‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 431 sur 1102 · AuGUST., Contra epist. Parmeniani, II · texte numérisé non relu

AuGUST., Contra epist. Parmeniani, II

4. Ils n'y manquaient pas, comme bien on pense, et saint Augustin a dû consacrer les livres n:V de son De baptismo à leur répondre sur ce point.

5. Geita collât., ni, 258 (col. 1413 A). August., De baptismo contra

plus loin encore, et — doctrine infiniment dangereuse — ils iaisalent de la sainteté intérieure du ministre la condition de la collation de la grâce : Qui non Jiabet quod det, quomodo dat ^ ? Toute chose, répétaient-ils, remonte à un principe, et une racine mauvaise, un arbre mauvais ne sauraient produire de bons fruits ; un mort spirituel, tel qu'un mauvais ministre, ne saurait donner la vie : Conscientia namque danti& attenditur qui abluat accipientis ^.

Toute l'erreur donatiste est dans ces deux principes^ dont, en pratique, ils étaient pourtant bien obligés parfois de corriger la rigueur. Par exemple, s'ils sfr montraient intransigeants à considérer comme hors de l'Église non seulement les traditeurs, mais encore tous ceux qui communiquaient de quelque façon avec eux, c'est-à-dire tous les catholiques 2, en revanche, ils ne poussaient à bout ni leur théorie de la sainteté de l'Église, ni leur théorie de la sainteté du ministre, condition de la validité du sacrement. Car enfin, en quoi les fautes secrètes étaient-elles moins contraires à la pureté de l'Église que les fautes manifestes, et pourquoi les pécheurs secrets n'étaient-ils pas ipso /izcZo exclus de son sein? Les donatistes les y souffraient cependant, et déclaraient même que leur présence ne nuisait pas aux bons ^. Et si la sainteté extérieure du ministre est requise pour l'administration des sacrements, si le ministre est la source de la grâce, et ne peut la donner que s'il la possède, ne

dotiatist., I, 17. Inutile de remarquer que, pas plus que saint Cyprien^ les donatistes ne distinguaient entre la validité et l'efficacité du baptême.

i. OPTAT, V, 6.

2. AuGusT., Contra litter. Petilîani, U, 6, 8, 10, 12, 14; Contra epîstuh Parmeniani, n, 32; Optât, V, 7.

S, Gesla coUationis, ni, 2.';8 (col. 1411); August., Contra epistuh Parmeniani, I, 4, 6.

■i.Gesia coUationis, III, 2S8, col. 1410.

rfautril pas regarder comme nuls les sacrements administrés par des pécheurs même secrets? Les donatistes cependant reculèrentcencore devant cette conséquence, et admirent les sacrements conférés par des indignes non connus comme tels : Quamvis habeat [baptizans) conscientiam maculosam^ mihi tainen^ quia ab eo baptizor, quia latet et nescio, sufjicît quod ab eo accipiOf cuius innocentem, quia in eeclesia est, -.conscientiam puto. Namideo conscientiam dantis att^ndo non utf quod fteri non potest, de latentibus iudicem, sed ut si quid de illo in publica conscientia est, non ignorem * .

Ce n'était pas assez toutefois pour les donatistes que de formuler des principes ;;pour avoir le droit de repousser les sacrements des catholiques, il fallait encore prouver que les catholiques étaient en dehors de la ;^?aie Eglise; il fallait remonter à l'origine du débat, établir que Félix d'Aptonge avait été traditeur et que, en communiquant avec lui et ses successeurs, évêques, prêtres, diacres et fidèles du monde entier — en dehors des donatistes — étaient sortis du bercail du Christ. Cette tâche, les donatistes s'y employèrent avec ardeur sinon avec succès, en tout cas ils n'y purent avancer qu'à la condition de modifier le concept de la catholicité de l'Eglise ^. Leurs adversaires en «ffet leur' objectaient sans cesse leur petit nombre relatif, et les limites étroites de leur Église renfermée dans la seule Afrique , pendant que celle des cécilianistes remplissait le monde. Gomment dès lors les donatistes pouvaient-ils prétendre à être l'Église catholique? Ils répondirent en déclarant que le mot de catholique ne signifie pas l'universalité territoriale,

.1. Ap. AuGCST., Contra-Cresconium, II, 21.

2. Sur les notes de la vraie Eglise d'après les donatistes, voir Optât, II, 2 et suiv.

mais la pureté, la sainteté, la pleine possession des sacrements : Catholicum nomen putant ad provîncias vel ad gentes référendum, ciim îioc sit catholicum nomen quod sacramentis plénum est, quod perfectum^ quod immaculatum, non ad gentes * . C'était répondre en affirmant de nouveau la thèse à démontrer.

Quoi qu'il en soit, les donatistes se persuadèrent qu'ils l'avaient suffisamment établie, et agirent en conséquence. Ils tinrent pour nuls le baptême et la confirmation des catholiques et les renouvelèrent^, renouvelèrent aussi les ordinations faites après le schisme par les évêques du parti adverse ^, et, pour bien montrer qu'ils n'accordaient à ces nouveaux prêtres ou évêques aucun pouvoir , ne craignirent pas de profaner et de fouler aux pieds le chrême et l'eucharistie consacrés par eux ''.

Telle est la doctrine donatiste ; elle se résume dans une erreur sur l'Église et dans une erreur sur la valeur du rite dans l'administration des sacrements. Théologiquement, c'était fort médiocre, et le succès qu'obtint le donatisme ne s'expliquerait pas si l'on ne faisait entrer en ligne de compte les souvenirs laissés par l'enseignement de saint Cyprien, le caractère de résistance nationale contre les Romains que prit le schisme, et la forte organisation que Donat sut lui donner. Dès l'an 313, les dissidents avaient demandé à l'empereur Constantin de faire régler leur différend avec les catholiques. C'était introduire dans une question d'ordre religieux la puissance séculière, et ils eurent lieu plus

\. Gesla collationis, III, 102, col. 138t ; cf. Acgust., Breviculus collation., m, 3;EpiSt. XCIII, 23 (P. L., XXXIII, 333).

2. Optât, I, 5; m, 2; IV, 4; VU, 4. AuGOST., De unico baptismo, 21; Epist. cvi-cvin.

3. AvGvsT,, Epist. GVIII, 19; Contra litter7 Petiliani, III, 44. Gesta collation., I, 201, col. 1330.

Page 1