SCÈNE m
Les Mêmes , POINTU.
POINTU , frappant à la porte.
Holà ! quelqu'un !
EUGÉNIE
Entrez !
MARGUERITE , allant onvrir.
Il faut ouvrir d'abord. [Pendant ce temps, Suzanne cherche à se remettre.)
POINTU (1) entrant.
Pardon , mesdames, je viens peut-être vous déranger.
(1 5 Pointu est habillé d'une ledingolte gris-blancliâtre , d'ua mauvais pantalon et de bottes un peu décliirées, il poi'le a la isaio uu mouchoir, uuué à uu bàlon , coutenant c^ueli^ues Dtppes.
ou UN MÉNAGE FRANSQUILLON. 13
MAnGTEUITE.
Du lout , monsieur. {Pointu dépose ses effets sur une chaise.) Puis-jc savoir quel sujet vous amène ici ?
POI>TU
Est-ce à la maîtresse de la maison que j'ai l'honneur de parler?
MAÎtCrERITE.
Oui , monsieur , pour vous servir.
roiXTU.
Vous avez un quartier à louer.
filARGlERITE.
Et qui est très gentil.
POINTU
Pourriez-vous vous accommoder de moi pour locataire?
RiAUGLCr.ITE.
Avec plaisir monsieur; désirez-vous le voir?
POINTU
Il n'en est pas besoin , on m'en a dit assez.
MARGUERITE
Cependant monsieur , il ne serait pas convenable de...
POINTU
C'est inutile, vraiment; dites-moi votre prix.
Eh bien, monsieur, puisque vous êlesaussiaccommodant, nous nous entendrons aisément, et dés ce moment je vous envisage comnte une personne de la maison.
l'OiNTU
J'en suis , madame, on ne peut plus charmé.
J-.IARGUERITE.
Je vous présente ici ma fille , (Bas à Eugénie.) salue donc , il faut toujours qu'on te le dise {Haut.) la seule enfant que je possède ; puis madame Suzanne attachée au grand-théàtre et qui depuis longue date habile avec nous.
POINTU, à Suzanns.
Madame est attachée ?u grand-théàtre ?
{La mère parle bas à Eugénie.)
SUZANNE
Oui , monsieur.
14 BIONSIEUR POINTU
l'OINTr.
Je me crois licnreuv que le hasard me procure volrc connaissance, car j'aime les belles lettres.
SIZA>">E.
Vous avez peut-être de l'intérêt à les aimer.
POIMU.
Air. :
Pepuis vin^l ans ]e les pratique , Et même je suis protcsseur.
Monsieur l'étal est magnifique, Il ofi'rc plus d'une douceur.
PDtNTU.
IVIais stiriont IorS(|ue la nature.
Vous accorde div,is talents ; Qu'elle vous comble sans mesure.
De ses dons les plus excellents.
SrZA>>"E.
C'est vraiment un grand avantage.
Chacun ue le possède pas.
POINTU
Je ne veux point me rendre liommage.
Je trouve ce nii-tier trop has.
On en voit peu de mon mérite, Personne ne m'a surpassé.
SUZANNE
A le croire point je n'Iiésite , \otre extérieur l'annonce assez.
POINTU
J'aime fort la modestie.
SUZANNE
Je ne la hais pas.
POINTU
Sur ce point , comme en tout , je vois que nous nous accorderons parfaitement.
SUZANNE
II vaut mieux de s'entendre que de ne pas le faire.
MAr.GLEUiTr: , bas à Eugénie.
Ce monsieur me parait aimable.
POINTU , « Suzanne.
Il n'est rien que je déteste autant que ces êtres qui ne s'occupent que d'eux.
ou UN MÉNAGE TRANSQUILLON. 15
SCZAN.NE.
Ils sont insupportables.
EiGK.ME, bas à Marguerite.
Il se familiarise assez vite.
roiNTU , ô Suzanne.
J'aurai le plaisir de vous voir souvent ?
SUZANNE
Pourquoi pas , puisque nous serons voisins.
aiAUGVEKITE.
Pardon, monsieur, si j'interromps votre conversation; n'êtes-vous pas Français ?
POINTU
Si fait, madame , je suis dArras.
Atr. :
Oui, ]a suis nalif lie la Fiance ; J'ai là , coule mes pi-emiers Jours.
Apiès, par goût d^ la scieuce.
Je Miulus voir rraulics séjours.
C'est lie mes vovaj;es la source , Biais puis>|u'asse2 j'ai réussi, Je veux iiuir ma longue course Et Di'etaLlir en ces lieux-ci.
Nous sommes alors compatriotes.
POINTU
Cela me procure d'autant plus de plaisir; mais, pardon , je dois encore m'absenler pour quelques instans ayant des courses à faire en ville que je terminerai le plus tôt possible pour venir vous retrouver.
MARGUERITE
Je serais peinée de vous voir déranger pour nous , on vous ouvrira à l'heure qu'il vous plaira.
POINTU
Je ne tarderai pas long-temps à revenir; mesdames, je ne vous dis pas adieu.
SJARGUERITE.
A tantôt, monsieur... j'ai déjà oublié votre nom.
POINTU
Je ne crois pas vous l'avoir dit ; je m'appelle Pointu. Au revoir mesdames.
MARGUERITE
Au revoir, M. Pointu.