KO. EL-Ilt-VU
PERSONNAGES
POINTU, professeur.
EDOUARD , tailleur et amant d'Eugénie.
MARGUERITE , couturière.
EUGÉME, fille de Marguerite.
SUZANNE, choriste.
Ux Huissier.
Un Cleuc d HCissiEn.
Un Valet.
Un Exfaxt.
La scène se passe dans une ville de Flandre.
Les exemplaires ayant été déposés , conformément la loi , je poursuivrai tout contrefacteur.
iFiaiiî^A(ei
Au dire de la plupart de mes Souscripteurs , il faut uns préface à mon PoinUi; mais ces messieurs raisonnent et jugent en personnes qui ignorent fjue cet objet m'embarrasse plus que n'a fait la coniposilion de toute la pièce. Je voulus en vain la commencer, jamais je ne pus parvenir à lier mes idées ; non pas que je n'aie rien à dire au lecteur, au contraire, c'est juslemeiil parce que j'ai beaucoup à dire que je ne sais avec quoi débuter, et je crois que MM. les cxigeans eussent du s'en passer si , heureusement pourcuv , ne m'eut indiqué à peu prés la marche que j'avais à suivre. Malgré cela , je crains encore de m'embrouiller, et, pour éviter un désordre inutile , je vais , lecteur, tâcher de me rappeler notre entrelien, pour vous en faire part; mais en le lisant ayez toujours en vue que si je vous ennuie, c'est parce qu'on la voulu.
Que faire, l'.ii dcmandai-je , chacun ventune préface à Pointu? — Contenter les souscripteurs et en composer une. — C'est bienlôt dit , mais moi, je ne sais par où l'entamer. — Comment ! tu penses donc qu'il n'y a
dans ta pièce rien dont on puisse te demander conipte ? Moi d'abord , je réclame de toi l'explication du titre un ménage fransquillon ; qu'enlends-tu par ce terme ? — J'interprète ce mot comme tout le monde : un fransquillon est Ici rebut de la France dont la forfanterie et le charlatanisme, trop bien connus dans son pays, le contraint de s'expatrier; quelquefois c'est un échappé des mains de la justice et le plus souvent un maîlre-chevalier d'industrie. Alors les contrées voisines ont à supporter ses excursions, ses escroqueries; mais il choisit de préférence tel pays qui lui oITre une protection , un soutien certain , et la trop confiante Belgique est sonrefuge favori. C'est là , que par un nouveau lissu de duperies , il signale sa présence , et mal arrive à l'audacieux qui ose lui faire face, l'une ou l'autre défaveur vient aussitôt lui apprendre qu'un fransquillon a toujours un ami puissant qui , pour prix de sa protection , reçoit l'encens du protégé. — Envisages-tu de cet œil tous les Français qui habitent la Belgique ? — i>ieu m'en garde , j'estime l'honnête homme de quelque pays, de quelque secle qu'il puisse être, et un probe Français, loin des lieux qui l'ont vu nailre , je le respecte d'autant plus que l'espèce en est rare. IS'éanmoins, tout Français , qui n'est point charlatan et qui n'est point contraint de fuir son pays par raison de dépravation de conduite, n'a nullement besoin de le quitter, vu que le talent réel y est apprécié au moins tout autant qu'il pourrait l'être ailleurs. — A quelle classe appartient celui dont tu vas nous offrir le portrait? — Je voudrais qu'il appartint à la seconde, mais il appartient à la première.— Tu n'as certainement pas confondu avec ton Pointu deux individus qui tiennent pension, l'un rue Terre-Neuve, l'autre rue Vieux-bourg. — Je n'en ai point parlé , malgré qu'ils soient amis de certain fransquillon qui s'est attendu à voir paraître son portrait avant que de le connaître , et que le proverbe dise : qui s'assemble se ressemble ; ces deux personnes me font pitié : l'une se souvient trop de soaprincipalat ad — in-
terim qu'elle trame à ravoir , l'autre est assez sotte pour ne pas voir qu'en dépit du crédit dont jouissent les fransquillons, son établissement ne fera pas grande fortune, car tôt ou tard le cliarlatanisme en sera découvert. — Qu'as-lu dit d'un e\-professeur de malhémaliquos supérieures et de mécanique céleste , membre-président de la fjent-fransquiilonne. — Son incapacité, sa nullité complète n'est que trop bien connue pour que je veuille lui sacrifier quelques lignes , il n'a du talent que pour se faire dôlcr de quelque bonne dorizelle. — Toutes ces questions m'éloigncnt du point principal ; que signifie ta pièce ? — Quand tu l'auras lue tu me le diras. — Fais alors la préface comme tu rcntcnds. — Ah! tu veux m'aider à la faire ? dans ce cas, je me rends. Le fond de la pièce est historique, le troisième acte surtout ne ment mot ; le domestique qui y parait est le même que j'ai envoyé à M. Pointu pour m'assurer s'il habitait avec Suzanne. — Quel est ton but? — Dp. présenter au public le portrait d'un petit chevalier d'industrie pour le mettre en état de découvrir plus aisémput les grands qui sont sous la protection de la police. — Tu parles de la police comme si tu avais à l'en plaindre. — Parbleu , je n'ai point à m'en louer. Ayant vu disparaître toutes les afïichesqui annonçaient la prochaine apparition de mon petit ouvrage , j'adressai une plainte , munie de quelques noms et témoins, au commissaire de mon quartierqui mepromit une prompte satisfaction, mais depuis ce temps je n'en ai plus oui parler. Ce n'est point là le seul désagrément que j'aie dû endurer ; j'ai eu le chagrin de voir des Belges se fransquillonniser. — Pour ceux-là , je te conjure , dans l'intérêt de ta pièce , de les laisser tranquilles ; c'est plutôt la crainte de se voir figurer à côté de M. Pointu qu'un empressement amical qui lésa fait agir. — Ainsi, tu ne veux pas que je cite ceux qui ont contribué à corrompre mon premier imprimeur ? — Non , quand lu voudras les attaquer , plus tard tu trouveras toujours assez de matière. — C'est bon , je ne dis plus mot. — Comment vas-tu faire ta préface? — Ne
m'en demande plus rien.— Soit, fais comme bon te semble.
Voilà à peu près, lecteur, ce que je puis me rappeler de notre entretien , nu moyen (iu(iiicl il ne me reste plus grande (liose à vous dire. Quelques personnes m'en voudront peut-être, pour avoir fait démon Pointu un liomtnc employé à linstruction j)ul(lique , et m'accuseront de causer de rimrnoralilé , mais, si des individus send)lablcs remplissent une pareille charge, ce n'est point à moi qu'on doit s'en prendre. Kt vous, lecteur, qui me direz que je ne vous offre qu'un portrait imparfait de fransquillon , j'approuverai votre raison , mon excuse sera, que j'ai voulu m'arrcler particulièrement à (|uelques aventures arrivées à Pointu. Cependant, si cet essai est bien accueilli , je m'etnpresserai de réparer mon tort; je fis l'année dernière une petite pièce qui n'a point parue, et en refondant les personnages j'aurai nn ivansquillon complet , sortant de la crotte par un forfait et se maintenant dans son élévation par les mêmes moyens qui l'y ont élevé; mais, il faut que je vous dise frandiement que les frais d'impression sont des frais que je paie peu volontiers.
ou tIV mNAGE FRANSOriLLON.