FEUX, ap. Agobard, Li&. adv. Fe^ic, XIX
LA THÉOLOGIE LATINE sous CHARLEMAGNE. 531
de deux fils. Malgré eux, le dualisme de leur pensée reparaît : « Quia non per illumqai natus est de virgine visibilia condidit (Deus), sed per «V/m/w qui non est adoptîone sed geûere, neque gratiasednatura* ». « ^ttï suceptus est cum eo ^aj suscepit connuncupatur Deus — impassîbilis in suo, passibilis in aliéna ^, » Mais une fois l'homme en Jésus-Christ ainsi considéré d'une façon abstraite, à part du Verbe en qui il subsiste, il est naturel qu'on le traite comme un homme ordinaire et qu'on lui attribue la condition native et les impuissances de la pure humanité. Félix surtout a poussé à l'extrême ces conséquences, et s'est parfois exprimé comme l'aurait pu faire un Théodote ou un Paul de SamosatCi Ainsi, Jésus homme est par sa condition serviteur, «e/vw*, se/vas conc^ifio/iâî/zis, et le Verbe est le Seigneur de ce serviteur, de cet esclave, Dominus servi^ - Jésus ignorait vraiment et le jour du jugement et les choses sur lesquelles il questionnait * : il n'était en soi ni impeccable ni bon naturaliter : il Tétajt seulement ex dono gratiae '. Son adoption par la grâce n'a pas été essentiellement différente de la nôtre : elle n'a été que plus parfaite*. Comme nous, il a dû, après être né de la Vierge, renaître par le baptême', et il semble, dans un texte assez obscur, que Félix fasse même de Jésus
i. SymboL ftd. elip., col. 9«; cf. Éupand, Epiât. IV, 10.
2. FEUX, ap. Alccin, Adv. tel. lib. septem, VU, 3; v. H; ap. Aco- BARD, Lib. aàv. Fel., XIX. Cf. Paulin d'Aquilée, Contra Felic. UrgeL, III,
3. FEUX, ap. Alccim, Adv. Fel. lib. septem, lU, 3; VI, 3, 4; Êlipako, Epiai. IV, tO; Epist. epise. Hiàp. ad epise. bail., XI.
4. Fi^ux, ap. Agob^rd, Lib. adv. Fel., V; Paulin d'Aqvilée, Contra Felic., m, 12.
s. FEUX, ap. pAUUH,Conir. Fel., I, 30; lU, II; Alcoin, Adv. Felic. lib. septem, II, 18, V, 10;. VII, 8.
6. Alcoin, Libell. adv. haeres. Felic, XXXVI ; Epist. epise. Hisp. ad ep, Gall., IX ; Symbol, fid. elip., col. 917.
7i Aicui», Adv. Fel. lib.septem, II, 16; Epist. ad. Elip,, V, col. 238; Adv. Slip. lib. qvMtor,!, iQftxl.^'i,
5Sa HISTOIRE DES DOGMES.
un mort spirituel qui n'a reçu que dans son baptême sa filiation adoptive^. Bien plus, par soa union ayec le Yerbe, l'homme Jésus n'est pas devenu réellement Dieu : il Test seulement devenu nominalement; nurtcupatîve Deus ^. La grande loi de la communication des idiomes est oubliée, et le nestorianisme apparaît à nu dans des textes comme celui-ci : « Gerte catholica fides crédit quod non proprius Dei Filins qui de substantia Patris genitus estetper omnia Patri similis pro nobis traditus sit, sed homo assumptus ab eo ^. »
Les argum^its dont les adoptianistes appuyaient leur opinion nous sont connus par leurs écrits et ceux de leurs adversaires. C'étaient d'abord les textes de l'Ecriture qui désignent plus spécialement en Jésus- Christ l'homme ou le Dieu, «t qu'ils opposaient les uns aux antres comme marquant ou sa filiation naturelle ou sa filiation adoptive*. C'étaient ensuite <îes témoignages des Pères : saint Âmbroise, saint Jérôme,
1. Ap. Alcoin, Adv. Fel. lib. septem. H, 16. Félix réclame pour Jésus une double naissance, < primam videlicet quam snscepit ex Yirglne nascendo; secuadam vero quam iniliavit in lavacro a mortais resurgendo >. Voir la discussion d'Alcuin, ibid., i6-18.,
2. FÉLIX, ap. ÂLGDiN, Adv. Fel. lib.septem,XV, 3. Voici tout le passage, qui résume assez liien les vues de Félix : « Del Filius DominoB «t redemptor noster juxta humanitatem, sicut in natura ita etin nomine, quamTis excellentius cunctis electus, verissime tamen cum illis cornmunicat, sicut et in caeteris omnibus, id est, in praedestinatione, in electione, in gratia, in snsceptione, in assumptione nominis servi, atqne applicatione seu caetera bis simllia, ut idem qui essentialiter cum Paire et Spiritu sancto in anitate deitatis verus est Deus, ipse in forma humanitatis, cum electis suis, per adopUonis gratiam, deificatus tieret, et nnncupative Deas. » Cf. Alcoin» Ado. Fel. libri teptem, i,A; V, A;Epist. ad Elip., IH, col. 237; Paulin, Contra Felic, I, 41.
3. FÉLIX, ap. Agobard, Lib. adv. Fèlic, XXXVI : ^upahj», Epist.lV, 13.
4. Ainsi Prov., YIII,2S et suiv.; Bccii.,XXIV, 8; Psalm.CIX, 3;XLIV, 2; Isaîe, XLV, 23 désignent le Fils naturel. Au contraire, Marc.^ XUI, 32 ; Lue,, 1, 80; XVHI, 19 ; Matth., XVII, S ; loan., 1, 14 ; X, 38, 36 ; XIV,28 ; Bom., VIII, 29 ;/Cor»n<A., XI,3;PA«tpp., n, 7; Iloann., III, 2^ et plusieurs passages de l'Ancien Testament, Deuter., XVIII, IS; Psalm.a, S; XXI, 23; XLIV, 8;7Mite, XI, 3, 3, elc, doivent s'entendre du fila adoptif. V. par exemple £p>«f. episc. fftap. ad epite. GaU., IX, col. 1334-1326.
sainiÂ^gastm, saint iréoir, saînlr Isidore, etc. *. Il s'est faitj dans toute cette controverse, un étalage prodigieux d'ériiditionpâtristîquei Maiis, entre les autorités alléguées, Élipand faisait une placé spéciale aux textes tirés de là liturgie mozaràbique en usage à Tolède et dont 41 citaît huit passages *. Et ènim lès adoptianistes en appelaient au raisonnement. Le Christ, en lant qu'homme, disait Félix, à deux pères, Dieu etBavid; or, on ne peut être le fils naturel de dteux pères : le Christ homme est donc fils naturel de David, de qui il tient son humanité, et fils adôptif deDièu^. Et encore: Mavie éiaàtancilla; or « quid potuit de ancilla nasci nisi servus ? » *. Et encore : « Nulle modo credendum est ut'omnipotens Deus Pater qui spiritus est de semetipso carnem generet*. » Puis Félix insistait sur Tinter et sotériologique de sa doctrine. Notre salut, observait-il, se fait par la grâce de notre adoption comme enfants de Dieu. Or notre grâce est la grâce même de Jésus-Christ, et nous ne recevons rien, et l'Église ne reçoit rien que ce qui est dans son chef et le nôtre. Sî donc notre filiation est adoptive, c^st donc qu'il y a en Jésus-Christ aussi une filiation adoptive ; nous avons été adoptés en lui^. Mais du reste les adoptianistes qui
t. Èupxj(B, Epist.lV,8-iO) EpiBt.epise. Hiap.ad episc. Gall.,xni. Ces témoignages sont quelquefois mal rapportés et mal compris. ïl s'y agit de notre adoption à nous, eu bien les Pères prennent le mot aàoptio dans le sens d'assumptia. V. sur ce point J. Bach, op. cit., p. 104-106, notes.
2. Epist. IV, li j ef. Spiit. vpisc. Hisp. ad episc. GaU., XIÙ. On a pu identifier tous ces textes grâce à l'édition du Liber sacramentorum mozarabe deiEV. FéRonn. Plusieurs de ces textes ne viennent pas ad rem; d'autres doivent s'interpréter dsns le sens d'assumptia. On en peut voir la discussion' dans Alcdin, Adv. Elipand. libri quatuor , II, 7.