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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Jusqu;à présent les resles fossiles des Crustacés ont été relativenienl peu étudiés , et pendant que toutes les autres classes du règne animal étaient l'objet de recherches nombreuses et approfondies, on négligeait généralement tout ce qui se rapportait aux dépouilles que les Entomozoaires ont laissées dans la plupart des couches du globe. Aussi ce point de la science est-il loin d'être arrivé au même degré d'avancement que les autres branches de la zoologie. Quelques groupes seuls ont été l'objet de travaux importants : je veux parler îles Trilobites et des Cypridiens ; depuis quarante ans, ces représentants inférieurs du type carcinologique ont été étudiés avec tant de persévérance et de succès, qu'aujourd'hui il serait téméraire de vouloir en traiter de nouveau. Mais pour les Crustacés supérieurs il en est autrement : on s'est'borné à décrire quelques-uns des représentants les plus curieux de certaines familles, et pas un travail «l'ensemble n'est venu relier entre eux les divers fragments de l'histoire paléôntologique de ces animaux.

Dans la publication que je viens soumettre au jugement des naturalistes, je ne m'occuperai donc ni des Trilobites, ni des Entomostracés, et je n'étendrai mes investigations qu'aux Podoplithalmaiies, c'est-à-dire à la grande division zoologique

2 ALPHONSE MILNE ICIUVUtDS

qui renferme les Crabes, les Écrevisses et les Squilles, ainsi que tous les autres Crustacés, qui, par les traits fondamentaux de leur organisation, ressemblent à ces animaux.

Si l'histoire des Crustacés fossiles lient une place minime en paléontologie, ce n'est cependant pas que le nombre de ces animaux soit peu considérable, ou que leur importance géologique et zoologique soit insignifiante : tant s'en faut.

Dès les premiers âges du globe, les Crustacés se sont montrés en grande abondance; c'étaient eux qui, en majorité, peuplaient les mers de celte époque. Mais ces espèces anciennes se rattachent toutes à l'un des ordres inférieurs de la classe qui nous occupe. Ce ne sont presque que des Trilobites, animaux dont les dépouilles peuvent à elles seules caractériser les diverses assises de tout un grand ensemble de terrains. Puis les représentants de ce grand groupe se sont tous éteints les uns après les autres pour faire place à des familles d'une organisation plus parfaite, et occupant un rang plus élevé dans l'échelle des êtres. Il n'est pas de couches où l'on n'en rencontre les débris ; quelquefois ils s'y trouvent même en quantité extrêmement considérable. Aussi, dès que l'on commença à examiner avec attention les corps organisés, dont les dépouilles sont accumulées au sein delà terre, on ne tarda pas à rencontrer divers représentants du groupe zoologique qui nous occupe ; mais pendant longtemps on se contenta de signaler l'existence des Crabes ou Écrevisses pétrifiées, sans chercher à les décrire, ni à les rapprocher des genres ou des espèces vivant encore aujourd'hui. On désignait ces fossiles sous les noms de Cancer lapideus, Cancriles, Cancer petrefactus, Garanties, Entomolithus Cancri, Astacolithus, Gammarolithus , Parjuras lapideus, suivant qu'ils ressemblaient plus ou moins à un Crabe, à un Pagure ou à une Éerevisse ; les pinces isolées étaient souvent nommées astacopodia; enfin les pattes étaient désignées sous le nom de bacilli ; et encore aujourd'hui il est beaucoup de collections où tous les débris de Crustacés fossiles sont catalogués sous le nom général A'Astracites.

Si nous jetons un coup d'œil sur la marche des connaissances relat ves aux corps pétrifiés, nous voyons que, dans les premiers

temps, tous les groupes zoologiques, quels qu'ils soient, étaient également mal connus et mal caractérisés; puis, lorsque l'on commença à en faire le sujet d'études sérieuses, on négligea ce qui touchait aux Crustacés fossiles pour ne s'occuper que des Mollusques, des Polypiers, des Poissons ou des Vertébrés supérieurs. Aussi, tandis que ces derniers animaux sont bien connus, et qu'il est maintenant rare d'en rencontrer de nouvelles espèces, il n'en est pas de même pour les Podoplithalmaires, et il n'est presque aucun terrain qui, examiné avec soin, n'en présente quelques représentants complètement nouveaux pour la science ou à peine entrevus par les paléontologistes.

Déjà dans l'antiquitéles corps pétrifiés, qui, sur quelques points, se trouvent en grande abondance, frappèrent l'attention des naturalistes. Ces pierres, dont la forme retraçait, avec une exactitude scrupuleuse, les contours tantôt d'une coquille, tantôt d'un Poisson ou d'un Crustacé, donnèrent lieu à bien des suppositions. Tandis que quelques-uns ne voulaient y trouver que l'effet du hasard, d'autres, plus observateurs, et qui, en voyant les effets, voulaient recberchcr les causes, pensèrent que la mer avait bien pu exister là où sont maintenant nos continents, puis s'être retirée, et avoir laissé enfouies dans ses sédiments les dépouilles des animaux qui jadis l'habitaient. Cette opinion remonte à une époque beaucoup plus reculée qu'on ne semble généralement le croire.

Ainsi en Grèce, Ératostène, Slrabon, Hérodote, Xénophane, s'accordent pour voir dans nos continents le lit des anciennes mers.

Hérodote (1), par exemple, pensait que, puisque sur les plus hautes montagnes de l'Egypte, on trouve des coquilles pétrifiées, cette contrée devait avoir été anciennement immergée sous les flots.

Xénophane (2) professait une opinion analogue : il supposait que la mer dissolvait successivement les particules terreuses, qu'elle détruisait ainsi les continents •, puisque, laissant déposer

(I ) Voy. Scriptorum grœcorum Bibliolheca, t. XIX : Herodotus, II, p. 75, § su. (2) Dans Origène, Philosophorum, chap. xiv, p. 99.

Il M l'l!0\Si; 1111 N! EDWARDS

sur d'autres points ces sédiments, clic comblait ainsi elle-même son propre lit, et changeait successivement de place. Pour soutenir cetlc manière de voir, il s'appuyait sur ce (pic l'un rencontrait des coquilles, des Poissons, et d'autres débris d'animaux aquatiques, dans les couches qui maintenant sont complètement émergées.

Les Romains ne tirent pas avancer les connaissances relatives aux corps organisés fossiles ; ils se contentèrent de répéter ce que les Grecs avaient écrit. Ainsi Pline, dans son Histoire naturelle, n'a que des idées très confuses sur l'origine des corps changés en pierre. Ovide, qui n'était pas naturaliste, mais dont l'esprit juste et observateur savait discerner, parmi les opinions régnant de son temps, celles qui méritaient confiance, et s'en rendait l'écho, ne manque pas dédire que l'espace des anciennes mers est maintenant occupé par des terres, et que dans leurs assises on trouve des coquilles :

Vidi factas ex îcquore terras ;

Et procul à pelago conchœ jacuere marina»,

EL vêtus inventa est in montibus anchôra sunimis (I).

Aussi quand on a vu quelques auteurs anciens émettre des idées si justes sur l'origine des fossiles, est-on doublement étonné de trouver les théories les plus absurdes régner généralement pendant tout le moyen âge.

Aristote avait supposé que la nature pouvait, par un mode particulier de génération, produire de toutes pièces, dans le règne inorganique, les images fidèles des corps organisés. Cette hypothèse, commentée par différents auteurs, eut cours pendant les xive, xvc et xvi1' siècles, et même au xvu', ainsi qu'au commencement du xvinc siècle, elle comptait encore quelques partisans. Du reste, cela ne doit pas nous étonner; car, à cette époque, la plupart des naturalistes expliquaient par la génération spontanée l'existence de tous les animaux dont ils ne connaissaient pas l'origine. C'était, suivant eux, une vertu lapidifique qui produisait

(I) Métamorphoses, liv. XV, v. 263.

ainsi les pétrifications. Cette supposition, discutée clans les écoles, eut tour à tour des partisans et des adversaires; mais ces derniers ne la modifiaient que légèrement, et arrivaient seulement à dire que les graines ou les germes des plantes et des animaux pouvaient, quand ils étaient par une cause accidentelle transportés au sein des roches et des couches terrestres, se développer, et produire avec cette roche même l'image exacte de l'animal ou de la plante dont ils provenaient.

De pareilles explications ne devaient ]>as satisfaire les esprits sérieux et investigateurs ; aussi, même à cette époque d'ignorance, trouve-l-on dans les écrits de quelques auteurs une tendance à rejeter ces opinions erronées, pour rapporter soit au déluge, soit à la présence des mers, l'existence des Crustacés, des Coquilles et des Poissons, dont ils voyaient les images sur le sommet des montagnes cl dans l'épaisseur des couches de notre globe.

Dans les Dialogues sur l'histoire et sur l'antiquité de Vérone, de Torclli Sarayna, à propos des pétrifications qui se rencontrent aux environs de cette ville, surtout des Crabes et des Poissons, on trouve consignées les opinions que le célèbre Fraeastor se formait sur l'origine de ces corps. Sarayna interroge Fraeastor sur la manière dont les corps pétrifiés, principalement les Crabes et les Poissons, passent sur les montagnes, et celui-ci répond qu'il y a à ce sujet trois opinions différentes :

La première attribue cet effet au déluge universel ; mais, dit-il, sans raison suffisante.

La deuxième met en avant une imitation ou un jeu de la nature, dans lequel une substance saline donne aux pierres une forme identique avec celle des animaux ; niais cette opinion doit aussi être rejetéc.

La troisième suppose que nos montagnes sont nées dans la mer; que les corps marins après leur mort s'y sont entassés, et que, par le déplacement des eaux, il y a aujourd'hui des montagnes et une terre terme là où étaient autrefois ces mers. C'est cette dernière supposition, ajoute-l-il, qui est la plus probable (1).

(I) Knorr, Recueil des monuments des catastrophes que le ylobe terrestre a essuyées, contenant des pétrifications, continué par J. E. E. Walch, 1777, p. 84.

6 ALPIIOKSE Mil. M EDWARDS.

Celtemanièredevoir, qui date du commencement du xvie siècle,

devait nécessairement gagner des partisans, ce qui n'empêcha cependant pas, jusqu'au milieu du xvm* siècle, quelques auteurs de continuer à professer les idées d'Aristote et des seoliasles du moyen âge ; et lors même que l'on eut reconnu l'analogie de la plupart des fossiles avec les espèces vivantes, on continua à regarder ceux que l'on n'avait pu identifier comme provenant de sources plus ou moins bizarres et impossibles : les unes avaient été pondues par des Serpents ; les autres s'étaient formées sous l'influence delà foudre; d'autres s'étaient développées dans la tête de certains Poissons, etc. Mais à mesure que les sciences avançaient, à mesure que l'étude approfondie des espèces vivantes permettait de rapprocher et de donner dans les cadres zoologiques une place déterminée à chacune de ces pétrifications inconnues, ces hypothèses disparaissaient pour faire place à des idées justes, basées non plus sur de stériles rêveries, mais sur l'observation exacte des faits.

Mais ce ne fut pas brusquement que cette partie des sciences se trouva ainsi constituée ; ce fut lentement et pas à pas. De différents côtés, en France, en Allemagne, et surtout en Italie, on publia les descriptions des pétrifications appartenant à divers musées, et il est rare que, parmi le nombre de coquilles, de Poissons, de Zoopbytes, il ne se trouve pas quelques Crustacés ; mais le plus souvent ces derniers sont figurés sans aucune appréciation de leurs caractères zoologïques , et quelquefois les dessins sont tellement imparfaits, qu'il est impossible de reconnaître l'espèce que l'on a voulu représenter.

En 1565, Gesner (1), un des zoologistes les plus remarquables du xvie siècle, époque que l'on peut appeler la renaissance des sciences naturelles, donna la figure d'un Crabe trouvé dans la terre aux environs de Bologne; il ne le représenta que vu en dessons. Cependant, ainsi que je le ferai voir dans la suite de ce travail, ce Crustacé est parfaitement reconnaissais, et doit être rapporté à une espèce assez commune dans nos collections, et désignée de

(1) Gesner, De rerum fossilium, lapidum et gemmarum, 1365, p. '167.

CRUSTACÉS FOSSILES. "i

nos jours par Desmarest sous le nom de Cancer Boscii. Gesner donna aussi comme un abdomen de Crustàcé deux fossiles qui peuvent se rapporter aussi bien el même mieux à une tige d'Encrine, ou à un alvéole de Bélemnile, qu'è ce qu'il suppose avoir représenté.

Aldrovande (1) figura aussi le même Cancer Boscii vu en dessous. Il est à remarquer que l'individu qui lui a servi de type esl plus beau, et dans un meilleur étal de conservation qu'aucun de ceux que possèdent nos musées. Mais cet auteur ne donna aucune indication des caractères de ce fossile ; il se borna à indiquer la localité dont il provenait, et le désigna sous le nom de Pagure pétrifié.

Nous trouvons le même Crabe représenté en dessous dans le Musœum calceolarianwn(2),cn 1622, et en 1656 dans hMusœum Moscardi (3).

Mercatus, en 1717, après avoir figuré deux individus du Cancer Boscii des environs de Vérone, ajoute que l'on trouve enfouis dans la terre des Crabes pétrifiés tellement parfaits, qu'il est impossible de douter qu'ils n'aient été vivants, et qu'ils doivent provenir, soit du déluge universel, soit d'un mouvement des terres (&).

En 1734, Seba. donna quelques figures du Macrophthalmus

LatreiUii de Desmarest (5); mais elles sont très inexactes. II représenta aussi une pince qui, probablement, se rapporte au Portunus leucodon de Desmarest.

Bourguet, dans son Traité des pétrifications, s'occupe beaucoup de la manière dont ces mêmes Crabes fossiles du littoral des mers de l'Inde ont pu se pétrifier. Mais il ne donne aucun de leurs caractères zoologiques; il s'efforce surtout de combattre une opinion que le père Martini, dans son Atlas chinois, avait émise sur

(1) Ulyssis Aldrovandi Musœum metallicum, 1640, p. 401 .

(2) Musœum calceolarianum veronense, 1622, p. 429 et 430.

(3) Musœum Moscardi, 1656, p. 179.

(4) Mercatus, Metallotheca.vatieana. Romœ, 1717, p. 306.

(5) Seba, Rerum naturalium Ihesauri, 1734, t. IV, pi. 107, fig. 28.

8 AtPnONSE MILNE EDWARDS.

la foi de quelques écrivains de cette nation, que ces Crabes étaient vivants au fond de la nier; mais qu'aussitôt hors de l'eau, ils se pétrifiaient. Enfin Bourguet en arrive comme conclusion à établir que les Crabes que l'on trouve aux environs de Vérone, et ceux qui viennent des côtes de l'océan Indien, ont subi un même mode de pétrification (1).

En 1757, dans une lettre insérée dans les Transactions de la Société royale de Londres, le père d'Incarville, jésuite missionnaire en Chine, raconte qu'aux environs de Peking, on trouve des Crabes parmi les pétrifications, et à ce sujet il rapporte que les lettrés du pays expliquent l'existence de ces animaux par le passage de la mer sur les lieux qui maintenant sont émergés (2).

Parsons, en décrivant quelques fruits et d'autres corps fossiles provenant de l'île Sheppey dans la Tamise, donna deux figures représentant, l'une un Crabe vu en dessus, l'autre la pince du même animal trouvé dans les couches argileuses de cette localité; mais il est impossible de savoir à quelle espèce on peut le rapporter, tellement le dessin est grossier (3).

D'Annone, dans les Jetés de la Société helvétique, consacra un article tout entier à la description des Crustacés fossiles de sa collection; il en donna treize figures, se rapportant toutes à la même espèce, que nous verrons être le Macrophthalmus Latreillii ; il décrivit minutieusement chaque échantillon; mais s'attacha plutôt à dire s'il y manquait une patte, ou si la roche présentait telle ou telle particularité, qu'à bien fixer les caractères de l'espèce: aussi, quoiqu'il ail consacré à chaque exemplaire près d'une page de texte, il est impossible d'en extraire aucune donnée ayant réellement quelque importance zoologique (h).

Bonnani représenta un Crabe fossile des côtes du Coromandel,

(1) Bourguet, Traité des pétrifications, 1742 : Letlre à M. Gafcin sur la pétrification de petits Crabes de mer sur les côtes de Coromandel, p. 113.

(2) Voyez Piiilosoph. Transacl., 1 753, vol. XLVIII, p. 253.

(3) P.irsons, An Account of sorte Fossil Fruits and olher Bodies (Philosoph. Transacl., 1757, vol. L, p. 396, pi. xvi, fig. 20).

(4) D'Annone, De Canaris lapidefaclis musœi sui, p. 265, pi. xv [Acta helvelica, I75S, vol. III).

qui, aillant du moins que je puis en juger, nie paraît se rapporter au Macrophthalmvs Latreillii de Desmaresl, et il fit remarquer que la mer devail avoir submergé autrefois ces montagnes et ces couelies de terrains, où l'on trouve ainsi enfouis des Crabes, des Coquilles et des Poissons (1). A l'appui de cette manière de voir, il cite en particulier le mont Bolca près de Vicence , qui est encore aujourd'hui la principale source de tous les Poissons fossiles les plus beaux et les mieux conservés que possèdent nos collections, ainsi que de quelques espèces de Crustacés fort remarquables.

Je pourrais présenter une liste beaucoup plus longue des différents auteurs du xvnr" siècle qui, de loin en loin, ont dit quelques mots des Crustacés fossiles ; mais une pareille énuméralion deviendrait fastidieuse, sans avoir une utilité scientifique réelle. Aussi me bornerai-je à renvoyer aux ouvrages de Rumphius (2), de Scbeucbzer (3), de Langius (4), de Bruckmann (5), de Kundmann (6), de Davila (7), de Guettait! (8), de Wagner (9), de Loclmer (10), de Bajer (11), de Lesser (12), de Richter (13), de Mylius (lu), de Klein (15), etc., et je me hâte de passer au pre-

(1) Bonnani . Historia rerxtm naturalium in musœo KircKeriano , 1773, p. 198.

(2) Rumphius, Amboinsche Rariteilkamer, 1705, p. 335, pi. 60.

(3) Scheuclizer, Piscium querelai et vindictes, 1708, pi. iv.

(1) Langius, Historia ktpidum (iguralorum Helvetice, 1708, p. 47.

(5) Bruckmann, Epislola ilineraria xcn, 1740, p. 5.

(6) Kundmann, Thésaurus Sublerraneus. Brunswick, pi. 1, fig. 2.

(7) Catalogue systématique de la collection de Davila, par Rome de Lille, 1 767, t. III, p. 207.

(8) Guetlard, Traité des fossiles de Vérone, minéralogie de l'Italie, 1re partie, p. 347.

(9) Wagner, Hisl. nat. Helvetice, 1715, p. 331.

(10) Loclmer, Mus. Besler., 1716, pi. 33, p. 95.

(11) Bajer, Qryelographia norica, 1730.

(12) Lesser, Lithothéologie, 1744, §280, p. 584.

(13) Richter, Musxum, 1743, p. 232.

(14) Mylius, Memorabilium Saxoniœ subterraneœ, 1717, t. Il, p. 85, fig. 2 et 3.

(15) Klein, Circa Quadrupeda et Amphibia, 1743, p. 36, fig. c.

10 ALPHONSE Mil, M: EDWARDS.

mier travail où l'élude des Crustacés a commencé à prendre un caractère vraiment scientifique.

En 1777, dans l'ouvrage de Walch , taisant suite au Recueil des monuments des catastrophes que le globe terrestre a essuyées, contenant des pétrifications , par Knorr, nous trouvons un exposé complet de tout ce que l'on savait à cette époque sur ce qu'il appelle les Ecrevisses pétrifiées.

Les divisions, alors établies dans l'ordre des Crustacés, étaient incomplètes ou entièrement artificielles. Ainsi Walch sépare d'abord les Ecrevisses n queue courte et contractée sous le ventre (c'était notre groupe des Brachyures), fies Ecrevisses à cuirasse oblongue, à queue longue et le plus souvent étendue : Crustacés qui forment dans les méthodes modernesla division des Macroures.

Jusqu'à ce point, les groupes constitués par Walch étaient parfaitement naturels; mais ceux qu'il faisait ensuite dans chacune de ces grandes divisions étaient complètement artificiels. Ainsi les Brachyures étaient classés d'après les ornements de la carapace.

Le premier genre se composait des espèces dont la cuirasse du dos était unie et sans échancrures.

Le deuxième genre comprenait celles à carapace unie et échancrée.

Le troisième, celles à carapace, ou tuberculeuse ou striée, mais sans piquants.

Le quatrième, celles dont le dos était garni de piquants.

Et enfin le cinquième, celles dont la carapace était inégale, couverte de bosses et de creux.

Quant aux coupes établies parmi les Macroures, elles étaient basées sur le même système. C'était toujours d'après les ornements de la carapace et la tonne des pinces que Walch formait les divisions en divers genres. On comprend facilement qu'une telle classification devait rapprocher des individus de types très différents, et en séparer d'autres d'une organisation similaire. Ce qu'il y a de vraiment utile et de remarquable dans l'ouvrage de Knorr, ce sont les planches qui l'accompagnent, tant par leur variété que par leur exécution. Pour les Crustacés, elles sont au nombre de dix, et contiennent trente-quatre figures, dont vingt-six de

Macroures e( huit de Brachyures; il n'en est pas qui ne soit parfaitement déterminable, et quelques-unes ont. été faites d'après des individus mieux conservés que nous n'en possédons aujourd'hui. Parmi les Brachyures, il ligure le Macrophthalmus Latreillii, le Cancer Boscii et le Cancer punctulatus de Desmarest. Le nombre des espèces de Macroures est beaucoup plus considérable; mais quant aux rapprochements qu'il fait des différentes espèces, elles sont tout à fait incomplètes; aussi n'en restera-t-il rien comme description zoologique. Il faut arriver au commencement de ce siècle pour trouver une étude sérieuse et raisonnée des Crustacés fossile .

A. -G. Desmarest le premier, après des recherches approfondies sur les Crustacés vivants , appliqua à la connaissance des fossiles une nouvelle méthode, que l'on a suivie jusqu'à nos jours en la modifiant légèrement (1). Comme presque toutes les dépouilles de Crustacés que nous avons à notre disposition sont plus ou moins incomplètes, et qu'en général la plus grande partie est tellement empâtée dans une roche dure et compacte, et qu'il n'y a souvent que la carapace de dégagée, Desmarest s'appliqua à chercher dans l'étude de ce bouclier dorsal de bons caractères. de classification. Il reconnut que toutes les saillies que l'on y remarque présentaient parfois de grandes différences, unis étaient disposées d'une manière invariable suivant les espèces, souvent même suivant les genres, et que, comme ces inégalités étaient eu quelque sorte moulées sur les organes internes, elles ne pouvaient manquer d'avoir une valeur considérable dans une classification méthodique.

L'application des principes posés ainsi par Desmarest a donné d'excellents résultats, et, à partir de cette époque, la détermination des espèces fossiles a pu se faire d'une manière plus sûre et plus exacte. Desmarest avait décrit trente-quatre espèces de Crustacés appartenant aux différents groupes de cette classe : c'était tout ce que l'on connaissait de son temps. Depuis, le nombre des espèces

(1) Desmarest, Histoire naturelle des Crustacés fossiles (proprement dits)

12 %l rilONsi niLNE EDWARDS.

s'est considérablement accru, et l'on en a signalé dans des terrains où l'on n'en avait pas encore rencontré. Mais l'œuvre de Desmarest doit être considérée comme le point de départ de tous les travaux entrepris depuis quarante ans sur cette branche de la paléontologie. Ces travaux, comme on va le voir, sont en assez grand nombre ; mais la plupart ne se basent pas sur des études comparatives suffisantes, et laissent beaucoup d'incertitudes quant aux déterminations zoologïques.

Presque à la même époque où Desmarest publiait en France le résultat de ses recherches, Schlotheim, en Allemagne, venait grossir la liste des Crustacés fossiles déjà connus, en en décrivant quelques-uns, soit de Bavière, soit de l'île Sheppey, soit d'Egypte (1).

Peu de temps après la publication de cet ouvrage, M. van Kesselaer, dans un mémoire spécial, signala quelques Crustacés macroures provenant des terrains tertiaires delà Nouvelle-Jersey (2).

En 1829, Roux, conservateur du musée de Marseille, fit connaître une nouvelle espèce de Xanthé fossile provenant îles dépôts récents des rivages delà mer de Chine (3).

En 1837, M. Milne Edwards, dans une note lue à la Société philomatique , examina quelques-uns des Brachyures de l'île Sheppey, et résuma ce que l'on connaissait alors sur la répartition géologique de ces animaux (4).

En 1839, M. de Munster publia un travail important sur les Crustacés fossiles, principalement de l'ordre des Macroures, qui se rencontrent entre les plaques de calcaires fissiles à Solenhofcn, à Dailing, à EichstSdt, à Kelhcim, etc. (5).

En 1842, M. Deslongchamps ajouta quelques faits nouveaux à

(1) Schlotheim, Nachlriige sur Petrefaclenkunde. Golha, 1822, t. II, p. 26, i. I, p. 36

(2) Ann. ofthe Lyceam of Nat. Hislory of New-York, 1824, vol. I, part. 2, p. 193, pi. xiv.

(3) Roux, Description d'une nouvelle espèce de Cruslacé fossile (Aim. des se. nal., 1829, I" série, l. XVII, p. 84).

(i) Journal de l'Institut, 1837, t. V, p. 255.

(5) De Munster, Beilr&ge zur Petrefaclenkunde, 1839.

l'histoire des Crustacés du lorrain jurassique l). Déjà, en 1325, il avait publié la description de certaines espèces des mêmes couches. M. Herman de Meyer a t'ait connaître un grand nombre d'espèces nouvelles, surtout parmi les Crustacés macroures. Parmi les Brachyures, je citerai en particulier un Crabe fort remarquable rapporté d'Egypte par le duc Paul «le Wurtemberg. En 1842, ce paléontologiste publia une note sur quelques Crabes fossiles de Bavière ; mais il se contenta de donner à ces derniers des noms spécifiques, sans l'aire connaître d'une manière suffisante leurs caractères distinctifs. Les notes que ce savant a fait paraître sur ces sujets se trouvent dans différents mémoires et recueils (2).

En 18/iG, M. E. Sismonda lit connaître quelques-uns des Crustacés des couches tertiaires du Piémont (o).

En 1849, M. Mac Coy, en Angleterre, décrivit un certain nombre de Brachyures de l'île de Sheppey (4).

La même année, Bobineau-Desvoidy publia la description des Crustacés trouvés dans les terrains néocomiens de Saint-Sauveur en Puisaye, dans le département de l'Yonne (5).

En 1854, M, Heuss (6) étudia avec soin le Maeroure déjà décrit par Mantell sous le nom A'Aslacus Leachii (7). M. Bosquet, dans un mémoire important, décrivit quelques espèces de Crustacés supérieurs des terrains crétacés; mais la plus grande partie de son travail est consacrée aux Entomostracés (8).

(1) Voyez les Mém. de la Soc. linnéemie de Normandie, 1825, 1835, 1842.

(2) H. v. Meyer, Zur Kennlniss des Palinurus Sueurii(A'oi>a ActaÂcad. nal. curios., 1833, t. XVI, p. 517). — Beilrage su Eryon {Nova Acla Acad. nal curios.', 1836, t. XVIII, p, 263). — Neue Galtung fossiler Krebse, 1848. — Krebse. in buntem Sahdslein (Musœum Senckenbèrgianum^Mi, 1" vol., p. 293;. — Leonhard und Bronn, Neues Jahrbuch (Or Minéralogie und Géologie, 1825, p. 329; 1842, p. 589; 1843, p. 589; 1845, p. 436, etc. — H. v. Meyer und. Wil. Ounker, Palœontographie, 1851, t. I.

(3) E. Sismonda, Descr.dei Pesci e dei Crostacei (ossili nel Piemonle, 1846. 14) Ann. and Magas. ofnat. Hist., 2' série, 1849, t. IX, p. 161.

(5) Ann. de la Société enlomologique , 1849, 2e série, t. VII, p. 161.

(6) Reuîs, l'eber Clythia Leachii [Mém. de VAcad. de Vienne, t. VI, p. 1).

(7) Mantell, The Fossils of the Soulh-Douns, 1822, p. 221.

(8) .1. Bosquet, Monographie des Crustacés fossiles des terrains crétacés du

I 'l \IIMIO\SS MIL\E EDW4RDS.

En 1856, un jeune géologue, qui est mort il y a peu d'années, victime de son zèle pour les sciences qui le passionnaient trop vivement, Paul de Bervillc, fit connaître le premier Crusfacé brachyure que l'on eût encore signalé dans le calcaire grossier des environs de Paris (1).

En 1857, M.. ThomasBell (2), en Angleterre, publia la description des Crustacés fossiles de l'argile de Londres. On devait déjà à ce carcinologiste différents travaux sur les animaux de la classe qui nous occupe. Le 12 novembre de la même année, M. Keuss lisait à la Société des sciences naturelles de Vienne une communication dans laquelle trois des genres établis par M. Bell se trouvaient menlionnés sous des noms différents de ceux que ce dernier leur avait assignés dans les Mémoires de la Société paléontographique. Deux ans après (1859), M. Beuss fit paraître un travail très considérable , accompagné de plancbes magnifiques, représentant un assez grand nombre de Bracbyures fossiles, tirés presque tous de la collection réunie au Musée de Vienne (3). C'est dans ce travail que ce paléontologiste distingué décrit complètement et figure les genres qui lui sont communs avec M. Bell : aussi, quoique sa première communication ail paru à peu près en même temps que la publication du travail de ce dernier zoologisteje crois que l'on doit conserver les noms génériques de M. Bell, parce que, dès 1857, ils étaient accompagnés de bonnes figures et d'une description exacte; enfin, qu'ils ont été adoptés immédiatement dans tous les musées, à une époque où il était impossible, à l'aide de la notice de M. Beuss, de savoir quelles étaient exactement les espèces dont celui-ci voulait parler.

En 1857, M. Binkborst fit connaître plusieurs espèces nou-

duchè de Limbourg (extrait du II" vol. des Mémoires de la Commission pour la description et. la carie géologique de la Néerlande, Haarlem, 18!i6).

(1) Bull, de la Société géologique de France, 2e série, t. XIV, p. 108, 17 décembre 1836.

(-2) Th. Bell, Monographg of the Fossil malacostraceous Cruslacea oj Greal Brilain : I. Cruslacea of the London clag (extrait des Mémoire* de la Société paléontographique de Londres, 1857).

(3) Aug. Reuss, Zur h'ennlniss fossiler Krabben. Wien, 1859.

CRUSTACÉS FOSSILES. Ifj

velles des couches de la craie supérieure de Maëstrieht; cuire autres, quelques Corystiens très remarquables (1).

En 1858, M. Élallou (2) réunit tout ce que l'on connaissait d'intéressant sur les Macroures des couches jurassiques de la Haute-Saône et du Haut-Jura, et il augmenta la liste de ces Crustacés d'un nombre assez considérable d'espèces nouvelles.

Enfin, en 18(10. dans une courte note insérée aux Comptes vendus de V Académie des sciences (3)', j'ai indiqué certaines espèces propres aux sables de Bèauchâmp, espèces dont on ne soupçonnait pas l'existence.

Les différents mémoires spéciaux que je viens de signaler ne sont pas les seuls écrits à consulter au sujet de la carcinologie paléontologique. Beaucoup d'auteurs se sont occupés incidemment des Crustacés fossiles, et en ont signalé l'existence dans les couches dont l'élude géologique les occupait. Je vais donner la liste de ceux qui ont ajouté quelques faits nouveaux à l'histoire de celle classe d'animaux.

En 1829, M. Marcel de Serres signalait dans les couches miocènes des environs de Montpellier l'existence de quelques Crustacés (4).

En 1837, M. Galeotti, dans son Mémoire sur la province du Brabant, indiquait l'existence d'un Brachyure dans les couches éocènesde cette contrée (5).

En 1841, M. Rœmer taisait connaître les Crustacés propres aux terrains crétacés de l'Allemagne (6).

En 1842, nous trouvons dans le Voyage en Amérique d'Alcide

(1) Binkhorst, Neue Krebse aus der Maeslrichler Tu/fkreide. Verhd.1. d. naturhisl. Vereind.Preuss. Reinlande und Westphalens, 1857, t. X, p. 107.

(2) Bull, de la Soc. géol. de France, r série, t. XVI, p. 169, 20 décembre 18S9.

(3) Alph. Milne Edwards, Note sur les Crustacés fossiles des sables de Beauchamp (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1860, t. LI, p. 92).

(4) Géognosie des terrains tertiaires, 1829, p. 154.

(5) Galeotti, Mém. sur la conslic. géognest. de la province de Brabant 1837 P- 47, pi. 3, fig. 3.

(6) Rœmer, Die Versteinerungen des Norddeulschen Kreideqebirqes Hannover, 1841.

1G \l l'ilO\NI Mil. M EDWARDS.

d'Orbigny l'indication d'un Crustacé fossile dont l'origine est îiicoi 1 11 1 u* , et qui n'est pas décrit (1 -.

En 1 845, M. Reuss, dans son Mémoire sur les fossiles de la craie de Bohême, parlait des Crustacés qui se rencontrent dans ce terrain (2) .

M. Geinitz, en 1849, traçait l'histoire de la formation crétacée d'Allemagne, et indiquait les Crustacés qu'elle renferme, sans en décrire cependant de nouvelles espèces (3).

MM. Bronn et Rœmer, dans leur Lethea, reprenaient, à propos de chaque couche géologique, les Crustacés qui y avaient été signalés, et en discutaient les caractères (h).

En 1851, M. Quenstedt, dans son travail sur les fossiles en général, rendait compte de l'état des connaissances carcinologiques ; il signalait les espèces connues, en figurait quelquesunes , et ajoutait plusieurs faits nouveaux à ce que l'on savait déjà sur ces animaux (5) .

Je citerai également le grand ouvrage de Paléontologie que l'on doit à M. Pictet. Effectivement on y trouve non-seulement l'énumération de toutes les principales espèces de Crustacés connues des géologues, mais aussi l'indication des caractères génériques des groupes auxquels elles se rapportent (0).

Enfin, en 1854, MM. d'Arebrac et J. Haimc (7), dans leur beau travail sur les fossiles du terrain nummulitique del'Inde, luisaient connaître deux espèces de Brachyures que l'on y rencontre.

(1) D'Orbigny, Voyage dans l'Amérique méridionale, t. V, p. 107. pi. 6,

lîg. 17.

(2) Reuss, Die Versleinerungen der Buhmischen Kreideformalion, 1845, pi. v, fig. 52; pi. vi, Sg. 57; pi. vu, fig. 26, 29 ; pi. s., fig. 23.

(3) Geinitz, Das Quadersandsteingebirge oder h'reidegebirge in Dcutschland, 1849, p. 96, pi. 2.

fi) Lethea geognoslica oder Abbildung ùnd Beschreibung der fiir die Gebirgsformalionen bezeichnendslen Versleinerungen, 1851.

(o) Quenstedt, Handbuch der Pelrefaclclenkunde, 1831, t. I, p. 261, pi. 20 et 2 1 .

(6) Pictet, Traité de paléontologie, t. II, p. 410 et Suiv., 18S4.

(7) D"Archiac et J. Haime, Description des animaux fossiles du groupe twmmuli tique de l'Inde, 1854, 2e livrjison, p. 340, pi. 36, fig. 12 et 13.

Je termine enfin cette liste hérissée de noms et de citations d'ouvrages. Comme on le voit, elle est assez longue ; mais si l'on veut se rendre compte des progrès que les connaissances oareinologiques ont laites, on voit qu'ils ne sont pas en rapport avec le nombre des écrits que je viens de signaler, et cette anomalie apparente s'explique facilement : car le plus souvent ces travaux ont été faits sans matériaux suffisants. Presque toujours, pour la comparaison des espèces et des genres, on n'a pas pris pourpoint de départ l'élude indispensable des Crustacés vivants, les seuls sur lesquels on doive se baser dans un travail de celte nature. Très souvent les auteurs qui signalaient une espèce nouvelle n'avaient pu la comparer à aucune de celles que l'on avait déjà décrites, et d 'ordinaire, plutôt que d'avoir à chercher dans quel genre actuel elle devait se ranger, ils lui donnaient de prime abord un nom générique particulier. Aussi qu'en est-il résulté pour ce point de la science? Que la même espèce a souvent été publiée sous plusieurs noms différents, tandis que des espèces différentes étaient confondues sous le même nom. Quelquesrunes étaient seulement mentionnées quelquefois sans descriptions, ni figures ; d'autres fois avec quelques lignes de texte indiquant plutôt le gisement que les caractères de l'espèce, de sorte qu'il est souvent complètement impossible de savoir à quoi elles doivent se rapporter.

Les travaux de mon père sur les Crustacés vivants m'avaient depuis longtemps familiarisé avec l'élude de ces animaux, et mon attention s'était principalement dirigée sur les fossiles, dont la collection du Muséum possède un grand nombre. En effet, j'y voyais plusieurs espèces qui n'avaient jamais été mentionnées, et d'autres dont les déterminations génériques n'étaient plus au niveau des progrès que les méthodes carcinologiques ont faits depuis près d'un demi-siècle.

Pensant qu'il pourrait être de quelque utilité de réunir et de former un seul tout des pages dispersées que l'on avait de l'histoire des Crustacés fossiles, je me suis attaché à étudier comparativement le plus grand nombre possible de ces animaux. J'ai parcouru successivement les différents musées de France, du nord de l'Italie et de la Suisse, recueillant partout les renseignements,

et examinant les pièces qui s'y trouvaient. A Strasbourg, à Bordeaux, à Dax, à Montpellier, à Marseille, à Turin, à Milan, à Vicence, à Vérone, à Genève, à Berne, à Bàle, j'ai trouvé l'accueil le plus bienveillant, et tout ce que possédaient les musées de ces différentes villes a été généreusement mis à ma disposition. Je dois aussi remercier MM. d'Archiac, Graleloup, Marcel de Serres, Hébert, Raulin, Desbayes et Michelin, qui ont bien voulu me communiquer tous les Crustacés fossiles qu'ils avaient dans leurs collections particulières, .le me suis procuré de cette manière, ainsi que par mes propres recherches, un nombre considérable de ces fossiles, dont une grande partie n'était pas connue, et j'ai pu comparer entre elles presque toutes les espèces signalées dans les divers travaux dont j'ai parlé précédemment. J'ai reconnu alors la nécessité de reprendre d'une manière sérieuse l'étude des déterminations de la plupart de ces animaux. Dans ce genre de recherches, il est toujours utile et souvent même indispensable de se guider sur les Crustacés vivants, dont l'étude, trop négligée par les paléontologistes, peut seule nous l'aire bien connaître la valeur des caractères employés pour la détermination des fossiles. Il ne suffit pas que les débris laissés par ces animaux se soient trouvés dans des localités différentes ou dans des terrains différents, pour que l'on se croie en droit d'en faire des espèces différentes : or c'est ce qui est malheureusement arrivé trop souvent, et ce qui a contribué à mettre dans cette partie de la science un grand désordre. Enfin la multiplication des divisions génériques établies parfois presque au hasard, et rarement définies d'une manière comparative, a singulièrement augmenté les difficultés inbérentes à l'étude de celle branche de la paléontologie. Dans le travail dont je commence aujourd'hui la publication, j'ai toujours pris pour base de l'étude des Crustacés (ossiles la connaissance du mode d'organisation des Crustacés vivants; j'ai pensé qu'il fallait réunir tous ces animaux dans un seul et même système de classification, et mettre en évidence les rapports naturels qu'ils ont entre eux. Tout en me dispensant de traiter des espèces récentes, j'ai dû les prendre comme terme de comparaison, et signaler avec soin les particularités de structure qui les distinguent des espèces éteintes,

on qui les en rapprochent à des degrés divers. Avant d'aborder la description de ces fossiles, il faut donc que j'expose brièvement la méthode zoologique suivant laquelle je me propose de les ranger.

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