LIVRE XXII. 4î
s’élever au-dessus des erreurs superstitieuses de sou siècle.
Quoique l’expédilion de Frédéric Barberousse ait été malheureuse, elle a eu trois historiens. Tous les trois, accompagnant l’armée ebrétienne, nous représentent avec une scrupuleuse fidélité la marche des pèlerins allemands à travers l’empire grec et les déserts.,de l’Asie mineure, où les poursuivaient la perfidie do Bysance, la férocité des Turcs et les horreurs de la faim (i). Un de ces chroniqueurs, dont l’ouvrage manuscrit vient d’être découvert et publié en Allemagne, nous dit que le langage des anges ne suffirait pas pour peindre les soiiffiauces des croisés et leur résignation héroique. « Le Jameux Homhi'e^ ajoute-t-il, /VZo- » quent Lucain, le poète de Manloue lui-même, » s’ils vivaient encore et qu’on leur demandât l’his- » loire fidèle de cette croisade , mettraient le doigt » sur leur bouche et resteraient comme des hom- » mes sans langue. » 11 nous reste deux relations fort étendues dfi siège de Damiette, dont les auteurs, témoins oculaires, nous fout assister au .spectacle des événemeus qu’ils racoulent. La première, qu’on attribue à un ecclésiastique de Reggro(2), décrit avec chaleur les assauts , les combats qui se succédèrent sans interruption pendant dix-
(1) ïageiion , la Relaiioii .nnonyme, Anslxr^;. [Biblioth. (les Civi's. )
(2) Mt'inorial des Podesials de Rc^gio. {Uihliolh. des Crois. )
neuf mois j l’arclcnle ferveur du légat de Rome, ses prières adressées à Jésus-Clirist sur le champ de bataille, les processions, les alarmes, la joie, le désespoir des pèlerins, les cris de guerre, le choc des armes retentissant chaque jour sur les deux, rives du Nil, les orages du ciel qui se mêlaient quelquefois aux scènes des combats, et jusqu’aux apparitions miraculeuses dont l’aspect troublait les Sarrasins, tout est retracé fidèlement, tout s’anime, tout paraît vivant sous la plume du chroniqueur italien. La seconde relation est l’ouvrage d’un prêtre deCologne(i),01ivierScholastique,qui apeutêlre moins de vivacité dans ses récits, mais, non moins de vérité et de naturel. Après avoir raconté les travaux glorieux elles longs malheurs du siège de Damiette, il nous montre celte ville conquise « que la guerre, l’épidémie et la famine avaient » remplie de funérailles j on ne voyait que des ca- » davres dans les maisons, dans les rues et sur les » places publiques. Les morts tuaient les vivans j » le fils près de son père expiraift, l’esclave près )i de sa maîtresse étendue à terre, périssaient de » faiblesse et de langueur; les petits enfans deraan-^ » daient du pain, lorsqu’il n’y avait plus personne' » pour leur en donner. »
Olivier Scholastique fut un des prédicateurs les plus renommés de la sixième croisade, et pendant le siège de Damiette, il construisit des machines qui firent l’admiration des guerriers chrétiens;
(i) Olivier Sohülasliquc. {Bibliul/i. des Crois.)