I>OI>TU
Eh bien , si cela est, son début ne fut point honorable , cnr c'était alors à lui que l'administration de Mezeray fit un jour un affront public.
SUZANNE
Bien à tort , elle fit en cela preuve d'ignorance : puisqu'on l'avait annoncé et répété trois fois on devait lo représenter.
POINTr.
On l'a jugé indigne de voir le jour et le publie éclairé en a été satisfait.'
srzA\>E.
Dam! ça ne prouve rien; si ce même public eût été moins aveugle cette fois, il ne se fût point contenté de l'opinion partiale de quelques acteurs, il eût voulu juger lui-même.
POINTU
Tu connais donc la pièce?
SrZANîS'E.
Ce n'est point un chef-d'œuvre, mais elle démontre que l'auteur possède de ces talents, qui, s'ils étaient encouragés, pourraient briller un jour.
poii>Tr.
Pour quelle raison l'a-t-on donc rejetée ?
SIZA>KE.
Eh bien, parce qu'il ne sait pas ramper, qualité à la mode aujourd'hui , mais qui ne convient qu'à un esprit bas et vil.
POINTU
3e ne sais, il m'a l'air un peu malhonnête.
SUZANNE
Il le paraît à ceux qui ne le connaissent pas.
Air :
Il est franc, sincère et fîdeUe A ceux qui .sont de ses amis.
Daus sa malliciireiise cervellfr , Se gravent tous ses ennemis.
Il est rancuiieiix t;n diable,
ou UN MÉNAGE FRANSQUILLON. 41
Reliont le mal comme le bien ; Sauf ce défaut il est aimahle ; Au vice il ne pardonue rien.
POIATU.
Ce don lui sera plus nuisible qu'avantageux.
SUZANNE
Assez parlé d'autrui, revenons à nous. Que vem-lu que je fasse de ces papiers que tu m'apportas hier ?
POINTU
Bah ! c'est l'ouvrage de mes élèves.
SUZANNE
Ah! je comprends; que tu vas corriger, n'est-ce pas. mon ami ?
POINTU
Parbleu! je m'en garderai bien, la ville ne me pale pas pour de pareilles bétisses.
SUZANNE
Qu'en faut-il donc faire?
POINTU
Les vendre quand tu en auras un tas.
SUZANNE
Et si tes supérieurs parviennent à le savoir?
POINTU
Ne t'en inquiète pas , fuis ce que je te dis.
C'est bon, je le ferai. Sais tu bien que je dois aller au marché ce matin ?
POINTU
Vas-y , je ne te retiens pas.
SUZANNE
Oui , mais avec quoi?
POINTU
Belle demande!., avec ton chapeau , ton châle et ton panier, comme à l'ordinaire.
SUZANNE
Et de l'argent.
POINTU
Tu auras crédit.
SLZASNE.
Pas pour un sou.
POINTU
OÙ est ma redingolte... je m'en vais.
SUZANNE
Donne-moi d'abord de l'argent, pour que je puisse le faire à diner.
Je... je ne dine pas aujourd'hui.
SrZANNE.
Cela ne m'empêchera pas à moi d'avoir faim.
POINTU
M'aimes-tu ?
SUZANNE
Je le pense.
POINTU
Eh bien! quand on aime on vit d'amour.
SUZANNE
Alors , je préfère ne pas aimer.
POINTU
Au fait, soit, dinons, que nous feras-tu ?
SUZANNE
Tout ce que tu voudras.
POINTU
Tu nous feras... tu nous feras... un bon potage... un rôti de veau... un pigeonneau... une côtelette de mouton... puis quelques légumes bien assaisonnées, et puis...
SUZANNE
Et puis continue, tu parles en homme qui se propose de ne pas dîner.
POINTU
Un professeur peut manger de tout cela.
Donne-moi donc de l'argent?
POINTU , fouillant ses poches.
Voilà... voilà... [A part.) Où ai-je mis mon argent? Ahl je le trouve. {Haut.) Voilà un franc.
SUZANNE
Un franc !.. tu mérites que je te le jette à la figure.
ou UN MÉNAGE FRANSQUILLON. 4S
POINTU
Tout doux, tout doux, ma petite femme, je le donne ce que j'ai.
SUZANNE
Tu parles en grand seigneur et agis en pauvre sire.
POINTU
Ta , ta , ta , ma petite bonne, ne te fâche pas... Vas au marché.
SUZANNE
J'y vais , mais tu mangeras ce que je t'apprêterai. Et toi, qui étais tout-à-l'heure si pressé départir, tu restes.
POINTU
J'ai tout le temps.
SUZANNE , prend son chàle , son chapeau et son
panier.
A tantôt donc, mon Sim\. (Elle va jusqu'à la porte et revient.) Tu ne demanderais seulementpas à m'erabrasser.
Je fen ai déjà tant donnés de baisers , que je n'y pensais pas; que je t'applique bien celui-ci sur le front... là... es-tu contente maintenant ?
SUZANNE
Oui. (Elle lui presse la main et sort)