‹ Histoire des couvents de Montbrison avant 1793 (volume 2)Chapitre 39 sur 69 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Nouvelle décoration intérieure de l'église de la Visitation en 1751. — Inventaire de l'actif et du passif du couvent en 1790. — Vente de ses biens. — Le couvent est converti en caserne de gendarmerie et en palais de justice.

Les religieuses de Sainte-Marie paraissent avoir eu un zèle tout particulier pour Tornementation intérieure de leur église; aussi les murs, recouverts d'un simple badigeon, leur parurent bientôt trop nus et peu en harmonie avec les riches sculptures qui ornaient le grand autel, la chapelle de saint François et la chaire. Eïi 1741, Mad"*^ Marie-Thérèse-Charlotte de Talaru- Chalmazel, alors supérieure de la communauté, signa un traité, en date du 20 juillet, avec le peintre Philibert Mosnier jeune, pour la décoration intérieure du dôme et de l'église; les plans et dessins annexés au traité nous apprennent que les murs de TéglisQ furent divisés en huit grands panneaux encadrés dans des ornements style Louis XV. Chaque panneau contenait un trophée diversement composé avec les ornements usuels du culte catholique, tels que crucifix, ostensoirs, chandeliers, calices^ encensoirs, tiares, mitres, crosses d'abbés, étoles, livres et tabernacles. Dans la partie inférieure du dôme étaient représentés les quatre évangélistes avec leurs attributs, portés sur des nuages. Quant à l'intérieur de la coupole,

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elle fut divisée dans toute sa hauteur en huit compartiments dont quatre, alternativement ornés de médaillons ovales, devaient contenir des sujets religieux, non indiqués dans les cartons préparatoires; les quatre autres compartiments, sans médaillons, représentaient une riche ornementation style Louis XV,

Toutes ces peintures étaient en grisaille, sauf les quatre évangélistes et les sujets des médaillons dont les brillantes couleurs ressortaient sur un fond uni et produisaient un bon effet.

Je ne sais si c'est en souvenir de cette décoration que le peintre moderne, Zachéo, de Roanne, a employé, vers 1840, le même genre d'ornementation dans la salle des assises (ancienne église de la Visitation); mais j'ai été heureux de voir appliquer à cette belle salle une ornementation rappelant celle qu'elle avait eue autrefois. Aux trophées composés d'ornements d'église, l'artiste moderne a substitué des attributs approppriés à la nouvelle destination de l'édifice : deux femmes, l'une tenant les balances de la justice, l'autre le glaive de la loi, deux beaux médaillons polychromes représentant Jean Papon et Claude Henrys, les flambeaux de l'ancienne magistrature forézienne, ornent bien la muraille qui a remplacé l'abside du chœur. Une raison d'acoustique a fait condamner l'ouverture du dôme, et a enlevé à la salle le principal ornement de l'ancienne église.

Lorsque si souvent nous retrouvons d'anciens édifices religieux convertis en écuries, halles publiques, salles de spectacle, combien ne devons-nous

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pas nous applaudir de retrouver notre ancienne église de Sainte-Marie rendue à un nouveau culte, celui de la justice humaine, et de pouvoir admirer encore l'élégance de son dôme qui produit un effet si heureux dans le paysage de Montbrison (1).

Les riches décorations que les Visitandines savaient si bien appliquer à leur église ne purent la protéger contre le sort qu'allait lui faire la révolution de 1790.

Le jour était venu où toutes ces richesses, si rapidement amassées dans l'espace de cent cinquante ans, allaient entrer violemment dans le domaine de la nation.

Le 18 août 1790 les président, membres et secrétaire du district, MM. Métayer des Combes, Meys de Châles, Staron do la Rey, Richard et Gras, firent au nom de la loi ouvrir les portes du couvent, et donnèrent aux religieuses assemblées en chapitre lecture du décret qui rendait à chacune d'elles sa liberté, le premier et le plus imprescriptible des biens de Uhomme.

Ni les portes du cloître ouvertes à deux battants, ni les mots magiques de liberté et de droits de l'homme ne purent faire parmi ces humbles filles de Dieu un seul apostat; elles déclarèrent toutes, comme l'avaient

(I) J'ai appris avec peine qu'en 1866 une voix s'était élevée dans TadiLinistration départementale de la Loire , demandant la suppression du dôme pour icfmùmiter les frais de son entretien ; M. Pavrot, architecte de ranrondissement de Ifontbrison, a combattu ce genre d'économie; espérons que l'administration, appuyée par les vœux des\babitants, lui donnera longtemps gain de cause.

fait les autres religieux des couvents de Mbntbrison, qu'elles étaient attachées à leur maison et ne voulaient pas la quitter.

Cette unanimité dans la fidélité aux vœux monastiques n'est-elle pas la réponse la plus victorieuse qu'on puisse faire à ces écrivains qui ont avancé que les couvents de France étaient à cette époque peuplés de victimes.

Sans doute les religieux d'alors n'étaient pas tous attirés dans les couvents par le seul sentiment de l'amour divin; parmi ces jeunes filles de 15 à 18 ans qui se vouaient à la vie religieuse, quelques-unes y entraient poussées par la famille ou entraînées par l'éducation; mais toutes (du moins dans les communautés dont j'ai fait l'étude) s'étaient façonnées à cette existence, l'avaient acceptée sans regret, et, à l'exception d'une seule, Mad"® do Vaugirard (religieuse .ursuline),- toutes refusèrent la liberté que la nation leur offrait, et ne demandèrent d'autre faveur que celle de mourir dans la retraite qu'elles avaient choisie.

Les Visitandines qui occupaient alors le couvent étaient au nombre de vingt-sept dames de chœur, neuf sœurs converses ou agrégées et une novice.

Voici leur nom , leur âge et la date de leur admission , tels que nous les ont transmis le procès-verbal dressé le 18 août 1790 par les commissaires de la nation :

Age. AdmÎMioB.

Pélagie Chapuis de Laval, supérieure.

LES VlSrrANDINBS, 287

Aft. Auuni«m.

Marie-Thérèse Charézieux 69 1748

Félicité Ramey de la Salle 58 1748

Françoise-Catherine du Terrail 55 1752

Bonne du Guet 73 1736

Marianne-Laurence de Rostaing 73 1736

Marguerite-Josèphe Herbaud 75 • . . .

Colombe du Guet 67 1740

Anne-Thérèse Terrasson 60 1747

Victoire Ramey de la Salle 57 1750

Marie-Régis de -Goye 67 1754

Marie-Stanislas Bienvenu 60 1758

Âugustine Chabron 66 1759

Thérèse Chapuis de Laval 50 1759

Henriette de Boubée 66 1761

CécUeBelot 55 1761

Ursule Genestet. 54 1764

Euphrosine Michel 44 1764

Hélène Pellassy, 43 1769

Louise- Victoire Punctis de la Tour. . . . 42 1769

Catherine Buer 37 1771

Claire de Noyer des Sauvages 44 1771

Jeanne-Chantal Manjean 64 1778

Madeleine-Séraphine du Bouchet 27 1785

Joséphine Salles 25 1785

Thérèse Salles 25 1788

Adélaïde Guillot 59 1752

Sœurs converses.

Françoise Guillot 39 1779

Antoinette Chambon 40 1772

Benoîte Brunel 45 1772

RoseGuUlot 65 1752

Anne-Marie Guillot 57 1740

Sœurs tourières agrégées.

Françoise Guillot 64 1752

Anne Guillot 41 1768

Agathe Paye • . . 36 1786

Mad*"* Marthe Colignon 55

Agrégée par acte capitulaire du l*"" avril 1778. Françoise-Marguerite Gorand, novice depuis 14 mois.

Les mêmes commissaires, chargés de rendre la liberté aux religieuses qui la réclameraient, dressèrent aussi Tinventaire du pauvre mobilier qui garnissait le couvent et de toutes les créances actives qui faisaient partie de la fortune des religieuses. C'était sans doute le chapitre le plus intéressant pour la nation.

11 nous a paru utile de le reproduire en entier :

Débiteurs des Visitandines au 18 août 1790.

Bussières, marchand à Nervieux * . 500 iiv.

Charles de Habille et dame Marianne de Bronac. . . 4000

Christophe Genestet, bourgeois du Puy 3000

Le marquis du Fenoyl .... ' 3000

Claude Favier, charpentier à Hontbrison 300

1750 Gayardon du Fenoyt 5000

A reporter 15800 Iiv.

LES VISITANDINBS. 289

Report 15800 liv.

Georges et Jean MoBier, charpentiers à Montbri-

son 200

Les héritiers Freydière 285

Demasis François 500

1788 Les Etats du Languedoc 9000

1721 L'hôtel de ville de Paris (rente de 150 liv.) 6000

Les aydes et gabelles 420

Les tailles, rente de 47 livres au capital primitif

de 2,362 livres, rachetable au capital de 945

1760 Pierre-François de Rochefort et la dame du Bec

son épouse 3050

1766 Les mômes 2000

1778 Pierre-François de Rochefort 2000

1719 Rotaignon Antoine 1600

1752 Pierre Papillon , de Bellegarde 250

1776 Ifad-* de Rostaing et son fils 3000

1724 Georges Roux (de la Plagne) , prêtre 420

1760 Odde de Triors 1800

1769 De Chabron, écuyer au Puy 4000

1749 Thomas Béalem et Toussainte Fougerouse 1800

1773 Jean-Marie Croizier, de Saint-Médard 600

1748 Clairet • 200

1747 Attendu 400

1747 Gilbert Puy, de Boën 1300

1758 V Chez. 320

1748 Aymard-André Chapuis de Laval et Pétronille de

Mondor sa femme (solde d'un capital de 1,000 liv. 200

1740 Pierre et Marguerite Dumoulin, frère et sœur.. . . 1000

1725 Rente sur le clergé de 120 livres au capital de. . . 3000 1724 Rente de 206 livres créée par H. le conseiller de

Pommeys au capital de 10.300 livres , due par

M. Jacques-Michel de la Brosse 10300

1759 Jacques Meys de Châles 2000

1785 Aumône dotale par M. Salles pour ses deux filles. 5000

1713 Papon de Coutelas 22O0O

A reporter 99490 l|v,

Report 99490 liv.

1714 Papon de Coutelas et la dame Seguin sa femme . 4000

1720 M. et M" Papon de Coutelas 30800

1746 Ducros Papon de Coutelas SOOO

1751 Papon de Montmars 5000

1783 Du Rosier de Hagnieu et la dame de Magnieu,

veuve des Perrichons 2000

1783 Denis des Perrichons, de Montbrison 8000

1774 Nabonnand, de Vinolz 800

1784 Les dames religieuses de Joursey 7000

1785 Les mômes 3000

1761 Dechatelus, de Pouilly-les-Feurs 1000

1732 Cluzel. de Montbrison 400

1735 Gilbert Cherblanc 800

1734 De Luzy, marquis de Couzan 1700

1770 Antoine Boy, d'Eslivareilles 200

1720 Antoine Thinet 100

M. Levet, acquéreur des biens de Vial 400

1723 Rentes sur les tailles de Paris, de 482 liv. 12 sols,

au capital de 24130

1738lLes mariés Fondry et Boclon 600

1752 Les mariés Perrin-Ghosson, pharmacien 600

1737 Jean et Claude Caze et Marie Thyphon sa femme. 1000

1752 Les mômes 1000

1735 Chazelet. acquéreur de feu M. Henrys 200

1724 Jean Rousset 400

Total des capitaux dûs aux Visitandines en 1790. 194620 liv.

En rapprochant cet état, dressé officiellement par les commissaires de la nation, de celui que nous avons reproduit au chapitre III, page 255, dressé à peu près à la même époque, on remarquera que ce dernier tableau accuse un revenu mobilier de 18,503 livres, bien supérieur à celui qui devait résulter du capital de 194,620 livres indiqué dans le tableau

ci-dessus. Aussi nous croyons que nos religieuses avaient caché aux commissairies de la nation une bonne partie de leurs capitaux.

Invitées à faire connaître les charges ou dettes qui grevaient leur communauté, les Visitandines ne purent en indiquer d'autres que celles de 487 messes basses et 5 grand'messes à faire célébrer annuellement, et la fondation d'une bénédiction du Saint- Sacrement tous les samedis; a pour lesquels services « elles payent annuellement 337 livres 14 sols, d

Maigre la dissimulation d'une bonne partie de leurs capitaux, la position financière des Visitandines n'était pas moins belle, et cette atténuation dans leur fortune ne put les sauver. Quand la nation faisait main-basse sur les couvents des ordres pauvres, tels que les Cordeliers, les Sainte-Claire et les Capucins, nos Visitandines ne pouvaient espérer échapper aux convoitises de la nation.

Aussi leurs quatre domaines : de Goutalan, Messilieux, Grange-Neuve et Beaucieu, dont les revenus arrivaient, en 1790^ à plus de 2,000 livres, un beau pré de 12 métérées, situé sur le chemin de Montbrison à Vaure, une maison au Bourg-Neuf, une terre chambonale appelée le Chevillon, située aux portes de la ville (paroisse de Saint-André), les bâtiments de leur ménagerie situés dans les ruines du château, le beau mobilier de leur église, ces colonnes de bronze et de marbre qui supportaient le riche baldaquin du grand autel, tout fut vendu, dispersé et peut-être détruit en partie.

L'église et les bâtiments du couvent furent seuls conservés par la nation et adaptés plus tard aux services des tribunaux et au logement de la gendarmerie. Le cloître et ses arceaux furent démolis, quelques distributions nouvelles, quelques agencements intérieurs furent pratiqués, mais l'ensemble extérieur du couvent, ses terrasses, ses cours, sa belle église avec son perron majestueux, son dôme élégant, sont toujours là, souvenirs vivants des institutions d'au— trefois.

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