‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 331 sur 1102 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l heresie christologiqxjb au iv® siecle, l'apollinarisme.

§ 1. — La doctrine d'Apollinaire et de ses disciples^,

La controverse trinitaire entrait à peine dans sa dernière période, lorsque Apollinaire vint orienter la pensée chrétienne vers un nouveau problème qui devait l'occuper plusieurs siècles, le problème christolog-ique.

Évêque de Laodicée de Syrie dès 362 ou même 360, Apollinaire le jeune a soutenu, avec Athanase et les Cappadociens, le bon combat contre l'arianisme, et il a passé, de son temps, pour un des meilleurs et des plus pénétrants théologiens qu'ait eus TÉglise. Il mérite cette réputation au moins par la vigueur et la netteté avec lesquelles il pose les questions,, et les

i. Sources : Les écrits dogmatiques d'Apollinaire et de ses disciples, cités d'après l'édition de H. Lietzmann, Apollinaris von Laodicea-, und seine Schuîe, I, Tûbingen, 1904. L'anonyme Contra ApolUnarium (373- 377), P. G., XXVI, 1903 BUiv. Saint Epiphane, Haer. LXXVIL Saint Grégoire DE Hysse, Aniirrheticus adversus ApolUnarium (P. 6.,.XLV) ; Ad. Theophilum xarà 'AiroXXivapJou (iôid!.). Saint Basile,. Epist. CXXIX,, CCLXIII. Saint Grégoire de Nazianze, Epist. CI, CII, CCIL TiiÉODORET, Eranistes, Dial. V; Haeretic. fabul. compendium,iy, 8. Saint Vincent DE LÉiiiNs, Commonitorium, 12. Les histoires de Socrate et de Sozomène, et les actes des conciles depuis 362. — Travaux : J. Dkaeseke, Apollînarios von Laodicea, Leipzig, 1892. G. Voisin, L'Apollinarisme, Louvain, 1901. H. Lietzmann, op. cit

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résout biea ou mal. Sauf les nombreux fragments reproduits dans les chaînes ou. les écrits de ses adversaires,, on avait cru longtemps perdus ses ouvrages dogmatiques. On en a retrouvé récemment plusieurs dissimulés de bonne heure par ses disciples sous les noms vénérés d'Athanase, du pape Jules, de Grégoire le Thaumaturge, afin de les soustraire à la destruction. Ces ouvrages sont naturellement la première source, à consulter pour connaître ses vrais sentiments. Mais en dehors de ces documents, les œuvres de ses contemporains, les Cappadociens, saint Epiphane, l'auteur du Contra Apoilinarium attribué à saint Athanase, celles de Théodoret, de Soerate, de Sozomène, les actes des conciles du iv^ et du v^ siècle fournissent encore sur lui des renseignements d'incontestable valeur. Et c'est ainsi que nous pouvons nous représenter assez bien les vues christologiques d'Apollinaire dans la deuxième moitié du iv® siècle.

Comment a-t-il été amené à les formuler? Il semble que ce soit paropposition à cellesde Diodore de Tarse, le chef alors de l'école d'Antioche ^ , et le précurseur, comme oa sait, de Nestorius. Le père d'Apollinaire, celui qu'on nommait Apollinaire l'ancien, venait d'Alexandrie, et l'on s'explique dès lors dans ces questions l'attitude dé son fils, bien que celui-ci fût évêque de Laodicée et voisin d'Antioche. Apollinaire est avant tout soucieux, et cela dans un intérêt sotériologique, d'établir et de maintenir la parfaite unité de Jésus- Christ. Un Dieu seul pouvait nous sauver ; l'homme y était impuissant tant à cause de l'infériorité de sa nature qu'à cause du caractère faillible de sa volonté 2. Il

1. Il reste d'Apollinaire des fragments de deux ouvrages contre Diodore (LiETZMANN, pp. 235-242; cf. p. 142 et suiv.).

2 Fragm. 93 : Où Sûvatat awÇetv xbv xôff[;.ov ô âvôpwTroç (lévwv xai TV'^ow^ TÛv àv6pci&na>v çOopfi (i7iox£t[Jievoi;.

fallait donc qu'un Dieu naquît, souffrît, mourût pour nous ; mais cela ne pouvait être qu'à la condition que la divinité et l'humanité en Jésus-Christ Défissent qu'un, ne formassent qu'une seule nature, opérant à la fois et les œuvres humaines et les œuvres divines.

Tels sont les principes. Venons maintenant à l'application. Cette unité, requise en Jésus-Christ, se peutelle concevoir si l'on suppose que le Verbe prend, dans l'incarnation, une humanité complète, s'associe un homme, comme disait Diodore? Non : deux êtres complets en soi ne sauraient devenir un : Hùo TÉXeia Iv ysvéffOai où Suvatai ^ . Si Dieu parfait s'associe un homme parfait (téXeio; TsXeiw), il y a deux Fils de Dieu, l'un par nature (cpu^ei), l'autre adoptif (ôetoç) ^ : il y a deux TrposwTca, Dieu et l'homme qu'il a pris ^; on tombe dans l'erreur des paulianistes qui distinguent ce Dieu et cet homme comme aXXoç et aXXoç-', qui ne voient en Jésus-Christ qu'un homme Ivôeo; ^. Nous n'avons plus incarnation proprement dite, mais seulement juxtaposition de Dieu et d'un homme ^, d'une personne qui est adorable et d'une autre qui ne l'est pas '^.

L'humanité prise par le Verbe n'était donc pas et ne pouvait pas être complète. Quel élément faut-il en retrancher? Évidemment celui qui compromettait l'unité du tout et l'œuvre même de la rédemption, l'âme intelligente et libre. Car, s'il existe dans le même être deux principes intelligents et libres, il est fatal que ces deux principes entrent en conflit et suivent chacun leur direction propre^. Bien plus, là où il y a raisonnement

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