‹ Histoire des délassements-comiquesChapitre 31 sur 118 · I>OI>TU · texte numérisé non relu

I>OI>TU

Eh bien , si cela est, son début ne fut point honorable , cnr c'était alors à lui que l'administration de Mezeray fit un jour un affront public.

SUZANNE

Bien à tort , elle fit en cela preuve d'ignorance : puisqu'on l'avait annoncé et répété trois fois on devait lo représenter.

POINTr.

On l'a jugé indigne de voir le jour et le publie éclairé en a été satisfait.'

srzA\>E.

Dam! ça ne prouve rien; si ce même public eût été moins aveugle cette fois, il ne se fût point contenté de l'opinion partiale de quelques acteurs, il eût voulu juger lui-même.

POINTU

Tu connais donc la pièce?

SrZANîS'E.

Ce n'est point un chef-d'œuvre, mais elle démontre que l'auteur possède de ces talents, qui, s'ils étaient encouragés, pourraient briller un jour.

poii>Tr.

Pour quelle raison l'a-t-on donc rejetée ?

SIZA>KE.

Eh bien, parce qu'il ne sait pas ramper, qualité à la mode aujourd'hui , mais qui ne convient qu'à un esprit bas et vil.

POINTU

3e ne sais, il m'a l'air un peu malhonnête.

SUZANNE

Il le paraît à ceux qui ne le connaissent pas.

Air :

Il est franc, sincère et fîdeUe A ceux qui .sont de ses amis.

Daus sa malliciireiise cervellfr , Se gravent tous ses ennemis.

Il est rancuiieiix t;n diable,

ou UN MÉNAGE FRANSQUILLON. 41

Reliont le mal comme le bien ; Sauf ce défaut il est aimahle ; Au vice il ne pardonue rien.

POIATU.

Ce don lui sera plus nuisible qu'avantageux.

SUZANNE

Assez parlé d'autrui, revenons à nous. Que vem-lu que je fasse de ces papiers que tu m'apportas hier ?

POINTU

Bah ! c'est l'ouvrage de mes élèves.

SUZANNE

Ah! je comprends; que tu vas corriger, n'est-ce pas. mon ami ?

POINTU

Parbleu! je m'en garderai bien, la ville ne me pale pas pour de pareilles bétisses.

SUZANNE

Qu'en faut-il donc faire?

POINTU

Les vendre quand tu en auras un tas.

SUZANNE

Et si tes supérieurs parviennent à le savoir?

POINTU

Ne t'en inquiète pas , fuis ce que je te dis.

C'est bon, je le ferai. Sais tu bien que je dois aller au marché ce matin ?

POINTU

Vas-y , je ne te retiens pas.

SUZANNE

Oui , mais avec quoi?

POINTU

Belle demande!., avec ton chapeau , ton châle et ton panier, comme à l'ordinaire.

SUZANNE

Et de l'argent.

POINTU

Tu auras crédit.

SLZASNE.

Pas pour un sou.

POINTU

OÙ est ma redingolte... je m'en vais.

SUZANNE

Donne-moi d'abord de l'argent, pour que je puisse le faire à diner.

Je... je ne dine pas aujourd'hui.

SrZANNE.

Cela ne m'empêchera pas à moi d'avoir faim.

POINTU

M'aimes-tu ?

SUZANNE

Je le pense.

POINTU

Eh bien! quand on aime on vit d'amour.

SUZANNE

Alors , je préfère ne pas aimer.

POINTU

Au fait, soit, dinons, que nous feras-tu ?

SUZANNE

Tout ce que tu voudras.

POINTU

Tu nous feras... tu nous feras... un bon potage... un rôti de veau... un pigeonneau... une côtelette de mouton... puis quelques légumes bien assaisonnées, et puis...

SUZANNE

Et puis continue, tu parles en homme qui se propose de ne pas dîner.

POINTU

Un professeur peut manger de tout cela.

Donne-moi donc de l'argent?

POINTU , fouillant ses poches.

Voilà... voilà... [A part.) Où ai-je mis mon argent? Ahl je le trouve. {Haut.) Voilà un franc.

SUZANNE

Un franc !.. tu mérites que je te le jette à la figure.

ou UN MÉNAGE FRANSQUILLON. 4S

POINTU

Tout doux, tout doux, ma petite femme, je le donne ce que j'ai.

SUZANNE

Tu parles en grand seigneur et agis en pauvre sire.

POINTU

Ta , ta , ta , ma petite bonne, ne te fâche pas... Vas au marché.

SUZANNE

J'y vais , mais tu mangeras ce que je t'apprêterai. Et toi, qui étais tout-à-l'heure si pressé départir, tu restes.

POINTU

J'ai tout le temps.

SUZANNE , prend son chàle , son chapeau et son

panier.

A tantôt donc, mon Sim\. (Elle va jusqu'à la porte et revient.) Tu ne demanderais seulementpas à m'erabrasser.

Je fen ai déjà tant donnés de baisers , que je n'y pensais pas; que je t'applique bien celui-ci sur le front... là... es-tu contente maintenant ?

SUZANNE

Oui. (Elle lui presse la main et sort)

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