‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 294 sur 1102 · De synodis · texte numérisé non relu

De synodis

le Fils a la même essence, la même substance, le même être intime que le Père. Oûai'a désigne ce qu'il y a dans l'être de premier et de plus fondamental : il s'oppose aux caractères individuels et accidentels, aux <ru{jiêeêï}xÔTa qui viennent sy surajouter. De cette oùffia — il s'agit de l'oùffia concrète — le concile affirme qu'elle est la même numériquement (ôfxoç) dans le Père et dans le Fils : car c'est bien jusque-là que le concile est allé, bien qu'il n'ait pas fait là-dessus de déclaration explicite. Suivant les Pères, dit saint Athanase, le Fils doit être xaôtov tt} ôjxotwffsi ex tou Tratpo; ^.

Ce sont là, dans le symbole, les expressions qui portent. Quant à l'anathématisme qui suit, on y remarquera l'équivalence admise par le concile des mots omia et ÔTOsTaffiç. Pendant longtemps encore en effet, et jusque vers 362-370, les deux mots furent pris à peu près indifféremment l'un pour l'autre. L'autorité d'Origène, qui avait employé ^maxaaiq dans le sens de personne, n'avait pas suffi à rendre ce sens exclusif. Et en droit, d'ailleurs, uTroffTauiç reproduisait exactement le substantia des Latins. Oùdta était platonicien; ÔTCOffTadtç était stoïcien ; mais la signification fondamentede était la même ^.

§ 3. — Réaction eusébienne de 335 à 337.

Marcel d'Ancyre et Photin.

Constantin avait bien espéré que les décisions de Nicée ramèneraient dans l'empire la paix religieuse.

1. De deeretis, 20. L'explication de rô[xooû(Tioç donnée par Eusèbe dans la lettre à son église (Socrate, Hist. eccl., I, 8; Théodoret, Hist. eccl.,l, H) n'est que l'échappatoire d'un homme embarrassé :Ie mot a une tout autre portée que celle qu'il lui accorde.

2. V. BExanNE-BAKER, An introduction, etc., p. 233 et suiv. The meaning ofhomoousios in the Constanlinopolitan creed, Cambridge, 1901. p. 74 et suiv.

A.rius et les deux évêques réfracta ires , Secundus et Theonas, avaient été exilés. Quelque temps après, Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée le furent aussi pour avoir favorisé les ariens d'Alexandrie '. Mais l'empereur manquait de la persévérance nécessaire pour assurer l'œuvre de la pacification. Circonvenu par sa sœur Constantîa, arienne, il rappela d'exil, en 328, Eusèbe et Théognis, et peu après — en 329 ou 330 peut être, -^ sur une profession de foi absolument insuffisante 2 , Arius lui-même. Entre temps l'évêque d'Alexandrie,^ Alexandre, mourait, et on lui donnait, le 8 juin 328, Athanase comme successeur. L'orthodoxie avait trouvé en Egypte son défenseur inébranlable.

Cependant les eusébiens s'étaient ressaisis. Contre les définitions de Nicée un grand parti se forma, composé d'éléments passablement hétérogènes, mais reliés entre eux, comme dans tous les partis d'opposition, par cette opposition même. Les ariens purs y étaient en petit nombre : ne se sentant pas en force, ils se dissimulaient dans le gros de la troupe. Les indifférents, c'est-à-dire les ambitieux et les politiques , tenaient la tête; mais on y trouvait surtout beaucoup de prélats d'une doctrine indécise , origénistes et subordinatiens par éducation, redoutant par-dessus tout le sabellianisme qu'ils croyaient voir dans l'homoousios, théologiens médiocres à qui les termes clairs et les précisions faisaient peur. Ce sont eux qui libelleront cette interminable série de formules de foi demi-ariennes et demiorthodoxes dont il faudra parler, formules qui ne satisferont naturellement ni les orthodoxes ni les ariens.

Tant que vécut Constantin, la question doctrinale ne fut cependant pas directement agitée. Les eusébieris parurent respecter l'œuvre de Nicée : ils cherchèrent

i. Théodoret, Hist. eccL, 1, 19; Sozomèxe, Hist. eccL, II, 51. 2. La voir dans Sockate, Hist. eccl., I, 26.

HISTOIRE DES DOGMES. — U. " â

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seulement à en perdre les défenseurs. En 33Û, ils déposèrent Eustatlie, l'évêque d' Antioche, très opposé à leurs vues. En 336, à la suite d'accusations plusieurs fois renouvelées, ils firent exiler Athanase à Trêves. Malheureusement pour l'orthodoxie, un incident théologique se produisit à ce moment qui semhla justifier toutes leurs préventions contre l'homoousios et les nicéens en général. Je veux parler des erreurs de Marcel d'Ancyre.

Marcel, évêque d'Ancyre ^ , était un nicéen ardent qui, vers 335, afin de réfuter les écrits du sophiste Asterius de Cappadoce en faveur de l'arianisme, composa luimême un ouvrage — on en ignore le titre — dont Eusèhe et saint Epiphane ont conservé de nombreux fragments. Les eusébiens crurent y découvrir le sabellianisme compliqué d'adoptianisme. Rien ne pouvait les choquer davantage. Réunis à Constantinople , ils déposèrent Marc^ en 335 2. Eusèbe de Césarée, chargé de réfuter son livre, écrivit à cette occasion le Contra Marcellum et le De ecclesiastica theologia, sources principales par où nous connaissons la doctrine de l'évêque d'Ancyre.

Quelle était cette doctrine? — Avant tout, observe Marcel, il faut affirmer l'unité de Dieu; il faut poser la monade d'où découlera la triade, car il est impossible, si l'on pose d'abord trois hypo5tases, de les ramener

1. Sources : Avant fout, les fragments de son livre donnés par Eusèbe fit saint Epipliane, et qu'on trouvera tons réunis dans Eusébvus Werke, Bd IV, édit. E. Klostermann, Leipzig, 1906, pp. 183-213. Je cite ces fragmenls par leur numéro d'ordre dan^ cette édition, mais en notant entre parenllièse leur numéro d'ordre dans l'édition deHETicERG, Marcellîana, Gôltingen, 1794. Les autres sources sont Eosèbe,, Contra Marcellum et De ecclesiastica theologia. Saint Epiphane, ffaer. LXXII. — Travaux : Th. Zahn, Marcellus von Ancyra, Gotlia, 1867. F. Loofs, Die Trinitâtslehre Marcells v. Ancyra und ihr Verhâltnîs zur alteren Tradition, dans l&s Comptes rendus de l'Académie de BerJm,1902.

2, SoGRATE, Hist. eccles., I, 36.

à i'tinitë^ Dieu e^ une monade îndî'visible, un seul irpofftoTcov : il n'est pas trois hypostases^. La pluralité introduite en Dieu aussi bien que l'infériorité du Logos par rapport à Dieu sont la suite d'infiltrations païennes et'aussi des erreurs d'Origène^.

En Dieu eependant existe le Ver^be. Marcel ne dit pas le Fils, car il déclare que le nom de Fils, comme ceux d'image, ■Christ, Jésus, Vie, Voie, etc. , se rapporte Tiniquement au Verbe incarné^'. Le Verbe aorapxoç n'est pas Fils , il est simplement Verbe ; et de ce Verbe l'Ecriture nous dit trois choses. Premièrement qu'il était au commencement, Iv ipyri' J^our signifier qu'il était dans le Père enpùissance (SuvàfAEi). Deuxièmement qu'il était irpoçTov ôeov, pour marquer qu'il était auprès de Dieu en énergie active (IvepYei'a), et qu'ail a tout créé lui-même. Enfin elle nous dit que le Verbe était Dieu, pour nous apprendre que la divinité n'est pas divisée, puisque le Verbe était en Dieu et que Dieu était dans le Verbe ^. Ainsi le Verbe est éternel, consubstantiel (ô[jiootj(7toi;, otÙToouartoç) à Dieu®. On ne voit pas distinctement qu'il fût une personne.

Cependant la monade veut créer : le Verbe s'avance (TcposXôwv, IxTcopsuETai) pour être l'auteur delà création : il devient une Ivépyeia SpaatixTi '^ : c'est la première économie. La seconde a lieu lors de l'incarnation. La divinité toujours s'étend par son opération et habite dans une humanité réelle complète : « Si l'on considère l'Esprit seul, le Verbe paraîtra avec raison être un et identique avec Dieu ; mais si l'on ajoute « selon

i. Fragm. 66 (60).

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