‹ Histoire des couvents de Montbrison avant 1793 (volume 3)Chapitre 36 sur 37 · MM · texte numérisé non relu

MM

Aga.

prefcuioB.

Tifrat at foBctiont.

St-Jean Chapelain de Villeneuve, 36

Des Anges Grégoire ,

De Jésus Jorda de Vaux de

Ghabanolles,

Agnès Sauvade,

Saint-Alexis Barberot ,

Gabrielle Tissier,

jirofèsse en voile blanc.

Cécile Thomas,

En présence de toutes ces religieuses dont plusieurs représentaient des familles bi^n posées dans la noblesse de la province, les commissaires du nouveau gouvernement donnèrent lecture du décret de l'Assemblée nationale qui déliait de leurs vœux tous les religieux de France, et ils offrirent à chacune d'elles la Jiberté de quitter leur couvent.

• C'est alors que Madame Peyrache, Mère Abbesse, au nom de toutes ses filles, refusa la liberté que leur offrait la nation, et dicta aux commissaires la déclaration suivante : déclaration pleine de dignité, que nous transcrivons telle que nous l'a transmise le procès-verbal qui en fut dressé alors :

a Considérant toutes, attentivement, combien sont « grands et sacrés les engagements qu'elles ont confie tractés envers la majesté divine, lorsque par sa « miséricorde elles ont été appelées à la pénitence a évanffélique d'un si saint état;

« Considérant aussi que s'il n'est aucunement perce mis de violer les engagements qui nous lient à

356 LBS GOUYBNTS DE MONTBRISON.

m l'égard des hommes^ beaucoup plus seraitH)n coutt pable si on venait à violer ceux qu'on a contractés a envers l'auteur de toutes choses (1);

a Déclarent volontiers les susdites qu'elles sont a toutes fermement résolues de persévérer avec la ce grâce de Dieu^ qu'elles espèrent^ dans le genre de a vie qu'elles ont librement embrassé par la profesa sion religieuse (2) . »

Cette déclaration simple et noble, sans faste et sans récrimination, nous parait empreinte d'un vrai caractère évangélique.

Les Sœurs quêteuses et les Pères Récollets, appelés à leur tour, firent leur déclaration dans le même sens.

Les commissaires se retirèrent; mais plus tard^ en 1792, un nouveau décret survint : ce n'était plus alors la liberté de quitter leur couvent que la nation leur offrait, c'était l'ordre de l'abandonner, c'était l'exil qu'on leur signifiait; et le 23 octobre 1792, ces pauvres femmes, chassées de leur couvent, se réfugièrent dans une maison située à Montbrison, auprès du couvent de la Visitation de Sainte-Marie. Là, sous la direction de Madame Peyrache, leur Abbesse, elles y vécurent oubliées, et traversèrent les jours néfastes de la révolution sans fournir une seule victime à ces temps malheureux. M. Michel Bernard aîné, à qui nous devons une nouvelle édition de la Chronique

(1) Cette belle pensée est à peu près textuellement tirée de VîntrodiucUimà la Vie dècoUt par saint François de Salles.

(2) Archives de la préfecture de la Loire, série Y, n* 24.

LES SAINTE*GLAIBB. 357

de la très-dévote abbaye des religieuses de Sainte^ Claire de Montbrison, par de La Mure (Montbrison, 1845)^ nous apprend (p. 35) que le terrible Javogue ne les inquiéta nullement^ et que même il leur fît rendre un christ en ivoire qu'on venait d'enlever à leur ancienne demeure. La mémoire de Javogue a été tellement flétrie pour ses vices et ses crimes^ que^ sans vouloir la réhabiliter^ nous avons été heureux de mentionner sa conduite envers nos pauvres religieuses^ et de montrer qu'au fond de l'âme la plus perverse sommeille quelquefois un bon sentiment.

Madame Peyrache succomba^ âgée de 69 ans^ aux émotions qu'elle dut ressentir en traversant les mauvais jours de la révolution. Elle mourut le 10 décembre 1797^ dans l'humble maison qui cachait les restes du troupeau confié à ses soins. Trois jours après ^ suivant les constitutions de cet ordre ^ Madame Sainte- Claire Couderc de la Paye fut élue Abbesse.

Cette élection d'une Abbesse et son installation (autrefois cérémonies importantes et pleines de dignité) eurent lieu alors dans le silence et le mystère d'une retraite cachée et presque sous la protection ou tout au moins sous l'indifférence du redoutable Javogue.

Les bâtiments et cours du couvent de Sainte-Claire^ confisqués au profit de la nation^ furent vendus le 17 messidor an IV, au sieur François Achard, de Boisset-les-Montrond, au prix de 51,200 fr. (1). Voici, d'après le procès-verbal même de cette vente, quels

(i) Arctiives de la préfecture de la Loire, série Q, n* 203.

358 LES GOUTRNTS DB MONTBROSON.

étaient les confins du couvent. U était limité au midi par la rue de la Croix; à l'est par la maison de Saint- Hilaire (aujourd'hui maison Mouillaud)^ mette entre deux^ par le jardin dépendant de la même maison et par celui d'Achard; au nord-est par un bâtiment à M. de Punctis; au nord par le presbytère de la Madeleine et les cours et bâtiments du citoyen Duguet; au soir par les murs de ville et au sud-ouest par la maison de Brunel^ mette entre deux.

Les religieuses de Sainte-Claire possédaient encore au nord-ouest de leur couvent un vaste enclos en jardin et prairies^ de la contenance de 21 cartonnées et quarts avec une maison de jardinier. Le tout était séparé du couvent par les remparts de la ville. Cet immeuble fut alors estimé à 5^214 £r. Nous ne savons qui en devint acquéreur.

En l'an XII ^ le couvent de Sainte-Claire était la propriété de la ville de Montbrison. Elle fut même autorisée par un décret impérial^ daté du quartiergénéral d'Ostende le 25 thermidor de la même année^ à y établir une école secondaire. Toutefois^ ce décret ne reçut pas son exécution; et un nouveau^ daté de Friedland 15 juin 1807, modifia les projets de l'administration municipale; l'école secondaire projetée par la ville fut installée dans l'ancien couvent des Ursulines (aujourd'hui le Petit-Séminaire), et la gendarmerie qui occupait ce couvent depuis quelques années fut installée dans celui des Sainte-Claire (i).

(1) Archives municipales de Montbrison.

Cette installation toutefois ne dura pas longtemps; et dès Tannée 1818 les gendarmes furent définitivement établis dans l'ancien couvent de la Visitation, qu'ils occupent encore.

Le couvent des Sainte-Claire fut démoli vers l'année 1820. Cette démolition dégagea le collège des Oratoriens (aujourd'hui la sous-préfecture) , dont la belle façade était masquée par le couvent des Sainte-Claire. Sur son emplacement la ville de Montbrison a établi , vers 1850, un de ces squares, si fort en vogue de nos jours, où quelques paisibles rentiers viennent promener leur désœuvrement.

Ainsi a disparu complètement le couvent fondé par les d'Urfé; leurs tombeaux sont brisés, leurs cendres jetées au vent. Que sont devenues les belles pierres où leurs armoiries sculptées écartelaient l'orgueil de leurs alliances? Elles dorment inconnues dans une muraille obscure ou au fond d'une cour; et ce tryptique où le peintre avait réuni tous les membres de cette grande famille au X VF siècle? il gît peut-être dans les. combles d'un grenier, mutilé par la dent des rongeurs. Mais l'œuvre morale des d'Urfé, la réunion de ces pauvres filles, veillant au fond d'un cloître, et priant pour leur fondateur, cette œuvre a traversé près de quatre siècles; et lorsque tant d'autres institutions humaines ont sombré dans le grand naufrage de 1793, n'a-t-on pas lieu d'être surpris en voyant surnager cet ordre de Sainte-Claire, dont le mysticisme et la vie contemplative forment une opposition tranchante avec le positivisme de notre époque.

Lorsqu'en 1802 le concordat permit au culte religieux de se produire au grand jour^ Madame Couderc de la Faye^ élue Abbesse en 1797^ songea à quitter la retraite qui avait abrité les restes de sa communauté pendant Torage révolutionnaire^ et à s'installer dans un local plus convenable. Plus d'une fois elle tourna ses regards vers son ancien couvent. Il était encore debout et appartenait , comme nous l'avons dit^ au sieur Achard. Mais^ soit que le prix demandé par ce dernier fut au-^lessus des ressources de Madame C!ou-* derc^ soit pour tout autre motifs elle dut abandonner un projet cher à son cœur; et le 24 septembre 1804 elle transporta sa communauté renaissante dans l'anciei» prieuré de Sainte-Eugénie de Moind près de Montbrison.

Le couvent de Sainte-Eugénie était connu dans les titres du XI V siècle sous le nom de maison du Palais (domiLS PaXatiiJ. Auguste Bernard^ qui a fait une étude spéciale des ruines romaines existant de nos jours sur le territoire de Moind ^ a retrouvé dans cette maison du Palais des restes de murailles d'une construction en tout semblable aux ruines du théâtre antique que l'on admire encore sur la même com-* mune à quelques centaines de mètres au soir du Palais. Aussi croit-il que cette maison du Palais se rattachait par des constructions aujourd'hui disparues aux ruines du théâtre. Ces ruines^ désignées dans les titres du moyen-âge sous le nom de vieux Palais (Ta to£mm vetuLS), sont appelées de nos jours murs des Sarrd^ zinSj ÙM nom peut être de la nation qui, au VIII* siècle, ravagea les Gaules.

LES SAINTEKILAIRE. 361

Quoiqu'il en ait été d6 la maison du Palais^ il est certain que le moyen-age la convertit en une maison religieuse^ et y éleva une église sous le vocable de Sainte-Eugénie^ adossée au nord des murailles ro* maines. Une. faucille^ sculptée sur la façade^ et qui se voyait encore au temps dé^La Mure (1674)^ a fait dire^ sans beaucoup de raisons peut-être^ que cette église avait succédé à un temple de Cérès*

Un prieuré fut fondé pour le service de cette église. Les Bénédictins de la Chaize-Dieu, qui possédaient^ dès l'année 1096^ une des églises de Moind^ sous le vocable de Saint-JuUien^ annexèrent en 1216 la maison du Palais à leur puissante corporation^ comme nous l'avons dit dans notre article sur Savignieu^ pages 5 et 27.

C'est dans la maison du Palais Sainte-Eugénie que fut signé, en février 1327 (nouveau style), un traité qui eut lieu entre le prieur de Savignieu et les chanoines de Montbr^on; nous en avons parlé page 16.

Au sujet de ce traité, Auguste Bernard dit que la maison du Palais appartenait sans doute au chapitre de Montbrison (1). Malgré tout notre respect pour cet historien, nous ne sommes pas de son avis, et nous savons au contraire que la maison du Palais relevait, dès l'année 1216, de l'abbaye de la Chaize-Dieu.

Aug. Bernard dit au reste dans le même article que 'les chanoines de Montbrison possédaient, dès

(1) Notice sur les monuments de Moind, par Âug. Bernard. (Extrait da IX* vol., 2* série, des Mémoires de to Société des Antiquaires de FtaneeJ

cette épociue^ dans le village de Moind^ un manoir féodal dont la vieille tour existe encore^ à une grande distance du Palais. Si la maison du Palais eût appartenu aussi aux chanoines, le traité en question eût été signé dans le manoir féodal des chanoines, ou à Montbrison dans la salle capitulaire du chapitre, ou mieux encore dans le prieuré de Sa\ignieu qui dépendait de la Chaize-Dieu et dont la juridiction eccfésiastique s'étendait alors jusque sur le chapitre de Montbrison.

Si au contraire ce traité fut signé au Palais Sainte* Eugénie, c'est que le Palais relevait directement de la Chaize-Dieu ; et les moines de cette puissante abbaye tenaient trop à leurs privilèges pour signer avec Messieurs du chapitre un traité ailleurs que sur les terres de l'abbaye, alors surtout que ce traité était une concession faite aux chanoines par l'abbaye de la Chaize- Dieu.

A partir de la fin du XVP siècle, nous n'avons plus retrouvé aucune mention du prieuré de Sainte-Eugénie. L'ordre des Bénédictins, qui commençait à perdre son importance, l'aliéna peut-être, comme il avait fait de ceux de Valf leury, de Saint-Médard , de Montverdun, de l'Hôpital-sur-Rochefort et de tant d'autres; mais il conserva, en souvenir de son ancienne autorité, le droit de nommer à la cure de Moind, droit qu'il exerçait encore en 1789.

Toutefois, avant d'en faire l'abandon, les Bénédictins de la Chaize-Dieu avaient laissé l'empreinte de leur possession sur le joli portail de leur église;

LBS saintb-glaire:. 363

Cette église nous parait appartenir à la fin du XIIP ou au commencement du XIV* siècle. Elle n'a qu'une seule nef très-élancée composée de deux travées, et se termine par un chœur carré. Elle était percée de trois fenêtres, deux au nord, une au midi, que leur forme étroite et longue terminée en ogive aiguë a fait appeler du nom de lancette.

Sa fagade, aujourd'hui sans autres ornements que ceux du portail , est couverte par un toit plat incliné aux deux angles. Je crois fort qu'elle a été dépouillée de son couronnement. C'est peut-être dans cette partie supérieure détruite qu'on voyait autrefois la sculpture de la faucille de Cérès.

Cette façade était flanquée à chacun de ses angles de deux contre-forts. Ceux qui ornaient la façade, à droite et gauche du portail, ont disparu sous le marteau des démolisseurs. Les deux autres, qui appuyaient les murs latéraux^ existent encore.

Le portail, formé d'une arcade trilobée, est surmonté d'une ogive aiguë. Dans cette ogive trois trèfles découpés à jour, réunis et disposés en triangle, tenaient lieu de rosaces et éclairaient des brillantes couleurs de leurs vitraux cette partie de la chapelle. Trois rangs de voussure encadraient l'ogive, s'appuyaient sur des chapiteaux en feuillage d'un travail

délicat, ornaient les jambages de la porte et se terminaient sur un socle dont les moulures font le soubassement du mur de façade.

Cette façade, à assises régulières, est construite en belles pierres de taille en calcaire et en ^anit; les

ornements du portail^ sculptés dans un grès très-fin^ sont assez bien conservés pour donner une bonne idée du travail.

Autour de Téglise on retrouve les restes d'une enceinte appelée le Cimetière. Ces murs très-épais^ construits en petit appareil de pierres de quatre pouces carrés^ ont une ressemblance parfaite avec le vieux mur romain au nord duquel la chapelle est adossée^ et avec les grandes ruines du théâtre^ appelées murs des Sarrazins.

On nivelle en ce moment la cour au nord des bâtiments de Sainte-Eugénie. Ce nivellement a mis au jour quelques constructions souterraines. Il serait à souhaiter que ces fouilles fussent faites avec soin et intelligence; elles ne peuvent manquer d'amener la découverte de quelques débris de l'époque romaine; car Moind avait alors une certaine importance due aux eaux minérales qui jaillissent encore de son sol^ les belles ruines de son théâtre antique en sont les derniers témoins.

Un magnifique ormeau (un Sully sans doute )^ planté au-devant du portail^ cou\Te encore de sa grande ombré la façade de l'église de Sainte-Eugénie.

Lorsqu'en 1820 nous visitions cette chapelle, encore animée par le culte religieux, un beau soleil couchant tamisait ses derniers rayons à travers le feuillage de l'ormeau séculaire. Ce jeu brillant de lumière dans le sanctuaire sombre est un des plus vife souvenirs que nous ayons conservé de l'église do Sainte-Eugénie.

LES SAINTB-GLAIRB. 365

Nous avons dit (page 306 de ce volume) que dans Pancien couvent des Capucins on lit encore Tinscription suivante gravée sur une pierre tumulaire de leur chapelle :

POTR FRÈRE DENIS E8C0VTAY, CL0I8- TRIER DE LA PNTE ÉGLISE S'" BVGENIB.

Suivant la tradition^ cette pierre aurait été apportée de l'église de Sainte-Eugénie au couvent des Capucins. Peut-être un jour quelque vieux parchemin viendrat-il confirmer cette tradition et nous révéler dans le cloistrier de Sainte-Eugénie^ Denis Escoutay, un bienfaiteur^^ peut-être le fondateur d'une maison de Capucins auprès de Montbrison. Une famille de ce nom était ^ au moyen-âge^ seigneur d'Ecotay et de Lavieu (seigneuries situées dans le voisinage de Moind); une autre famille Escotay était, en 1630, sieur de la Pommière, fief à Grézieu-le-Fromental près de Montbrison. On peut admettre sans invraisemblance que Denis Escoutay en était membre.

Qu'on nous permette aussi de croire que les Capucins, introduits en Franco sous Henry III, et dont les premières maisons dans le Forez datent de 1577 (celle de Roanne), ont occupé pendant quelques années le prieuré de Sainte-Eugénie, alors que les Bénédictins, voyant diminuer le nombre de leurs

moines^ étaient forcés d'abandonner quelques-unes de leurs maisons à un ordre plus prospère que le leur.

Par une cause qui nous est inconnue^ les Capucins de Moind auraient^ vers 1680^ fondé un nouveau couvent aux portes de Montbrison^ et transporté^ comme un souvenir qui leur était cher^ la pierre tombale du frère Escoutay qui^ en 1614^ gouvernait leur établissement de Sainte-Eugénie.

Quoi qu'U en soit, cette église de Sainte-Eugénie était en 1787 (Almanfich du Lyonnais J une des églises de Moind, et Ton y disait, chaque jour, la première messe du village; cette église et les vieux monuments qui l'entouraient furent vendus en 1793 comme biens nationaux. Rendus en 1804 à leur destination monacale^ ils abritèrent pendant quelques années les Sainte-Claire, jusqu'en 1821 où elles vinrent s'installer dans l'ancien couvent des Capucins qu'elles occupent encore aujourd'hui.

Le couvent des Capucins, situé à un kilomètre au plus de Montbrison, sur le bord oriental de la route qui conduit à Moind, avait été confisqué par la nation en 1792. Il passa successivement entre les mains de M. Phalippon et de M. Boussard d'Hauteroche, receveur des contributions indirectes à Montbrison. Le 1*' mai 1820, il était la propriété de M. Claude-Joseph Buer, procureur du roi en la même ville. De ses mains il passa à l'ordre des Sainte-Claire par les soins de M. d'ÀUard, riche propriétaire de Montbrison, et de M. Populus, curé de la paroisse Notre-Dame de cette ville. C'est par leur entremise que le couvent des Ca-

pucins fut rendu, en 1821, à sa première destination, celle d'une maison de prière (1).

Quant au prieuré de Sainte-Eugénie, après le départ des Sainte-Claire, il abrita momentanément plusieurs industries. Il appartient aujourd'hui à Mad"" veuve Courtin de Neuf bourg. L'église du prieuré, adossée contre les vieux murs de l'époque romaine, est minée jusque dans ses fondements par l'incurie du nouveau propriétaire qui ne voit dans ces vieux murs qu'une carrière de pierre qu'il exploite chaque jour.

S'il n'a pas été donné aux religieuses de Sainte- Claire de rentrer dans leur premier couvent, démoli vers 1820, du moins elles firent transporter dans leur nouvelle demeure l'inscription dont nous avons parlé à la page 337, destinée à conserver le souvenir du beau cloitre construit en 1606, par les soins du P. Stéphane.

Cette inscription est gravée sur une face d'un dé de pierre carré. Deux autres faces du même bloc de pierre portent des caractères du XV siècle. M. Gras qui, le premier, nous a révélé cette inscription (1), ajoute qu'il n'a pu lire cette inscription posée à l'envers et en partie enterrée.

Les Sainte-Claire, en faisant transporter la pierre commémorative de leur ancien couvent, avaient cédé au même sentiment pieux, le culte des souvenirs,

(i) Voir notre notice sur les Gapudns, p. 305. (\) Revue Forézienne, 18ô8, p. 27.

368 LES GOUVBNTS DB

qui avait inspiré les Capucins lorsque, vers 1680, en quittant le prieuré de Sainte-Eugénie, ils avaient transporté avec eux l'inscription du frère Escoutay.

Madame Couderc de la Paye jouit quelques années de l'installation de sa communauté dans le couvent des Capucins; mais son grand âge la porta à se démettre de ses fonctions d' Abbesse. Elle fut remplacée, en 1827, par Madame Sainte-Sophie Daurelle.

Nous n'avons pu découvrir si cette dernière appar^ tenait à la grande famille de Montarcher et de Viverols, à laquelle se rattache, dit-on, le général d'Aurelle de Paladine qui commandait, en 1870, l'armée de la Loire, et parvint une première fois à chasser les Prussiens d'Orléans.

Madame d'Aurelle survécut trois mois à peine à son élection d'Abbesse^ elle mourut à l'âge de 70 ans et fut remplacée, en 1827, par Madame Jésus de Vaux de Chabanoles.

Madame de Vaux était fille de Jean*Paul Jourda de Vaux, seigneur de Chabanoles (Haute-Loire), et de Marie-Thérèse Bayle de Martignac (1).

Elle était cousine au 4' degré du maréchal de France Charles-Noël Jourda de Vaux, le pacificateur de la Corse, dont les succès remportés sur Paoli amenèrent la réunion de cette île à la France en 1769.

Madame de Vaux avait 26 ans lorsqu'en 1784 elle fit profession de foi aux Sainte-Claire de Montbrison; elle mourut le 6 juillet 1838, âgée de 80 ans.

(1) let Châteaux du Vekiy, !'• livraison, p. 41, par l'abbé ThelUièie.

LBS SAINTB-GLAIRB. 369

Elle eut pour successeur dans la dignité d'Âbbesse Madame Marie-Sainte-Anastasie Mouton^ qui de nos jours gouverne encore ce couvent.

La communauté se compose aujourdliui de 26 dames de chœur et de 7 converses.

En 1837, trois Pères Récollets administraient la maison et dirigeaient les consciences des religieuses : c'étaient les PP. Jean-Baptiste Dury, de Cluny; Philippe, de Custibono (Toscane), et Alphonse de San- Léonino (même province). Ce dernier est seul vivant aujourd'hui.

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