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418 ASIB^MIMBOM. [2* SIÈCLE àP. I.-C.
letti^ qu'il écrivit à l'empereur Trajan pendant son voya^ «i Bitbynie l'an 103 de notre ère, et durant son séjow dans cette province et dans le Pont dont l'empereur lui avait confié le goovemement^ mais bien que ces lettres renferment plus d'ufne particularité intéressante pour la connaissance de l'état intérieur de ces provinces et la condition de leurs habitants , on n'y trouve rien qui appartienne à la géographie proprement dite. Les voyages de Trajan lui-même en Asie-Mineure, lorsque trois ans plus tard (en l'an 106) il se rendit sur l'Euphrate pour y faire la guerre aux Partbes , et ceux de son successeur Hadrien dans un espace de dix années à partir de l'an 120, nous auraient sûrement fourni des faits intéressants, si les historiens nous en eussent conservé le détail, et surtout si l'histoire qu'Hadrien lui-même avait écrite de sa propre vie était arrivée jusqu'à nous. Cette perte n'est pas la seule que nous ayons à déplorer. Phiaieurs auteurs grecs avaient écrit l'histoire spéciale de quelquesunes des provinces de la Péninsule; et l'on sait combien ces monographies historiques renferment ordinairement de notions instructives que doivent écarter les récits plus rapides de l'histoire générale. C'est ainsi qu'outre l'histoire de la Bitbynie composée par Arrien de Nicomédie, dont il sera question tout à l'heure , il est fait mention d'un certain Kapitôn de Lycie, qiii avait écrit sur sa patrie, sur la Pamphylie, et en outre l'histoire de risaurie en huit livres (0.
Le second siècle fournit cependant encore à l'ancienne géographie de TAsie-Mineure deux documents plus importants que les pages de Pline et de Mêla : le portulan de la côte septentrionale connu sous le nom de Périple d' Arrien , et la géographie de Ptolémée.
Arrien , l'auteur du Périple du Pont-Euxin , était gouverneur de la province de Cappadoce et du Pont sous le règne de l'empereur Hadrien , à qui le Périple est adressé en forme de lettre; on rapporte à l'an 157 de notre ère, ou à une époque très-voisine, la date de ce document (2). L'auteur y donne d'abord, sous
* Suidas, você Kamitôv.
« Tillemont, Hist. des Empereurs , t. Il, p. 249; Dodwell, Dissertatio in Arrianum^ dans les Geogr. Grœci Min, d*Hudson , t. III, et dans l'édition de WUl. Homnami, lipHœ^ 1842, ln-8, p. 5; DisiertaHon en Arrian'f
la forme d'an rapport ofaciel , le récit d'une tourné© qu'il vient de faire par mer le long des cotes orientales du Pont-Euxin, depuis Trébizonde où il résidait, jusqu'à Dioskourias, inspectant les postes que les Romains avaient le long de cette côte, pas^ sant les troupes en revue, distribuant la paye aux soldats, etc. Puis immédiatement après ce rapport, et sans aucune transition (du moins dans Tétat où le Périple nous est parvenu) , Arrien passe à la description de la partie des côtes de la Péninsule qui est comprise entre Byzance et Trébizonde. C'est cette portion du Périple qui appartient directement à notre objet actuel : mais on ne voit pas aussi clairement que pour la première partie qu'elle soit le fruit des observations personnelles de l'auteur du rapport; ou plutôt on ne saurait douter qu' Arrien n'ait fait ici que répéter les renseignements qu'il trouvait consignés dans les nombreux portulans qui existaient de cette côte depuis celui de Scylax, leur premier modèle. Quoi qu'il en puisse être à cet égard, cette partie du Périple est très-circonstanciée; c'est le plus détaillé de tous les documents nautiques que l'antiquité nous ait laissés sur la partie de l'Asie -Mineure baignée par le Pont-Euxin.
Le Périple d'Arrien est écrit en grec, et les distances y sont marquées en stades. Il peut y avoir des doutes sur le module de stades employé*, tantôt (et c'est le cas le plus ordinaire) les intervalles marqués dans le Périple accusent des stades olympiques de 600 au degré , tantôt des stades d'un module plus court. Ce qui est certain, c'est que quel que soit le module de stades que l'on adopte, que ce soit le stade olympique, ou celui de 700, ou tout autre , il ne correspondra pas également et constamment aux distances effectives de la côte , telles que nous les indiquent les meilleures cartes modernes basées sur les relevés hydrographiques de nos officiers de marine. Quant à noas, l'application très-attentive que nous avons faite, le compas k la main , des chiffres du Périple è la carte du capitaine Gauttier et à la grande carte prussienne de M. Kiepert, ne nous a
Peripltu ofthe Euxine Sea^ à la suite de la version anglaise du Périple publiée à Oxford, 1805, in-A, p. 24. Nous avons comparé au texte d'Hoffmann, pour les distances , celui qui a été inséré dans le récent Recueil des Jtiné" raires anciens publié par M. Miller. Paris, 1845, in-4» p* 389.
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pas laissé le moindre doule sur les deux points suivants : — premièrement, Arrien a noté ses distances en stades olympiques, dont huit correspondaient à un mille romain ; — secondement, les mesures du Périple ont été prises non par terre , mais par mer : ce sont des relevés faits par les navigateurs côtiers, rien de moins, rien de plus. Or, ces relevés ayant nécessairement été faits en temps , et réduits en stades par estime , Ton doit s'attendre à trouver dans ces chiffres l'irrégularité qu'un tel procédé comporte inévitablement , alors surtout qu'il s'agit de parages dont la navigation est aussi inégale et aussi difficile que celle du Pont-Euxin.
Arrien, outre la description de cette mer, avait écrit beaucoup d'autres ouvrages estimés des anciens pour les qualités du style et Texaclilude des recherches (0. Le temps a respecté son histoire d'Alexandre, que l'on a trop exaltée aux dépens de celle de Quinte-Curce -, mais il nous a privés de l'histoire des successeurs du conquérant macédonien qu'Arrien avait également écrite, ainsi que de son histoire des Parthes,de l'histoire des Alains , et de celle de la province où il était né, la Bithynie. A en juger par la propension naturelle de son esprit et la direction de ses études, Arrien avait dû introduire dans ces différents ouvrages beaucoup de particularités géographiques qui nous seraient précieuses aujourd'hui.
Les bibliothèques de l'Europe possèdent plusieurs anciens portulans du Pont-Euxin analogues à celui d'Arrien. Ces différents périples ont été imprimés, et les savants les ont longuement commentés ; mais ils n'offrent que bien peu d'intérêt pour l'histoire géographique de l'Asie-Mineure. On peut voir d'ailleurs les détails où nous sommes entrés dans notre Introduction générale, sur ces monuments secondaires de l'ancienne géographie W.
II en est un autre qui fournit pour la côte méridionale de la Péninsule des détails analogues à ceux qu'Arrien et les autres périples donnent pour la côte septentrionale : c'est le portulan grec anonyme trouvé au commencement de ce siècle dans la Bibliothèque royale de Madrid, et qui est intitulé : Stadiasmede
^ On en peut voir la liste dans Tillemont, Hi$t, des Emper, , t. Il, p« 271« » Gt-dessvs, 1. 1", HisU générale de h Géographie,
pÉAiPLE d'ahrien. stadiashe. 421
la Grande Mer^ titre que Ton pourrait traduire par Guide des Navigateurs dans la Méditerranée, Plusieurs critiques ont savamment analysé ce périple pour y découvrir des indices de l'époque de sa rédaction , et leurs recherches n'ont abouti à aucun résultat certain. L'on conçoit en effet qu'il est difficile d'assigner une date positive à des documents de cette nature , basés généralement sur des portulans anciens auxquels chaque siècle ajoutait ses corrections et ses modifications. M. Letronne s'accorde avec M. Gail fils, qui le premier a donné une édition critique du Stadiasroe, à en regarder la rédaction actuelle comme appartenant au quatrième siècle, peut-être à une époque encore plus rapprochée, mais en y reconnaissant une foule d'indices de matériaux beaucoup plus anciens (0. Le Stadiasme renferme des indications nautiques et géographiques plus circonstanciées que celles des périples antérieurs qui nous sont connus; mais l'utilité dont pourraient être ces indications est beaucoup diminuée par l'état de corruption dans lequel s'est trouvé le texte de Madrid , le seul que Ton ait jusqu'à présent de cet intéressant document. Cette altération du texte porte à la fois sur les noms et sur les distances; et malgré les observations et les estimables travaux des Gail fils, des Letronne et des Miller, le Stadiasme attend encore un éditeur qui le soumette à une épuration plus rigoureuse , non-seulement par l'étude intérieure du texte lui-même et son rapprochement des autres textes anciens, mais aussi, et wrUmt^ par sa confrontation perpétuelle avec le local même. Il est vrai que jusqu'à ces derniers temps, les secours nécessaires pour cette confrontation étaient loin d'être suffisants, et aujourd'hui encore, malgré les publications des explorateurs récents, il est un grand nombre de points réservés à l'examen des futurs voyageurs.
Le Stadiasme continuait la description de la côte occidentale de la Péninsule , et celle de la côte septentrionale sur la Propontide et le Pont-Euxin ; mais ces deux dernières parties manquent dans le manuscrit de Madrid.
La Géographie de Ptolémée appartient au milieu du second siècle ; elle est conséquemment postérieure de quelques années
* Letronne, dans le Journal des Savants, févr. 1839, p. 11 4.
42S àsiE-MiMBcme. [2* siècle âp. j.-c.
à l'époque où Arrien rédigeait son Périple du Pont. L'Asie-Mineure y est traitée dans un assez grand détail. Mais ce déuii consiste seulement en listes de noms de lieux rangés sous le titre de chaque province , et non en une description suivie comme celle de Strabon. 11 est vrai que les indications de latitude et de longitude étant jointes à chaque nom , il semble au premier aspect qu'une nomenclature si rigoureusement déterminée doit fournir un moyen sûr autant que facile de reconstruire la carte ancienne de la Péninsule, et d'y raccorder les nombreui détails fournis avec moins de précision par Strabon et par les autres documents antérieurs ou contemporains. Mais cette appa^ rence de précision rigoureuse s'évanouit bien vite devant un examen plus attentif. Pas UM 9euU des prétendues déteraiiDatiens astronomiques de la géographie de Ptolémée n'est foudée sur lobservation directe ; et loin de pouvoir servir à coordonner les indications topographiques fournies par d'autres auteurs, ce n'est au contraire qu'avec le secours de ces auteurs et celui des monuments que l'on est arrivé à appliquer sur la carte une partie au moins des noms fournis par les nomenclatures du géographe alexandrin. Une carte uniquement construite sur les listes de Ptolémée et au moyen de ses chiffres de latitude et de longi* tude présenterait à l'œil le plus étrange chaos qu'il soit possible d'imaginer. Non-seulement ces indications , prises en masse et dans leur ensemble, sont fort inexactes, toutes les latitudes au* dessus de 36* degré étant rejetées trop au nord , et toutes les longitudes beaucoup trop à Test-, mais il est très-peu de positions de détail qui , prises deux à deux , conservent leur véritable place et leur situation relative. Les lieux que les cbiffires de Ptolémée indiquent comme très-voisins , sont souvent fort éloignés ; très-fréquemment ce qui est au nord est transporté au sud, ce qui est à l'ouest est reporté à l'est, et réciproquement. Nous avons exposé ailleurs la cause générale de cet inextricable bouleversement (0. Ce qui devait, dans la pensée de Ptolémée, assurer à la géographie un caractère tout particulier d'exactitude, est précisément ce qui a perverti et dénaturé pour nous l'exactitude des matériaux qu'il avait réunis et qu'il a mis en
* Dans rjotroductioo générale qui forme notre tome I*'.
ASIB-MINIORB MB PTOLÉMÉE. 4S3
œuvre. Comme ces matériaux, au moins pour l'intérieur des terres, ne se composaient à peu près exclusivement que d'iti'* néraires, où Tintervalle des lieux était donné soit en temps, soil en stades , soit en mesures locales , on se rend aisément compte du procédé de réduction employé par le géographe-astronome pour ramener toutes ces indications de distances à leur valeur correspondante en degrés de la sphère terrestre ou en parties de degrés ; mais pour procéder avec quelque exactitude dans cette transformation perpétudle d'éléments itinéraires en valeurs astronomiques, il eût fallu un degré d'attention, de critique et de sagacité géographique dont il ne parait pas, en ceci du moins, que Ton puisse faire honneur à Ptolémée. Pour nous en tenir à TAsie-Mineure , il est évident qu'il a eu à sa disposition un nombre considérable d'itinéraires ou de routiers qui sillon*naient la Péninsule dans tous les sens ; mais il est bien évident aussi que dans l'emploi de ces itinéraires il n'a pas même songé à en fixer les points principaux par leur combinaison préliminaire, ou que s'il le tenta, ce fut avec un manque d'habileté que l^on a peine à comprendre. S'il eût préalablement assujetti ses lignes de routes en les faisant converger vers les points communs où elles s'entrecoupaient, il les aurait maintenues du moins dans leurs positions relatives , et ne les eût pas aussi étran«* gement déplacées qu'il l'a fait. 11 est sans doute étonnant que Ptolémée soit resté étranger à une notion si «mpki , si élémentaire, ou que du moins il l'ait négligée : mais il n'y a rien à objecter à l'évidence du fait. 11 est hors de doute que dans la rédaction de ses tables , l'astronome d'Alexandrie a opéré iso-* lément et successivement sur chaque itinéraire, sans s'inquiéter de leur dépendance ni de leurs corrélations. Ces itinéraires , ramenés à leur forme première , nous seraient mille fois plus utiles que les tables informes où ils ont été fondus et décomposés; et celui qui essayerait aujourd'hui cette restitution presque divinatoire , mais que nous ne croyons pourtant pas impossible, rendrait à l'ancienne géographie un des plus grands services qu'elle ait reçus de la critique moderne. Peut-être quelque sa-* vant entreprendra-t^il un jour cette tâche herculéenne, dont les difficultés ajouteraient à l'honneur du succès. Ce travail de restitution serait aidé jusqu'à un certain point
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par les monuments de Tépoquc romaine qui nous sont parvenus sous le litre d'Itinéraires, Itineraria Romana. Ces itinéraires donnent le relevé des grandes routes ou voies militaires qui traversaient les provinces de l'empire, avec l'indication sur chaque route des lieux de station ou d'étapes, et celle de la distance en milles d'une étape à l'autre CO. Quoiqu'un usage maintenant universel ait attaché le nom d'Antonin au recueil où ces itinéraires sont réunis, et que par conséquent on semble s'accorder à en placer la rédaction au second siècle de notre ère , vers l'époque même de Ptolémée, il ne faudrait pas regarder cette indication comme déterminant une date précise. Une telle précision ne convient pas plus à ces livres de routes qu'aux portulans de la même période dont nous venons de nous occuper. Les uns et les autres appartiennent à une époque , non à une année déterminée. Il est plus que probable que la première rédaction des Itinéraires remonte aux temps de Jules César et d'Auguste, sous lesquels fut commencée et terminée la grande opération du mesurage de TEmpire; et sans doute de nouvelles copies de cette première rédaction étaient faites sous chaque empereur avec les additions, corrections et modifications qui avaient pu survenir depuis l'édition -précédente. Si l'on comparait, de dix ans en dix ans, nos livres de poste ofiiciels, on y trouverait d'édilion en édition des différences analogues.
La disposition et le choix des routes consignées dans les itinéraires d'Antonin suffiraient seuls à en montrer la destination essentiellement militaire. A la seule exception d'une ligne tracée depuis Abydos, sur l'Hellespont, jusqu'à Laodicée en Phrygie, par Ilium, Troas, Adramyttium, Pergame, Thyatire, Sardes et Philadelphie , ligne qui avait sûrement une destination administrative, toutes les routes indiquées par l'Itinéraire en Asie- Mineure appartiennent à la partie orientale de la Péninsule, là précisément où la sécurité d'une province frontière obligeait d'entretenir des garnisons à poste fixe , et de veiller à la facile communication d'une place à l'autre. Les principaux postes intérieurs , à en juger par le nombre des voies militaires qui rayonnent de chacun d'eux, étaient Ancyra^ chez les Galates,
< Bergicr, Histoire de$ grands chemins de l'empire romain^ Ut. IH, cb.O*