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Histoire des doctrines morales et politiques des trois derniers siècles

et politiques des derniers siècles, un aperçu remarquable; c'est un travail publié par Dugald Stewart dans l'En<^lopëdie Bri^inniqu^ et traduit fo|t habUenient par M. Buchon.

L ouvrage dont je donne en ce moment le volume qui embrasse la RenaissanoCi la Réforme, la ligue et la première des Révolutions modernes, se distingue, et par le sujet et par le but, de la belle publication du célèbre philosophe d!£cosse. Du|^ld Stewart ^ sous ç/^ titre dé Sciences morales, a surtout compris ce qu'en France nous appelons la philosophie; il ne s'est occupé des sciences politiques qu*autant quelles se confon^ daient avec son sujet* Je m'attad^Ç) au contraire i.essen* tiennent aux 'doctrines pofitiques et je prends les doctrines morales da^s l^ur sens le plus restreint et le plus précis; je n*aborde le pro^près de la philosophie et 1 état de la religion qu'autant qu'ils expliquent le progrès de la politique et de la morale^

Cependant nous différons encore, le célèbre Ecossais et moi,' sous un point de vue plus fondamental. Le voici.

L'histoire de la acienoe eit dans bi monmiieiii de h

science, et surtout dans les monumens écrits, dans les liTiea. L'histoire des sqifpo^ looidies el politiques des trois derniers siides est liiistoire des théories qui , pen^

dant cet espace de temps, ont régné parmi les savans, ont prévalu dans les éc<|les; et sans doute cette étude est À la fois importante et curieuse, puisqu'elle montre itux esprits spéculatifs le progrès qu'a fidt llntellîf^oe, la route qu'elle a parcourue , les obstacles ^u elle a surmontés, et les inéûiodes qu elle povna suivre pour attemdre à la solution des questions qu'elle débat encore. Il est pourtant, à mes yeux, une autre manière d'étudier les doctrines morales et politiques des derniers sièdes, et une 'manière plus curieuse à la fois et plus importante encore; c'est de s'attacher aux systèmes qui ont prévalu dans le nu>nde au même d^p^ qu a ceux qui ont régné dans les écoles. . ,

En effet, non-seulement les théories qui prévalent dans les écoles sont rarement celles qui régnent dans le monde ^ mais pnisque celles-ci nous gouvernent , qu'elk» font nos mœurs et nos destiniées, nos prospérités, et iios nuilheurs, il me semble qu'elles méritent de fixer notre attention principale; et; c est là }e but et Je sujet de ce livre.

Dans le prinàpê, la science^ la, théorie dès écoles, exerce une sorte d'empire et de dictature j son influence sur le monde ne peut, ne doit^^as être niée, et if monde, n'est à |K>n ^ni 'qu'une école d'app^icatipn. Mais dans le fait cès rapports et cette harmonie sont si rares, que le désaccord qui règne entre le monde

et réopioi entre les doçtnnes qui don^inent ici ^ cetteft qui domiiMiit là, est ordiimireniflii^ le mot d^ rémgme de bos destinées sociales* En effet, pour ne

citer c^u'un seul et frappant exemple, çe qui explique le diame numi et politise du smîènse du.dif-septîèr ne siècle, est prémément aussi ce qui ramena, c'eil4f

dire cette antithèse profonde qui régna entre les doctrines d'£rasine et de Cbai'lcs-Quint , de Morus et de

Henri YW^delMin <st de (klheriiiede Medî^ cette antithèse se perpétua, grosse de TÎoleDces et de

tempêtes , jusqu'à nos jours. Elle est là sous nos yeux, pleine djjsr^ de colère, ^pendue si^r loigite V£airope.

Séparer) ces deux séries de doctrines, ou bien rejeter les vqes pour s'occupa exduAivement des autrei^ c'est, à mes jeux, ae priver jlu mpyw 4® les app|n»> d«r les unes et les autres, d*€Q détenniner la ^lenr réelle. Pour savoir si les théories de l'Ecole sont iitiWft, si i^Ues sont autre cho^ qi»e de ^içriles ou dç cmidamuables utopies, c'est dans leurs rappofii çq|i» stans, cest dans leur lutte ou leur accord avec les doctriucs, 4^. inonde, qu'il faut sans cesse les cnrisa*» ger : qui.y^m iiae.'opinioii de quelque valeur doll sans cesse transporter devant * le tribunal de 'l*Ecole les maximes du monde, devant le tribunal du monde les théories de r£cole..fja seule scissiop des.dqçju^inie^ «mi(,peu,.de^ose$ ce qui est graTe et p^Ueux^c'e/it h scission des esprits , la scission des générations qui se trouvent en nçgard, la scis^on entre le présent et Tar vei||r $ et,tpii||0firs cseite autre scâssm d^JU pr^

mière, et toujours elle alimente non ^as quelque con« spiradon iecrite,^ honteuse de la çonsctence de ses méfaits, mais une, mais miHe conspirations publiques , glorieuses de la conscience de leurs lumières. Et c*est là qu'est le pëiiL On le sait» la tkëoriè de TEcole, pure, hardie, éabUme comme toute ér^tion, exerce sur le sentiment et sur l'intelligence un pouvoir légitime 5 on . * peut déserter et trahir ce pouvoir, mais il demeure établi dans la oonsdence comme un mahroi comme un yengeur providentiel. Il ne fant donc pas d)édttigner ce qu'on appelle communément les utopies de l'école, lyun autre côté, elles sont fhippées néanmoins de cette sorte de stânlitëi de monotonie et de mort morale, qui pèse toujours sur Fétude à Tétat de simple spéculation, et, sous ce rapport, les doctrines du monde ont sur elles une éclatante supériorité. Moins absolues et moins enivrantes de puveté, eHes sont plus variées, plus animées, plus fécondes; elles sont l'humanité en œuvre d'enfantement, et quelque grossières, quelque coupables qu'elles soient souvent, i> ne -faut les dédaigner * jamais : eHes sont eh possession dé l'enipiie. Faire l'histoire des sciences morales et politiques qui ont régné dans les écoles sans pénétrer dans le monde, c*est faire l'histoire d'une abstraction, beHe sans doute, mais frappée de stérilité; fkire rhîstoire des doctrines qui ont prévalu dans le monde sans obtenir la sanction de la science, c'est souvent &ire l'histoire d'une tristë et coupable réalité. Suivre, au contraire^ dans leur application , dans les conseils des princes , dans les débats des corps poUtiques et dans les destinées des peuples^.

eitqu à chacune de ses grandes époques l'humanité a conçu de plus élevé et de plus pur pour sa constitution «ocialè^i c*é8tv je croia, accooqplir une tàcbe plut utile et plus complèle^ G*eit la lAche ^e je me suis faite dans ce livre. Si elle a quelque chose de nouveau , ce n'est point par ce côté qu'elle in*a tenté^ elle a quelque apparence d'utilité^ c'est par là qu'elle m*a séduit.

Il ma paru même, si j'ose le dire, qu il y avait, dans la situation de l'Europe, une sorte d'uigence à considérer sou5.ce point de vue les doctrines morales et politiques des trois siècles qui ont fidt notré situation. Il ne faut pas se le dissimuler, jamais l'Europe na été plus partagée qu elle ne Test aujourd'hui| jamais les deux camps qu'y a jetés la Renaissance n'ont professé avec des convictions plus complettes deux systèmes plus nettement opposés^ et jamais temps n'a été plus que le nôtre gros d'orages de diéories et d'orages de faits. Heureux Téacmin qui, montrant ce qu'ont été nos doctrines depuis trois siècles, ce qu'ont été et la lutte qu'elles ont amenée et le progrès qu elles ont iùx isàiey apporterait quelques parole de conciliation aux deux camps. Et quelle autre autorité que la raison des siècles prétendrait- on faire valoir auprès de ces générations qui se précipitent dans le progrès politique, précédé ou non du progrès moralj avec un dédain si profond pour la rieOle expérience et une confiance si naïve dans les théories les plus fraîchement écloses? Quelle autre condamnation que la sentence des siècles prétendrait-on opposer à ceux qui, dominés par de chimériques préoccupations aussi, contes-

pn arrêter ni les Pliilippe II, ni lèt BidMlieÀ, id lo Louis XIV, ni tout ce que les temps les plus glorieux ont eu de maittes plus puissaas?

Paris, lommsisse.

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