SCÈNE XIII
SUZANNE, POINTU
SUZANNE
Mon ami , on t'a demandé.
POINTU
Qui?
SUZANNE
Oh! ce n'est pas un créancier, il y a au contraire de l'argent à gagner.
POINTU
Dis-moi qui?
SUZANNE
Un valet m'a remis ce billet. Tiens, lis.
ou UN MÉNAGE FRANSQUILLON. M
POINTU
(Lisant bas.) Veuiilez-vous rendre ce soir à l'estaminet de... {A part.) suffit, j'en ai vu assez; je n'irai pas parce que le bourgeois de celle maison m'a cherché querelle pour avoir fait les yeux doux à sa femme. (Haut.) Qu'as-tu dit à cet homme ?
SUZANNE
Il viendra chercher la réponse demain matin. Qu'en dis-tu?
POINTU, contrefaisant le fâché.
Que c'est un piège qu'on me tend, on veut s'assurer si j'habite réellement avec toi.
Le penses-tu?
POINTU
Je ne le vois que trop clairement.
SUZANNE , à paît.
Changeons de conversation. [Haut.) Que t'a-t-on dit à la régence ?
POINTU
On m'a demandé si le bruit qui se propage en ville est vrai ; j'ai répondu , non.
SUZANNE
T'a-t-on cru?
POINTU
Je le crois parbleu bien ! Même on n'en a pas le moindre doute.
SUZANNE
Et tu garderas ta place ?
POINTU
Il n'y a pas d'apparence de me l'ôter, je suis en faveur mieux que jamais. Entre autres nouvelles, j'en ai appris une qui m'a charmé.
SUZANNE
Laquelle?
POINTU
Tu sais que Méphistophelès nous , je dis nous parce qu'il y avait plusieurs de mes confrères, nous a traité, il n'y a pas longtemps, d'une manière ignominieuse,
fiO MONSTEl'R POINTU
<|n'il nous a donné le beau titre de Fransquillon, eh bien ! il a changé d'opinion.
SCZANSE.
Changé !
POINTU
Oui, à notre avantage.
SUZANNE
Comment le sais-tu ?
POINTU
Plusieurs lettres lui avaient été adressées à mon égard, il n'a pas voulu les insérer dans ses méchantes colonnes, et il vient enfln de les renvoyer toutes à l'auteur de la chanson.
SUZANNE
C'est charmant cela.
POINTU
Je ne m'attendais pas à ce trait de sa part, surtout qu'il nous avait attaqués d'une manière peu indulgente et nous ne nous attendions à rien moins , qu'à nous voir figurer à l'article des boutades. Je suis tenté de croire que lesautorités s'en sont mêlées, puisqu'il n'a plus fait mention de nous.
SUZANNE
Il est probable.
Si je ne redoutais les railleries, je lui écrirais pour l'en remercier.
SUZANNE
Rien ne t'empêche de le faire.
POINTU
Je le ferai demain.
SUZANNE
Que je suis contente de voir que tout a tourné à notre avantage ! Tu ne me quitteras jamais , n'est-ce pas ? Embrasse-moi donc. (Elle lui saute au cou.) Tu ne m'aimes pas.
POINTU
Si fait, beaucoup. Il n'y a qu'unechose qui m'inquiète.
ou UN MENAGE FRANSQUILLON. (il
SUZA>KE.
Quoi?
POINTU
C'est que , vois-tu , on m'a fait entendre : si vous habitiez avec une femme , ce serait impardonnable, mais que vous ayez une petite mailresse en cachette, ce n'est rien, pourvu que le public n'en soit pas mêlé.
SUZANNE
Eh bien ! que veux-tu dire par-là ?
POINTU
Que j'en ai conclu, qu'il est prudent que nous nous séparions momentanément.
SUZANNE , se fâchant.
Nous séparer!., nous séparer !.. dis donc, est-ce moi qui t'ai séduit, t'ai-je demandé à demeurer avec toi?
POINTU
Non , c'est moi.
SUZANNE
Et tu oses me parler de séparation ?
POINTU
Je le prétends.
SUZANNE
Je ne le veux pas.
POINTU
Je l'exige.
SUZANNE
Elle n'aura pas lieu.
POINTU , regardant les meubles.
Il faudra faire le partage des meubles.
SUZANNE
Je les briserai , je les pulvériserai plutôt.
POINTU
Suzanne es-tu folle? Je te dis que nous ne nous séparerons que momentanément , jusqu'à ce que le bruit occasionc par celte maudite chanson ait cessé.
Air ; II faut tromper ma ilière Pfiidant quelques iostans.
D'un public li'op sévère ,