CÉRÉMONIAL DU SERMENT. 85Ô
Nous avons retrouvé au tableau de l'Ordre des avocats, à Pans, divers noms de membres du clergé, inscrits de iTô.'î à 1789 : on doit supposer qu'il s'agit de docteurs m utroque1, comme on les appelait alors, c'est-à-dire de jurisconsultes brevetés pour le droit civil et pour le droit canon.
Citons en terminant le serment requis des jeunes médecins, dans le midi de la France.
Autrefois l'Université, dans l'intérêt des malades , imposait le célibat aux médecins; et le mariage ne leur fut permis que grâce à l'intervention du cardinal d'Estouteville, envoyé par le pape à cet effet.
De plus, d'après les règlements des anciennes Facultés de médecine, chaque gradé, pour devenir praticien, devait se lier par un serment professionnel. La Convention en décréta la complète suppression; en sorte que, de notre temps, quand l'étudiant en médecine a satisfait aux examens et à la thèse d'usage, il n'a plus qu'à faire enregistrer son diplôme, et peut, sans autre formalité, ouvrir un cabinet de consultations.
Il existe cependant une Faculté de province, celle de Montpellier, où la vieille tradition du serment à Hippocrate a survécu.
Certes, les mânes de l'illustre médecin de Cos2 doivent s'étonner un peu d'une semblable évocation!
En voici le texte très peu connu : « En présence des maîtres de cette École, de mes chers condisciples et devant l'effigie dllippocrate, je promets et je jure, au nom de YÊlre suprême, d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité dans l'exercice de la médecine. — Je donnerai mes soins gratuits à l'indigent, et n'exigerai jamais un salaire au-dessus de mon travail. — Admis dans l'intérieur des maisons, mes yeux n'y verront pas ce qui s'y passe, ma langue taira les secrets qui me seront
1. In utroque jure. Dans l'ancienne Université, on devait être docteur en droit canon, avant d'être docteur en droit civil; ;'i l'origine, le prêtre seul pouvait aspirer à devenir dort or theologus.
2. Hippocrate est né à Cos, 400 avant J.-C. Les Grecs, convaincus qu'un tel génie ne pouvait pie mortel, prétendirent qu'il descendait d'Esculape par son pure, et d'Hercule par sa mère.
confiés, et mon état ne servira pas à corrompre les mœurs, ni à favoriser le crime. — Respectueux et reconnaissant envers mes maîtres, je rendrai à leurs enfants l'instruction que j'ai reçue de leurs pères. — Que les hommes m'accordent leur estime , si je suis fidèle à mes promesses! Que je sois couvert d'opprobre et méprisé de mes confrères, si j'y manque ! »
On remarquera qu'en dépit de son originalité, ce témoignage rentre dans la catégorie des serments, c'est-à-dire des « appels à la Divinité vengeresse, en cas de parjure ».
Eh bien, si du libellé que nous avons recueilli à Montpellier, on rapproche celui rédigé par Hippocrate lui-même, il y a vingttrois siècles, dans son Opuscule, on trouve qu'il y a complète ressemblance; étant donné toutefois, que les disciples du célèbre médecin grec invoquaient Apollon, Esculape, Hygie et Panacée, au lieu de l'Être suprême, et s'engageaient « à conserver leur vie pure et sainte , aussi bien que leur art » , sous peine d'attirer sur leur tète le mépris de la postérité la plus reculée.
Jetons maintenant les yeux sur les modalités de prestation admises par les législations étrangères.
La procédure anglaise exigeait le serment pour toute déclaration en justice ; de plus la partie intéressée était autorisée à interpeller préalablement le témoin, pour qu'il déclarât « s'il croyait en Dieu, à la sainteté des serments, à un avenir de peines ou de récompenses ». Si la réponse n'était pas affirmative, on pouvait s'opposer à l'audition du témoin. La formule se terminait par ces mots : « Dieu vous soit en aide1 ! » Aujourd'hui encore, malgré la faculté laissée au témoin, depuis 1870, de ne donner qu'une déclaration d'honneur, le serment est prêté d'ordinaire sur la Bible.
En Belgique, la partie disait à haute voix : « Je le jure; ainsi Dieu me soit en aide2 ! »
D'après la procédure italienne l'adjuration se faisait, la main
1. Voy. l'étude de M. Valentin Smith, conseiller à la Cour de Paris.
2. Depuis 1870, la loi autorise une simple affirmation pour ceux ce qui déclarent que leurs convictions rejettent tout serment ».
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droite posée sur L'Évangile, ei <%n appelant Dieu en témoignage K
Le code genevois, lui, rappelai! explicitement l<*s formules anciennes tic L'imprécation. Une fois la déclaration entendue, I»1 magistral ajoutait : « Que Dieu témoin de votre serment vous punisse, si nous (Mes parjure2. »
Dans la catholique Espagne Le juge Interpelle ainsi Le plaideur ou le témoin : « Jurez-vous par Qieu, Notre-Seigneur, et par cette sainte Croix où votre main se pose, d<> dire vérité sur tout ce que vous savez et sur tout ce qui vous sera demandé. » Puis le magistrat donne acte du serment en ces tenues : « Si vous le laites ainsi, que Dieu vous récompense; sinon que Dieu vous eu demande compte! »
D'après la législation allemande, peuvent refuser de témoigner : la personne fiancée à l'inculpé, le conjoint, les défenseurs, les médecins à raison du secret professionnel, et les ecclésiastiques « à l'égard de ce qui leur a été confié à l'occasion de leur ministère spirituel ». Le Code autrichien a été plus loin encore : il interdit au clergé de déposer 3.
Le serment traditionnel de l'Allemagne commence par ces mots : « Je jure devant Dieu le tout-puissant et omniscient » , et se termine par ceux-ci : « Ainsi Dieu me soit en aide! » et, pendant la prestation, le témoin lève la main droite4. Par suite de cette dernière prescription insérée dans le Code, les femmes allemandes ont cessé de jurer « en posant la main droite sur la poitrine ». De même l'usage ancien consistant à jurer sur le Crucifix ou sur la Bible, tend à disparaître de plus en plus.
Les échevins allemands prêtent serment pour la durée de l'année judiciaire. S'adressant à ces magistrats, le président leur dit : « Vous jurez devant Dieu tout-puissant, qui sait tout, de remplir fidèlement les devoirs d'un échevin, et de juger selon