les conditions de ce traité peuvent nous donner une idée de cet autel, enrichi de marbres précieux, orné de statues, de bronze doré, et surmonté de son beau couronnement que supportaient quatre colonnes en marbre rouge.
Ce genre d'ornementation qui surmontait les autels était appelé rétable; il était alors très à la mode et rappelait celui dont le cavalier Bernin avait couronné le grand autel de Saint-Pierre de Rome. Le rétable de l'église de la Visitation qui mesurait trente-quatre pieds d'élévation , était, comme on le voit, dans de
LES VISITANDINËS. 267
grandes proportions; il s'élançait sous la coupole du dôme^ formait comme un dais au-dessus du grand autel ^ et donnait aux cérémonies religieuses une grande solennité.
Ce maître autel avec ses statues^ ses colonnes et son couronnement^ fut payé 16^000 livres auxquelles les religieuses en ajoutèrent 500 à titre de grati&ca*tion (1),
L'église de Sainte-Marie^ qui sert aujourd'hui de salle à la Cour d'assises de la Loire ^ était un monument en style grec^ composé d'une seule nef. Le dôme était au-dessus du transep; la place des bras de la croix formait à droite et à gauche un petit renflement surmonté d'une arcade; sous l'arcade de gauche était la grille qui fermait le chœur affecté aux religieuses; sous celle de droite était la chapelle consacrée à saint François de Sales ^ le fondateur de l'ordre de la Visitation^ canonisé le 19 avril 1665. De l'une à l'autre régnait une barrière en fer^ ou table de communion^ formant une courbe gracieuse qui séparait le chœur du reste de l'église. Cette barrière, d'un très-beau travail et véritable objet d'art, dont quelques parties étaient dorées, avait été faite par le sieur Gabriel Deville, maître serrurier à Saint-Etienne en 1709, au prix, trèsrélevé pour l'époque, de 500 liv. Au-dessus de l'autel en marbre noir et blanc, consacré à saint François, était sculptée une gloire triomphale de la
(1) Le même genre d'ornementation couronnait le maître-autel du couvent de la Visitation à VilleAranche. (HUUnrede FOfefranche^ par Laplatte, p. 421.)
268 LES GOUYKNTS DE MONTBRISOX.
mort dtt saint fondateur. La statue du Sainte de cinq pieds et demi d'élévation^ le représentait en extase, cStraxkt à Dieu son cœur enflammé; il était enlevé et couronné par un groupe d'anges en admiration qui portaient sa mitre et sa crosse. Toutes ces figures, sculptées en bois, étaient peintes en marbre blanc.
Qu'est devenue cette riche ornementation du chœur de Sainte-Marie? Ces statues de grandeur naturelle, ces groupes d'anges, ces bronzes dorés, ces marbres précieux, ces belles' colonnes en marbre qui suppor*taient le baldaquin ou couronnement du m^tre-autel? Hélas I l'orage de 1793 a tout dispersé : et les religieuses qui avaient cherché un abri derrière les murs du couvent, et les richesses dont elles avaient orné leur église.
Toutefois, on peut voir encore deux des quatre grandes colonnes en marbre du Languedoc, qui entouraient l'autel de Sainto-Marie, placées à la porte d'une maison située à Montt^ison , à l'extrémité du boulevard Ssdnt-Jean. Trois de ces colonnes furent employées à l'ornementation d'une fontaine construite sous le premier empire au bas de la rue Tupinerie; elles supportaient un dôme triangulaire surmonté d'un aigle.
En 1815, cet emblème parut séditieux aux flatteurs de la restauration; on remplaça la gracieuse fontaine impériale par une fontaine carrée en pierres, dont la forme massive rappelait celle d'un mausolée (1). Les
(t) Ce lourd mo&anieat « été à son tour démoli ven 1880 et romptocé ptt
LB8 YISITANDINBS. 369
GolonnM de Téglise de Sainte-Marie furent vendues au peintre Jean Desbrun qui en fit dreseer deux^ en manière d ornement, devant la porte de la maison où on les voit aujourd'hui.
En 1710 les religieuses de Sainte-Marie complu tèrent l'om^nentation de leur maitre-autel par une exposition pour le Saint-Sacrement. Ce petit monument en bronze doré était composé de quatre colonnes supportant une coupole; sous ce petit dôme deux anges, portés sur des nuages, tenaient dans leurs mains une couronne qui surmontait l'ostensoir. La couronne^ dit le compromis qui fut signé avec le sieur E. Masson, sculpteur à Dijon, uera ornée de pierreries j diamants et perles fines fournies po/r les religieuses.
Ces perles et ces diamants avaient été donnés au couvent de la Visitation par M*"* Anne-Madeleine Pupier, religieuse au même couvent depuis 1664.
En 1668, ils donnèrent lieu à un grave procès intenté par M"*"* Fleurie de Poud^x)ux à M. Louis Pu-^ pier, conseiller au bailliage, père d'Ann^Madeleine. Mad*"* Fleurie de Pouderoux, veuve de Pierre Henrys, héritière de M*"" N... Henrys, son aïeule, rédamait ces bijoux; M*"* Pupier, au nom et comme héritière de Claudine Henrys sa mère, petite^fille de M'"* N.., Henrys, alléguait qu'ils avaient été donnés à cette dernière par M"""* Henrys, son aïeule, pour les soins
une borne- fontaine en fonte , qui elle-même vient de faire place à une fontaine plus monumentale d'où jaillissent en jets nombreux les eaux abondantes que )• ville de Montbrlsoii vient ^'amener dfP mostegnee d« soir.
qu'elle lui avait prodigués pendant les vingt-cinq dernières années de sa vie.
Ce procès par^t avoir eu dans Montbrison un certain retentissement^ autant par le nom des parties qui tenaient une position élevée dans la magistrature du bailliage^ et les religieuses qui s'y trouvaient mêlées^ que par la matière même du procès. Voici le détail des bijoux réclamés par M*"* de Pouderoux : trois douzaines de boutons d'or^ un collier de petites perles^ un collier d'orfèvrerie avec diamants et perle^^ une enseigne d'or à l'antique avec une turquoise, cinq bagues, un bracelet de perles orné de cinq pla* ques noires^ un Saint-Esprit avec huit diamants, une ceinture d'argent avec une émeraude et deux diamants.
M. Pupier nia l'existence de ces diamants, mais Fleurie de Pouderoux savait sans doute qu'ils étaient entre les mains de Anne-Madeleine Pupier, ou en celles de la supérieure du couvent; elle obtint du bailliage l'interrogatoire de M*"* Pupier et de la supérieure. Cet interrogatoire, qui eut lieu le 2 mai 1668, nous apprend que ces bijoux avaient fait partie d'un plus riche écrin ayant appartenu à M*"* Henrys, qui lui avait été volé dans le château de Charlieu (fief de la famille Henrys, situé en face de la caserne de Montbrison), longtemps avant que M*"* Pupier entrât en religion.
M*^ de Pouderoux perdit son procès, les diamants restèrent à M*"* Pupier, et quarante ans plus tard ils faisaient un des plus beaux ornements de l'église de la Visitation aux jours de grande solennité.
LBS VI3ITANDINBS. 271
Cette exposition fut payée au sieur E. Masson 1^000 livres. Ce prix élevé nous dit assez que le trav^l de Tartiste était un objet d'art digne des pierres pré* cieuses qui l'embellissaient.
En 1713 nos religieuses complétèrent l'ornementation intérieure de leur église par la pose d'une chaire en bois sculpté. L'artiste avait représenté sur le dossier Notre-Seigneiu* prêchant dans le temple au milieu des docteurs de la loi y et aux angles les quatre évangélistes avec leurs emblèmes^ Le tout devait être entièrement conforme à la chaire de Téglise de Saint* Galmier. Ce travail fut confié au ciseau de Guillaume Duval^ maitre sculpteur à Montbrison^ et lui fut payé 500 livres.
La chaire de l'église de Saint-Galmier subsiste encore; elle a fait souvent notre admiration^ et depuis que nous savons qu'elle avait servi de modèle à celle de la Visitation^ nous éprouvons un plus vif regret de la perte de celle de nos Visitandines.
Enfin en 1717 fut posée sur la façade de l'église de Sainte-Marie une horloge sonnant les quarts^ les demies et les troi&quarts^ par le sieur Jean Jourjon de Saint*Etienne, au prix de 280 livres. Cette dernière somme nous donne une idée de la valeur de l'argent à cette époque. Elle représente environ 2^000 francs de notre monnaie. De nos jours ^ en effets une horloge^ telle que celle que l'on pose ordinairement au sommet des bâtiments publics^ coûte encore au moins 2^000 francs, malgré les perfectionnements apportés dans ce genre d'industarie* Cette comparai-
son nou8 fera comprendre quelle devait être la beauté d'une chaire payée 500 livres, d'une exposition payée 1,000 livres, sans compter la valeur des perles et des diamants, et de cet immense rétable qui surmontait Tautel payé 16,500 livres.
Combien tous ces souvenirs doivent nous inspirer des regrets sur la destruction de tous ces objets d'art, et qu'elles devaient être belles les cérémonies religieuses au milieu de toutes ces somptuosités I
Les agencements intérieurs de l'église de Sainte- Marie étaient à-peine terminés lorsqu'au commencement de l'année 1717 elle faillit devenir la proie des flammes. Un violent incendie se déclara dans la vieille tour appelée de la barrière, séparée de l'église par la petite rue de ce nom. Cette tour^ beaucoup plus élevée qu'elle ne l'est de nos jours, avait son dernier étage construit en bois et couronné d'une flèche aiguë aussi en bois. Ces matières inflammables fournirent un aliment à l'incendie, et les débris de toutes ces charpentes en s'écroulant tombèrent sur le toit de l'église et y mirent le feu. Une vue de Montbrison, en date de 1732, reproduit cependant la flèche de la vieille tour. Fut-elle après l'incendie rétablie dans sa première forme? ou cette vue, quoique datée de 1732, est-elle la reproduction d'une peinture antérieure à l'incendie de 1 71 7 ? Nous penchons vers cette dernière croyance; car si la flèche eût été rétablie, il est pro* bable qu'elle subsisterait encore à la place du toit plat qui couvre aujourd'hui cette tour. Il parait toutefois que les dégâts causés par l'incendie furent peu coq-*
LES VISrrANDIN£S. 273
sidérables; car leB religieuses^ en adressant une plainte au président du bailliage^ sur les métiers dangereux qui étaient exercés dans cette tour^ ne réclamèrent aucuns dommages - intérêts contre les recteurs de Thospice de Montbrison à qui elle appartenait.
Dans notre notice sur les deux couvents des Ursulines de Montbrison nous avons constaté le nombre prodigieux de procès qu'elles eurent à soutenir (trentehuit procès en vingt-trois ans). Il n'en était pas de même chez les Dames de la Visitation (dix au plus pendant un siècle et demi que vécut cet ordre dans Montbrison). Je crois cependant qu'elles ne laissaient pas prescrire leurs droits, même envers leurs débiteurs les plus influents, comme nous l'avons vu dans les rares procès qu'elles eurent à soutenir contre Messieurs du bailliage et le président, Antoine Henrys. Mais il en est peut-être des corps religieux comme des familles, l'esprit processif ou conciliant survit à chaque génération.
En 1747, toutefois, nos religieuses eurent à défendre leurs droits dans un procès intenté à M. le comte Abraham de Thélis, seigneur de Chatel, par ses nombreux créanciers. Ses dettes arrivaient au chiffre^ très-élevé pour cette époque, de 134,000 liv. L'indication de quelques-unes de ces dettes nous fera connaître les habitudes et le genre de vie des personnes de qualité de cette époque.
Il devait à M*"* de Saron (dette de cœur sans doute) , 4800Uv,
274 LBS COUVENTS DE MONTttRISON.
A M. Marinier^ receveur des tailles à à Lyon (1) , . 40001iv.
Aux religieuses de Ste-Marie à Lyon (2). 24000
Aux religieuses de Sainte-Marie de Montbrison pour la dot de Claudine-Françoise de Thélis, religieuse depuis 1708. . 3600
Aux chanoines de Saint-Georges à Chàlons 7000
A Tabbé Busanniecq^ précepteur de ses enfants 2416
Au sieur Saban^ tailleur d'habits à Paris 3107
Au sieur Nompère^ marchand drapier à Paris 6204
A Taubergiste de la Fripillère^ rue de Tournon, à Paris , • 800
A la dame. Tremblay, loueuse de car^ rosses à Paris 7151iv.
A M. de Guinguéné pour billet d'honneur (dette de jeu sans doute) 1200
A M . de Valmatel pour la même cause. . 1 200
A la dame Charnelle pour deux actions. 4000
Au marquis de Saint-Priest 9063
(1) Cette créance résultait d'une rente créée par M. de Tbélis le 27 juin 1739, devant M* Tlièvee, noUire à Lyon ; elle fut remboursée le 23 octobre 1755, devant MM*' Guyot et Rivât , notaires i Lyon , par M. Leconte , écuyer, acqnéiMir des biens que M. de Thélis possédait à Ghambéon.
(2) M. Abraham de Tbélis mourut en mars i75i, dans sa belle terre de Ghâtel (Clépé) : ses créanciers firent faire ap^iosition de scellés le 14 octobre même année ; le 3 mars de l'année suivante, un inventaire fnt dressé de son mobilier^ à la re<}néte de M. Marmier; il dura neuf jourii.
LBS YISITÂNDINBS. 275
A la comtesse de Vichy^ sa sœur^ pour solde de sa légitime 13000
Au sieur de Montagny^ receveur général de Bourgogne 12200
Lies biens qui devaient faire face au payement de toutes ces dettes consistaient ^n la terre de Chatel et en plusieurs domaines situés à Chambéon et à Saint- Laurent-la-Conche. Ils étaient alors regardés comme suffisants à désintéresser les créanciers (ces biens vaudraient aujourd'hui plus d'un million et demi). La vente par décret en était poursuivie devant cinq tribunaux différents: à Paris^ à Lyon^ à Dijon ^ à Bourges et à Montbrison; M. de Thélis^ dans son intérêt et dans celui de ses créanciers^ présenta une requête au parlement de Paris qui ordonna la centra* lisation de toutes les poursuites devant la Cour des monnaies de Lyon. Pendant ce temps il vendit les domaines de Chambéon et Saint-Laurent-larConche^ paya les créanciers les plus actifs et conserva la terre de Chatel qui passa plus tard^ par héritage^ entre les mains des Saint-Didier.