‹ Histoire des crustacés podophthalmaires fossilesChapitre 12 sur 19 · IX · texte numérisé non relu

IX

De la classification des Portuniens.

Aujourd'hui tous les zoologistes s'accordent pour considérer le groupe des Portuniens comme devant être subdivisé en plusieurs genres, mais ils sont partagés d'opinions au sujet du nombre de ces sections et des caractères d'après lesquels y convient de les établir. Ce nombre s'élève déjà à vingt et un, et l'étude que j'ai faite des espèces vivantes, aussi bien que des fossiles, me conduit à proposer l'établissement de trois genres nouveaux, mais toutes les divisions établies par quelques-uns des auteurs qui se sont occupés spécialement de ce sujet ne me paraissent pas suffisamment motivées et si on les admettait, il en résulterait non-seulement une complication inutile dans la classification de ces Décapodes, mais des difficultés insurmontables pour l'étude des espèces fossiles ;cabeaucoup de ces divisions ne reposent que sur de légères modifications de forme dans des parties presque membraneuses de l'appareil buccal, que le paléontologiste n'aura probablement jamais l'occasion d'observer sur un Crustacé fossile quelconque, et de plus, elles ne coïncident avec aucune différence dans l'aspect général de ces animaux, ou dans la disposition des parties extérieures dont il est le plus souvent possible de tirer de bons caractères génériques.

Fabricius, en établissant son grand genre Portun us, c'est-à-dire notre famille des Portuniens, divisa ce groupe en quatre sections. suivant que la carapace était armée latéralement de deux, de cinq' de six ou de neuf dents.

En 1801, Lamarck(l) forma avec le premier de ces groupes

(I) Lâmarck, Sysl. des anim. sans vertèbres, p. 125, 4 SOI.

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secondaires le genre Podophthalmus(\), qui est caractérisé essentiellement par l'énorme développement des pédoncules oculaires, et qui doit évidemment être adopté dans toute classification naturelle des Brachyures.

Leach sépara aussi des autres Portunicns, sous le nom générique de Lupa, les espèces qui composent deux des sections établies par Fabricius et qui ont de chaque côté delà carapace plus de cinq dents ou épines dont la dernière est très allongée (2). Ainsi l'espèce qu'il cite d'abord comme type de ce genre nouveau, est le Portumis pelagicus de Fabricius et plus tard, après y avoir fait entrer aussi le Portumis forceps du même auteur, il en étendit les limites de façon à y comprendre des espèces dont la dent laléroposlérieure n'est pas plus grande que les dents qui la précèdent (3). Enfin, ce zoologiste en se fondant surla structure du bord sourciiier et de l'orbite, ainsi que, sur la formedes pattes divisa en trois genres la section des Portunes à cinq dents de Fabricius. Il réserva à l'un de ces groupes le nom de Portumis et donna au second celui de Carcinus; enfin, il fit du troisième le genre Portumnus. .Mais ce nom ne différait pas assez du premier pour être adopté par les naturalistes (4), et quelque temps après Latreille (5) y substitua celui mieux choisi de Plalyoni/clius (6).

En 1815 Leach ayant eu l'occasion d'étudier un Porlunien de

( I ) De 7rou5 pied et o?9aXj*o; œil.

(2) Art. Cruslaceology (The Edinburgh Encyclopœdia, t. Vil, p. 390), dans le supplément à l'article Carcinology de V Encyclopédie d'Edimbourg. Leach substitua à ce nom celui de Lima qui. appartenant déjà à un genre de Mollusques, ne pouvait être adopté dans les écrits subséquents.

(3) Leach, A Tabulât- view of the exlemal caraclers offour classas of animais îvhich Linnœus arrangea under Insecta (Transactions of the Linnean Society, t. XI, p. 319, 1815).

(4) En effet, les mots Portunus et Portumnus sont synonymes, ce sont deux manières d'écrire le nom de l'un des dieux de la mythologie que les Latins supposaient présider aux ports.

(5) Latreille, art. Platvontque du Nouv. dicl. d'hisl. nat., 1 S 1 8 , t. XXVII, p. 27.

(6) Lezch,tMalacoslraca Podophthalmata Brilanniœ, 1815, Explicat. de la pi. 90.

PÔRTUNIEKS FOSSILES. 85

nos mers qui jusque alors avait échappé à l'attention des zoologistes, y reconnut un mode d'organisation particulier et le prit pour type d'un sixième genre auquel il donna le nom de Polybius (\).

En 182(J, Latreillc établit aux dépens du genre Lupa de Lcach le genre Tlialamita pour les espèces qui sont remarquables parla l'orme quadrilatère de la portion antérieure de leur carapace et la grande largeur de leur front (2).

Ces divisions génériques de la famille des Portuniens, telles que Leach et Latreille les avaient caractérisées, ne pouvaient pas recevoir un grand nombre, d'espèces de ce groupe qui étaient déjà connues des carcinologisles, et lorsque mon père vint à son tour s'occuper de la classification de ces animaux, il reconnut qu'il fallait ou multiplier beaucoup les genres, ou les fonder sur d'autres caractères; il trouva que celle dernière marche pouvait être suivie sans que la distribution méthodique des Portuniens cessât d'être naturelle, et par conséquent ce fut elle qu'il adopta, pensant que les classifications perdent une grande partie de leur utilité quand mi multiplie, sans nécessité, les groupes dont tous les membres portent le même nom.

Dans sa méthode carcinologique, le groupe des Portuniens se compose donc de sept genres, savoir : les genres Carcinus, Platyonychus, Polybius, Portunus, Lupa, Thalamila, Podophllialmus.

Vers la même époque un autre naturaliste dont les travaux carcinologiques ont une grande importance, \Y. de Haan avait publié l'esquisse sommaire d'une autre classification des Portuniens qui s'éloigne considérablement de la précédente, et qui bientôt après fut étayée d'un grand nombre d'observations précieuses, consignées par cet auteur dans les livraisons suivantes de son bel ouvrage sur les Crustacés du Japon (3). Dans ce nouveau système de classification, la famille des Portuniens, telle nue M. Milne

(1) Règ. anim. de Cuvier (2e édil. , t. IV, p. 33).

(2) Milne Edwards, Hist. nal. tles Crusl., 1834. t. I. p, 433.

(3) Fauna Japànica, auctore Pli. Fr. deSiebold, Crtislacea, élaborante W. de Haan. p. 3, 18H-I850.

Edwards l'admettait, ne se trouve plus représentée, et lesCrustaeés qui y restent forment onze genres. En effet, après avoir relégué parmi les Corystiens les genres : Carcinus, Polybius et Platyonychus de ses prédécesseurs, W. de Haan divisa les autres Portuniens de la manière suivante :

§ I, — Portuniens dont la branche externe des pieds-mâchoires antérieur* (trito-mésognalhite) est tronquée au sommet. Le troisième article des pieds-mâchoires postérieurs oblong.

Le lobeinternedu trito-mésognathite arrondi ou ovale. (G. Neplunus.)

Ce lobe à bords parallèles. (G. Achelous.) Le troisième article des pieds-mâchoires externes court et oblique. (G.Amphi-

irite.) Ce troisième article carré. (G. Pontus.)

§ II. — La branche externe des pieds-mâchoires antérieurs, oblique. (G. Por-

tunus.) § III. — La branche externe des pieds-mâchoires antérieurs, aigué. Le troisième article des pieds-mâchoires postérieurs, court et oblique.

La branche externe des pieds-mâchoires antérieurs, linéaire et à sommet : Tridenté. (G. Oceanus.) Bidenté. (G. Charybdis.) Tridenté. (G. Thalamita.) Très aigu et étroit. (G. Podophlhalmus ,) La branche externe des pieds-mâchoires antérieurs, à lobe arrondi. (G. Scylla.) Le troisième article des pieds-mâchoires postérieurs, arrondi en avant. (G. Lupa.)

Il est à remarquer que cetle multiplication des coupes génériques n'avait été amenée par la découverte d'aucune forme nouvelle, et que les genres Neptunus, Achelous, Amphitrile, Pontus., Scylla, et Lupa sont de simples démembrements du genre Lupa tel que mon père l'avait délimité, et que les genres Thalamita, Oceanus, et Charybdis sont des subdivisions du genre Thalamita de ce dernier auteur. Quant aux genres Portunus et Podophlhalmus, ainsi que les genres Carcinus, Polybius et Platyonychus. ils

PORTUNIENS FOSSILES. 87

n'ont subi aucun changement, sauf le déplacement de ces trois derniers qui cessent d'être compris dans la famille des Porluniens pour prendre place à côté des Corystes, mode d'arrangement évidemment contraire aux affinités naturelles de ces Crustacés.

La classification des Portuniens employée par M. Dana se rapproche beaucoup plus de celle adoptée par M. Milne Edwards, il y a vingt-cinq ans. Il est vrai que les Carcinus, les Platyonychus et les Polybius sont séparés du groupe des véritables Portuniens, mais ils ne sont plus relégués parmi les Corystes et ils constituent, comme je l'ai déjà dit, une famille particulière. Les autres espèces des Portuniens connus à l'époque de la publication des ouvrages de MM. de Haan et Milne Edwards sauf les Podophthalmes (1), sont réparties en sept genres sous les noms de Scylla, Lupa, Âmphitrite, Thalamita, Carybdis, Portunus et Arenœus. De nouvelles formes génériques, observées pour la première fois soif par MM.. Whileel Adam, soit par M. Dana lui-même, donnèrent lieu à la création de trois autres divisions de même valeur, savoir les genres Campa, Lupocyclus (2; et Lissocarcinus. Enfin, le geme Platyonychus, tel queLeach, Latrcillc et mon père l'avaient délimité, a été divisé par M. Dana en deux genres, dont l'un conserve ce nom cl l'autre reprend celui de Porlumnus (o). A cette longue liste de divisions génériques, dans lesquelles les successeurs de Fabriciusontcru devoir distribuer les espèces dérivées du type Portunus, il faut encore ajouter le genre Xaiva de Mac Leay et le genre Portunites proposé dernièrement par M. Th. Hell, pour recevoir une espèce fossile trouvée dans l'argile de Londres.

En résumé, nous voyons donc que, si l'on admet comme autant de genres, toutes les divisions dont je viens déparier et si l'on adopte les trois genres nouveaux, que je proposerai de désigner sous les noms de Nectocarcinas, d' Enoplonotus et de Psammocar-

(1) Le genre Podopluhalmus paraît avoir été oublié par M. Dana, car je ne l'ai vu figurer nulle part dans les tableaux de classification donnés par ce zoologiste éminent.

(2) Mot hybride tiré du grec xûxXc;, Cercle et Lupa, nourrice de Remus et de Romulus.

(3) Dana (op. cil., t. I, p. 291).

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cinus, genres dont deux ne me sont connus que par des espèces fossiles, la famille des Portuniens se composerait de vingt-trois genres, savoir: Podophlhalmus, Carcinus, Portunus, Xaiva, Nectocarcinus, Portunites, Lupa, Neplunus, Achetons, Amphitrile, Pontus, Scylta, Enoplonotus, Thalamita, Oceanus, Carybdis, Lupocyclus, Campa, Lissocar cinus, Polybius, Platyonychus, Poriumnus et Psammocarcimis.

Examinons rapidement quels sont ceux de ces genres qui sont en réalité utiles pour représenter, dans le tableau méthodique des Portuniens, les divers types secondaires de cette famille et ceux dont l'adoption serait nuisible plutôt qu'utile à nos études.

Le genre Podophthalme, comme je le montrerai plus en détail par la suite, diffère des autres Portuniens par des particularités d'organisation si remarquables, que non-seulement il est indispensable de le conserver dans une classification naturelle, mais qu'il me paraîtrait préférable de le voir séparé des Portuniensordinaires. En effet, c'est plutôt un type satellite du groupe naturel des Portuniens ordinaires qu'un membre de cette grande agèle (t).

Le genre Scylla de W. de llaan correspond à la section des Lupées convexes de M. Milne Edwards, et il me parait pouvoir être adopté avec avantage, car, ainsi que nous le verrons bientôt, il correspond réellement à un type secondaire bien distinct. Il a pour représentant principal le Cancer serratus de Forskal.

De Haan a réservé le nom de Lupa à un démembrement des Lupées de Leach qui ne se compose jusqu'ici que d'une seule espèce: le Portunus forceps de Fabricius (2), et qui se distingue de tous les autres Portuniens par la forme des pieds-màchoires externes, dont le troisième article est très élargi et arrondi anté-

(1) L'expression Agèle aété employée, par M. Milne Edwards, pour désigner des groupes naturels qui sont des divisions de ce que j'appelle ici une famille et qui se composent eux-mêmes de plusieurs genres. (2) Suppl. Eut. Syst., p 368.

PORTUNIENS FOSSILES. g9

riciircment (1). Au premier abord ee caractère peut paraître insutfisant pour motiver l'établissement d'un genre nouveau; aussi la plupart des zoologistes n'ont-ils pas adopté l'innovation proposée par le carcinologiste hollandais que je viens de citer. Mais après une nouvelle étude que j'ai faite des différentes parties du squelette tégumentaire de la Lupa forceps, j'ai acquis la conviction de la justesse de ces vues. En effet, ce Crustacé (2) présente une réunion de particularités zoologiques très remarquables , et s'éloigne de tous les autres Portuniens connus par la disposition des antennes externes et la structure du thorax, ainsi que par la conformation des mains et des pieds-mâchoires externes. L'article basilaire des grandes antennes se prolonge beaucoup en avant en debors de la tigelle mobile de ces appendices, et se soude à l'angle sous-orbitaire interne, de façon à entrer dans la composition du plancher de l'orbite. Les pieds-mâchoires externes, au lieu d'aller s'appliquer simplement contre le bord postérieur de l'épistome, comme cela a lieu d'ordinaire, s'avancent sur la région anlennaire de manière à la recouvrer et à dépasser le niveau du front. Il est aussi à noter que les articles constitutifs de leur portion palpiforme ne sont pas cylindriques comme d'ordinaire, mais lamelleux. Les mains, au lieu d'être robustes, prismatiques ou renflées comme chez les autres Portuniens, sont grêles, cylindriques et armées de doigts presque filiformes et beaucoup trop faibles pour servir â la capture d'une proie solide. Enlin, les apodèmes transversales de la portion postérieure du thorax, ne s'étendent pas jusqu'à la ligne médiane et les lignes de soudure qui y correspondent sur le plastron sternal s'arrêtent de plus en plus près de la base des pattes, de façon à laisser indivise toute la portion moyenne de ce bouclier ventral. Quant à la forme générale de la carapace, ou n'y voit rien qui soit particulier à ce genre nouveau. Les autres membres de l'ancien genre Lxipa se ressemblent davantage entre eux, mais se rapportent cependant à deux formes principales, dont l'une nous est offerte par le Portunus pelagicus

(1) Voy. de Haan, op. cit., pi. A.

(2) Voy. Leach, The Zoological Miscellany, t. I, pi. 54.

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de Fabricius (1), et par le Portunus sanguinolentes du même auteur (2), l'autre par le Portunus spinimanus de Latreille (3). Dans le premier de ces types secondaires, la portion moyenne de la chambre viscérale occupée par les lobes latéraux du foie se prolonge beaucoup de chaque côté, et le bord latéro-antérieur de la carapace se termine par une énorme dent horizontale, qui s'avance au-dessus des pattes, et qui, pour la commodité de la description, peut être appelée corne costale. Dans le second de ces types, la carapace n'est pas élargie de la sorte ; il n'y a pas de corne costale, et la région hépatique se termine par une dent semblable à celles dont le bord latero-antérieur de la carapace est garni.

W. de Haan a établi pour la plupart des Portuniens qui offrent le premier de ces modes de conformation un genre particulier qu'il appelle Neptunus. Il me semble regrettable qu'il n'y ait pas laissé le nom de Lupa, car ce groupe constitue la division la plus importante de l'ancien genre Lupa de Leach et contient l'espèce qnece dernier zoologiste avait citée comme exemple dans ses premiers écrits sur ce sujet (h). Mais aujourd'hui il n'y a plus à revenir sur cette question de nomenclature, et du moment où l'on adopte la division générique fondée par de Haan, tout en modifiant légèrement les limites de ce groupe, il faut y laisser le nom de Neptunus.

Le même zoologiste a constitué, avec quelques-uns des Portuniens de l'autre type secondaire dont je viens de parler, le genre Achelous. 11 existe des espèces qui établissent le passage entre ces deux formes, et si la séparation n'en avait pas été faite, je ne me serais pas cru autorisé à la proposer. Mais, puisqu'elle est déjà introduite dans la science, qu'elle a été adoptée par quelques carcinologistes, et qu'elle pourra nous être très commode pour la

(1) Suppl. Ent. Sysi. , p. 367. Ce Porlunien a été représenté par plusieurs auteurs. Mais je citerai ici de préférence la magnifique figure que Savigny en a dunnée dans le grand ouvrage sur l'Egypte (Hist. mit., Crustacés, pi. 3, fig. 1).

(2) Voy. Règne anim. , Crustacés, pi. 10. fig. 1.

(3) Encycl. mélhod., t. X, p. 188.

(4) Art. Crustaceology [Edinb. Encyclop., t. VII, p. 390).

l'ORTUMENS FOSSILES. QJ

détermination des espèces fossiles, je crois devoir la conserver.

Il n'en est pas de même des genres Amphitrite et Pontus de ce zoologiste. Le genre Amphitrite, basé uniquement sur quelques légères particularités de forme dans le troisième article des piedsmâchoires externes, a pour représentant principal le Portwius dicanthus de Latreille (1), qui, par l'ensemble de ses caractères, ne diffère pas notablement des Neptunus.

M. Dana a conservé cette division d'une manière nominale, mais en y assignant d'autres limites et en y faisant entrer diverses espèces, dont l'une se rapproche extrêmement des Jchelous (2), et dont d'autres sont pourvues de grandes cornes costales, comme les Neptunus. Il se fonde en majeure partie sur la grosseur des yeux de ces Portuniens ; mais cette particularité pourrait bien dépendre seulement du jeune âge des individus qu'il a eu l'occasion d'examiner, et, dans tous les cas, ne me semble pas être un motif suffisant pour nous faire accepter cette nouvelle subdivision des Lupéens. Quoi qu'il en soit, le nom générique d' 'Amphitrite ne pourrait être conservé pour la désignation de ces Crustacés, car il appartient depuis longtemps à des animaux d'une autre classe, et tout double emploi est contraire aux règles de nomenclature généralement adoptées aujourd'hui (3).

Le genre Pontus de M. de Haan n'est connu que par une courte phrase diagnostique, et ne parait différer des Neptunus que par la forme plus quadrilatère du troisième article des pieds-màchoires externes. Quoi qu'il en soit, on ne saurait, dans l'état actuel des choses, l'introduire dans une méthode carcinologique naturelle, faute de renseignements suffisants.

Le genre Arenœus de M. Dana (h) est aussi un démembre-

(1) Crabe de l'Océan, De Geer, Mémoire pour servir à l'histoire des Insectes, t. VU. p. 126, fig, 8.

(2) V Amphitrite speciosa.

(3) En 1 771 , O.-F. Muller donna le nom de l'Âmphitrite à un genre de vers, et en 1817,Cuvier l'employa delà même façon dans sa classification des Annélides ; il n'était donc pas disponible lorsque en 1 834, W. de Haan l'appliqua aux crustacés dont il est question ci-dessus.

(4) Dana, frnitcd-States Exploring Expedilionof cap Wdkes. Cruslacea, p. 289.

02 VI l'HONSI Mil. M' EDWARDS.

ment des Lupées nageuses ou typiques de M. Milne Edwards. Il n'est réellement caractérisé que par l'absence des crêtes endostomieimes : or, dans les différentes espèces du genre Portunus proprement dit, nous voyons ces saillies marginales du canal respiratoire exister ou manquer, sans que ces variations de structure soient accompagnées d'aucune autre modification constante de l'organisme. Ce genre, qui ne comprend cpie le Portunus cribrarius de Lamarck (1), me paraît donc inadmissible.

Les subdivisions génériques établies par W. de Haan dans le genre Tbalamite de Latreille me paraissent également être trop nombreuses. Le genre Charybdis, qui a pour représentant le Thalamita crenulata, le T. nalator,cl la plupart des autres espèces dont se compose la section des Thalamites hexagonales de la méthode de mon père, a élé conservé par M. Dana, et ne me parait pas inutile; mais le nom mythologique donné à ce groupe n'était pas disponible, et appartenait depuis longtemps à un genre de Médusaire établi par Péron et Lesueur ; il ne pouvait donc être conservé sans inconvénient, et il me semble préférable d'y substituer un autre. Je proposerai donc celui de Goniosoma (2) qui rappelle la l'orme du corps de ces animaux. Quant au genre Oceanus qui ne comprend que le T. crucifer, et qui rentre dans la même section de l'ancien genre Thalamita, il ne me parait pas avoir des caractères assez importants pour que je puisse me décider à l'adopter, car il n'est, fondé que sur l'existence de quelques découpures plus nombreuses que d'ordinaire dans le lobe terminal et submembraneux de la branche moyenne des piedsmàchoires antérieurs, disposition qui ne me parait avoir aucune importance zoologique.

J'ajouterai qu'un Portunien fossile du terrain nummulitique, que je ferai connaître dans la suite de ce travail, ne me parait pouvoir prendre place dans aucun des groupes naturels dont il vient d'être question. Tout en ayant beaucoup d'analogie avec les

(1) Lupa cribraria. Milne Edwards, Hist. mit. des crustacées, t. I, p. 452, pi. I7,fig. 1.

(2) De yovtoç angle, el awpoc corps.

PORTCMENS FOSSILES. 93

Lupées, il s'en distingue facilement par l'énorme développement îles cornes latérales de la carapace, et le nombre considérable des •lenticules qui arment les bords latéro-antérieurs de ce bouclier céplialo-tboracique; je proposerai donc de le ranger dans une nouvelle division générique, que je désignerai sous le nom (VEnoplonotus (1).

Tous les Portuniens ordinaires dont j'ai parlé jusqu'ici se ressemblent par une particularité de la structure intérieure du tliorax, qui se traduit au dehors parla disposition de la suture médiane du sternum. La cloison ventrale, qui divise en deux moitiés la cavité viscérale, s'étend du bord postérieur du thorax jusque sur l'antépénultième anneau de cette portion du corps, et la suture correspondante à cet apodème occupe par conséquent les trois derniers segments du plastron sternal.

Chez les Portuniens dont il me reste à parler, il n'en est pas de même, et, ainsi qu'on le sait. la suture médiane du sternum ne s'avance pas au delà du pénultième anneau thoracique (2).

Le genre Portunus, tel que Leach et tous les carcinologistes plus récents l'ont délimité, se compose des Portuniens ordinaires qui offrent ce dernier caractère, dont les pattes postérieures sont terminées par des rames larges et ovalaires, dont la tige mobile des antennes externes est insérée sous le front et non dans l'angle interne de l'orbite; enfin dont la carapace n'est pas armée latéralement de plus de cinq dents, y compris l'angle orbitaire externe. Mais d'après l'étude que j'ai faite de plusieurs espèces nouvelles de Portuniens dont je me propose de publier la description ailleurs, je suis porté à croire qu'il faudra limiter davantage ce genre, et n'y comprendre que les espèces dont le bord latéro-antérieur de la carapace présente de chaque coté cinq dents.

Les Portuniens qui, par la conformation générale, ressemblent aux précédents, mais qui ont seulement quatre dents à chaque bord latéro-antérieur de la carapace, me paraissent devoir constituer un

(1) De evowXoî, armé, et rie vwro;, dos.

(2) Ce caractère important a été signalé pour la première fois par mon père et a été utilisé aussi par M. Dana pour la distribution des Porlunidœ d'une part, et des Lupince et des Arenœinœ d'autre part, op. cit., t. I, p. 2G8.

<)/j ALPHONSE Mil M EDWARDS.

genre particulier, pour lequel je proposerai le nom île Nectocarcinus (l). Le Porlunus inlegrifrons ("2), le Portunus antarcticus (3) et deux espèces nouvelles, que j'appellerai Nectocarcinus melanodactylus (h) et N. tuberculosus (5), se rangeront dans cette nouvelle division générique.

Je n'aperçois aucune raison suffisante pour séparer des Portunes proprement dits, le petit Crustacé , d'après lequel M. iM'Leay a formé le genre Xaiva (6j. Je ne le connais que d'après la figure et la description fort incomplète que cet entomologiste en adonnées, et il me semble être très voisin du Portunus pusillus. Il est seulement à noter que le dernier article des pattes postérieures est plus allongé, ce qui le rapproche du genre Carcinus. Du reste, M. IMac Leay n'expose pas les motifs qui l'ont déterminé à établir ce genre nouveau, et la manière dont il le caractérise ne peut suffire poulie faire distinguer.

Le genre Lissocarcinus de MM. Adams et Wbite ne m'est connu que par la courte description, accompagnée de quelques figures, publiée dans la partie zoologique du voyage du Samarang (7), et

(1 ) De v*)xrrj; nageur et xapwivo; Crabe.

(2) Porlunus inlegrifrons, Latreiile, Encycl. method. , Insect., t. X, p. 192, 1825; Milne Edwards, llisl. nal. des crusl., t. I, p. 445.

(3) Voyaije au pôle sud de Dumont-Durville, Crusl., par MM. Jacquinot, Hombron et Lucas, pi. 5, fig. 1 .

(4) Cette espèce, de très grande taille, se trouve dans la mer Rouge et se rapproche du -V. integrifrons par la forme du front, mais s'en distingue par l'absence de poils sur la face supérieure de la carapace et par plusieurs autres caractères, tels que l'existence d'un prolongement quadrilatère de la couleur noire intense des doigts, sur la partie du poignet qui correspond à la base du pouce. Le Muséum en possède un bel exemplaire mâle.

(5) Cette espèce, non moins grande que la précédente, provient de la Nouvelle-Hollande et se fait remarquer par les nombreux tubercules subspiniformes, qui hérissent les parties antérieures des régions stomacale et branchiale, ainsi que les mains et les avant-bras, le front est divisé en deux lobes tronqués et à bords finement denliculés. Il en existe un individu mâle dans les collections du Muséum.

(6) Hlusi.ojlheZool. ofSutilhAf. by A. Smith fin-, by W.S. M'Leay,p.62,pl.3. (7] Adam et A. White, Zoologg of Ihe Voyage of H M. Samarang. Cruslacea. p. 45, pi. 11, fig. 5.

P0RTUN1F.NS FOSSILES. 95

par les détails plus circonstanciés donnés siibséquemment par M. Dana (1); mais il est si bien caractérisé, qu'il ne peut y avoir, ce me semble, aucune incertitude, quant à son admission dans la méthode carcinologique. En effet, les petits Crustacés qui y prennent place ressemblent aux Goniosomes par la structure du sternum et la disposition des antennes externes , mais se rapprochent des Platyonyques par la forme presque circulaire de leur carapace, la brièveté de leurs bras et par quelques autres caractères.

Le genre Carcinus de Leach établit le passage entre les Portunes typiques et les Cancériens. Il se distingue par la forme lancéolée du dernier article de ses pattes postérieures, et par quelques autres caractères que tous les zoologistes de nos jours considèrent comme suffisants. Il ne se compose jusqu'ici que d'une seule espèce, le Carcinus Mœnas, qui abonde sur nos côtes. La collection entomologique du Muséum en possède une autre variété encore inédite qui habite la mer Rouge.

Le genre Portunites <\c M. Th. Bell n'est encore que très imparfaitement connu. Mais, ainsi que nous le verrons dans la suite de cette monographie, les Crustacés fossiles qui le constituent, tout en ayant beaucoup de ressemblance avec les Carcins, s'en distinguent, ainsi que de tous les autres genres de Portuniens de l'époque actuelle, parles sillons profonds dont la carapace est creusée.

Les genres Pohjbius et Platyonychus se distinguent nettement de tous les Portuniens dont j'ai parlé jusqu'ici par la disposition de leurs antennes externes , et se laissent reconnaître aussi par la forme générale de leur carapace. Ici l'article basilaire des antennes externes, c'est-à-dire l'article qui repose sur le tubercule auditif, au lieu d'être élargi et solidement encastré clans l'hiatus orbitaire externe, de façon à être parfaitement distinct de la tigclle mobile formée par la portion suivante de ces appendices, ainsi que cela se voit chez les Portunes et mieux encore chez les ïhalamites, est libre dans l'angle orbitaire interne, et fait partie de la tigelle mobile dont il vient d'être question. Un remarque aussi que, dans ces deux genres, la carapace est beaucoup plus étroite que chez tous

(1) Dana, United-SlalesExploring, Exped. Crus!., t. I, p. 288, [il. I 8, fig. 1 .

96 *i,Piio\sa nu. m 1 1»\% iitits

les autres Portuniens, et présente la forme d'un disque orbiculaire ou ovalaire, dont le grand diamètre serait longitudinal.

Le genre Polybius est caraetérisé aussi par la tonne décidément natatoire de ses quatre paires de pattes proprement dites, cl par diverses particularités de structure dans l'appareil buccal.

Le genre Plalyonyque, que Leach a établi sous le nom de Portumnus, n'a pas les pattes si bien conformées pour la nage ; celles de la pénultième paire et même les précédentes sont terminées par un article digital styliforme, plutôt que foliacé. Les piedsmâchoires externes, la région antennaire et le plastron sternal, présentent aussi des particularités plus ou moins importantes, dont j'aurai à parler plus longuement par la suite.

M. Dana a cru devoir démembrer ce petit groupe pour en former deux genres, pour l'un desquels il reprend le nom de Poriumnus, que presque tous les zoologistes de nos jours s'accordent à abandonner comme n'étant pas suffisamment distinct de celui du Porlunus dont l'emploi est plus ancien.

Ce zoologiste éminent base uniquement cette division sur la forme de la carapace, qui, chez le Platyonychus latipes dont il constitue son genre Porlumruis , est plus allongée que chez le Platyonychus punctatus de W.de Haan et chez les autres espèces de l'océan Pacifique ou du Nouveau Monde, dont il compose le genre Platyonyque proprement dit; mais je suis porté à croire que si M. Dana avait eu l'occasion d'étudier toutes les espèces de ce groupe qui se trouvent réunies dans les galeries du Muséum d'histoire naturelle, il aurait reconnu que les formes intermédiaires rendent parfois l'application de ce caractère tout à fait arbitraire. Dans l'état actuel de la science, il me semble préférable de conserver le groupe avec les limites qui y sont assignées dans l'histoire naturelle des Crustacés (1).

(I) Leach, en établissant ce genre, ne fit mention que du P. latipes (ou P. r«riegatuè) et Lamarck y fit rentrer, non-seulement les autres espèces auxquelles M. Dana appliqua le nom de Platyonychus, mais aussi les Polybies. M. Milne Edwards maintint la première de ces adjonctions, mais n'admit pas la seconde et par conséquent il composa le genre Platyonychus de la manière indiquée cidessus (voy. Hist. )i«(. des crust., t. I, p. 43o).

PORTU.NIEN'S FOSSILES. 1)7

Le genre Lup ocyclus de MM. Adams et While (1) n'a été que

très imparfaitement caractérisé par ces naturalistes; mais d'après l'examen que j'ai l'ait d'un exemplaire du Lupocydus rotundatus appartenant à la riche collection du Muséum, je crois devoir adopter ici ce groupe. Effectivement ce petit Crustacé tient des Goniosomes par la forme générale de sa carapace et par plusieurs autres caractères , tandis que , parla structure de ses antennes externes, il se rapproche des Platyonyques. Je dois ajouter cependant que l'individu dont j'ai eu l'occasion d'étudier la conformation est très jeune, et pourrait bien ne pas conserver à l'état adulte tous les caractères que je viens d'indiquer.

Le genre Carupa de M. Dana (2) établit à certains égards le passage entre les Tbalamiles et les Platyonyques, et présente une combinaison de caractères qui ne permet de le confondre avec des groupes naturels dont j'ai déjà fait mention ; en effet, l'article basilaire de ses antennes externes est étroit el libre comme chez les Platyonyques, tandis que la carapace se fait remarquer par sa forme presque quadrilatère, la grande largeur du front et l'existence de six dents de chaque côté.

Enfin des motifs, dont je rendrai compte dans une autre partie de ce travail , m'ont déterminé à proposer l'établissement d'un nouveau genre pour le petit Crustacé fossile des sables de Beauchamp, que Desmarest a l'ait le premier connaître sous le nom de Portunus Hericarli. En ce moment, je me bornerai à dire que ces Portuniens, tout en ayant seulement cinq dents de chaque côté de la carapace, comme les Portunes, les Polybies, les Carcins, etc., sont pourvus de grandes cornes latérales comme les Lupées, et que, par d'autres particularités de structure, ils se rapprochent beaucoup des Plalyonyques. Cette nouvelle division générique pourra recevoir le nom de Psammocarcinus (8).

En résumé, nous voyons donc que, dans l'état actuel de nos connaissances relatives aux Crustacés de la famille des Portuniens.

(1) Voijageof H. M. S. Samarang, Crusl., p. 46, pi. <l2,fig. i.

(2) Dana, Uniled-Stales Exploring Exped., Crustacea, t. I, p. 279, pi. H, fig. 4

(3) De ifip.poi, sable, et xapxivoj, Crabe.

98 ALPHONSE IIIB.M; EDWARDS.

ces animaux paraissent devoir être répartis en dix-huil genres. Mais, afin de rendre leur classification aussi conforme que possible, aux divers degrés d'affinités qui existent entre eux, il me semble utile de réunir plusieurs *de ces genres en petits groupes naturels. Ainsi je proposerai non-seulement de séparer des Portuniens ordinaires, sous le nom de Portuniens anormaux, le genre Podophthalme, et de former avec les autres un Agèle particulier, caractérisé par l'existence d'un front horizontal, et d'yeux d'uni' longueur médiocre ; mais aussi de diviser ensuite ce dernier groupe en quatre sections principales et en trois sections de transitions :

Savoir, les Lupéens, comprenant les genres Neptunus, Achelous, Scylla, Lupa.

Les ïhalamitiens, comprenant les genres Thalamita et Goniosonta.

Les Carcimeïss, comprenant les genres Portunus, Carcinûs, N ectocarcinus et Portunites.

Les Polvbiens, comprenant les genres Polybius, Platyonychus et P sammocarcinus .

Enfin les Carupiens, les Lissocarciniens et les Lupocycliens , comprenant les trois genres dont ils portent les noms.

Afin de faciliter l'emploi de celte classification pour la détermination des espèces fossiles, je crois utile de réunir dans un tableau synoptique les principaux caractères qui, sans être toujours les plus importants, peuvent être employés pour la distinction empirique, soit des groupes dont je viens de parler, soit des divers genres de la famille des Portuniens.

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