‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienne [microform]Chapitre 490 sur 1102 · HiLAiRE, In psalm. GXXI, 10; GXXIV, 3; CXXVIH · texte numérisé non relu

HiLAiRE, In psalm. GXXI, 10; GXXIV, 3; CXXVIH

2. Y. sur ce point D. G. Morin, • Sanctorum eommunionem », dans la Revue d'hist. et de littér. relig., IX, 1904, J. P. Kirsch, Die Lehre von der Gemeinschafl de}' Heiligen im christil. Alterthum, Mayence. 1900.

Mais venons plus précisément à l'Eglise de la terre, à rÉo-lise militante.

A Toccasion du schisme de Novat, saint Cyprien avait déjà proclamé avec force que cette Kglise doit être une, et qu'elle est établie sur l'épiscopat groupé autour du siège de Rome. Le schisme donatiste allait amener saint Optât, puis saint Augustin, à préciser encore et à développer ces idées. L'ecclésiologie latine est, en grande partie, une création des africains.

On se rappelle quelle était, sur l'Eglise, l'erreur des donatistes. Confondant le corps et l'âme de l'Église, l'église visible et l'église invisible, ils prétendaient, comme les novatiens, que l'Église même visible ne pouvait comprendre que des justes, et que le péché grave suffisait à en exclure. La grande marque de l'Église pour eux était la sainteté. Cette sainteté, ils ne la trouvaient naturellement que dans leur secte : celle-ci était donc la seule vraie Église.

L'évéque Parménien, combattu par saint Optât, avait cependant énuméré quelques autres caractères ou notes de la vraie Église : c'étaient 1° la chaire, c'està-dire le siège épiscopal; 2° Vange, c'est-à-dire le fait de posséder un évêque légitime, ou, d'une façon plus générale, le pouvoir de dispenser les choses saintes ; 3° V Esprit donné aux chrétiens par Dieu ou par ses ministres; 4° la source {forts), par où il faut entendre la vraie foi, ou peut*ètre le baptême dans lequel on la professe; 5° le sceau ou Vanneau [sigillum, annulus), probablement le baptême qui scelle la vraie foi et en marque le croyant; 6° enfin VoDibilic, c'est-à-dire l'autel, la vraie eucharistie ou le vrai culte ^. Optât rejette ce dernier caractère comme note de la vraie Eglise (ir, 8) ; il accepte les cinq autres, et s'efforce de mon-

i. OPTAT, II, 2, 6-8,

trer qu'on ne les trouve que cliez les catholiques ; mais toute sa façon d'en traiter montre avec évidence qu'il reconnaît surtout deux grandes notes delà vraie Eglise, la catholicité et l'unité.

La catholicité : « Ubi ergo erit proprietas catholici nominis, cum inde dicta sit catholica, quod sit rationabilis etubique diffusa? » (ii, 1). L'Église doit être catholique, parce que Dieu a promis à son fils l'héritage de toutes les nations, et que c'est par l'Église que le Christ en devient le maître. « Concedite Deo ut hortus eius sit longe lateque diffusus » (ii, 11).

L'unité. Saint Optât distingue avec soin entre le schisme et l'hérésie (i, 10, 12, etc.). Celle-ci altère le symbole et va contre la foi; celui-là rompt l'unité de la communion et détruit la charité. Or, cette unité de son Église, Jésus-Christ l'a voulue. Pour cela il a fait de Pierre le prince des apôtres; il lui a donné à lui, le premier, la chaire épiseopale de Rome, à lui seul le pouvoir des clefs. C'est en cette chaire unique — c'està-dire par. la communion avec elle — que l'unité doit être gardée ; qu'elle devait être gardée par les apôtres mêmes qui ne devaient point élever chaire contre chaire, la leur contre celle de Pierre, puisque au fond il ne doit dans l'Eglise y en avoir qu'une. Ce pouvoir des clefs, conféré à Pierre, devait être communiqué aux autres apôtres, mais d'abord il l'a reçu seul : « Igitur negare non potes scire te in urbe Roma Petro primo cathedram episcopalem esse conlatam, in qua sederit omnium apostolorum caput Petrus; unde et Cephas est appellatus : in qua una cathedra unitas ab omnibus servaretur, ne ceteri apostoli singulas sibi quisque defenderent, ut iam scismaticus et peccator esset qui contra singularem cathedram alteram coUocaret » (ii, 2; cf. 6, 9). « Bono unitatis, beatus Petrus, cui satis erat si, post quod negavit, solam veniam con-

sequeretur, et praeferri apostolis omnibus meruit, et claves regni caelorum. communicandas ceteris solus accepit » (vu, 3). Nous retrouvons ici, mais renforcés encore, les idées et le langage de saint Cyprien sur l'unité de l'Église.

Ces principes posés, saint Optât n'a pas de peine à prouver que seuls, les catholiques, à l'exclusion des donatistes, possèdent cette catholicité et cette unité, notes de la vraie Eglise : la catholicité, puisqu'ils sont répandus dans le monde entier, tandis que le schisme est confiné en Afrique; l'unité, parce qu'ils ont pour eux la chaire de Pierre, et que, par elle, ils communient avec l'universalité des chrétiens : « Igitur de dotibus supradictis cathedra est, ut diximus, prima, quam probavimus per Petrum nostram esse » — « per cathedram Pétri quae nostra est » (ii, 6, 9). — « Cum quo (Siricio) nobis totus orbis commercio formatarum, in una communionis societate concordat » (il, 3). Et les donatistes sans doute ont essayé d'établir des évêques à Rome; mais ces évêques ne siègent pas sur la cathedra Pétri : ce sont des étrangers.^

L'Eglise catholique romaine est donc la vraie Eglise ; et le fait (ju'elle contient des bons et des méchants, des justes et des pécheurs, ne détruit pas cette conclusion, car l'Église est un corpus mixtum. Ce mélange a été voulu ou du moins permis par Jésus-Christ luimême, et nous le devons tolérer jusqu'à la fin du monde : « Pariter iussit Christus in agro suo per totum orbem terrarum, in quo est una Ecclesia, et sua semina crescere et aliéna... Nefas est enim ut episcopi faciamus quod apostoli non fecerunt, qui permissi non sunt vel semina separare, vel de tritico zizania evellere » (vu, 2).

Cette doctrine du corpus mixtum est aussi celle de

saint Hilaire^ Au contraire, saint Pacien — si son texte n'est pas altéré — exclut de l'Église le pécheur impénitent : « Quamdiu peccat et non paenitet, extra Ecclesiam constitutus est^. » Mais il est d'accord avec saint Optât sur l'unité et la catholicité de l'Eglise : ce Ergo Ecclesia plénum est corpus et solidum, et toto iam orhe diffusum » — « Christianus mihi nomen est, catholicus vero cognomen^ ». La catholicité d'ailleurs implique l'unité, unité que Jésus-Christ a établie en donnant d'abord à Pierre seul le pouvoir des clefs : « ad unum, ideo utunitatem fundaret exuno'' ».

Le iv^ siècle cependant avait vu les empereurs devenir chrétiens, quelques-uns hérétiques, et l'Église avait senti plus d'une fois menacée par eux l'indépendance de sa parole et de son ministère. Les premiers dans l'ordre civil et militaire, ces nouveaux chrétiens le voulaient être aussi — comme les empereurs à qui ils succédaient — dans l'ordre religieux. Par la voix des Hosius, des Hilaire, des Martin et des Ambroise, l'Église latine repoussa cette prétention. D'Hosius saint Athanase a conservé la noble protestation contre Constance : « Ne te mêle pas des choses ecclésiastic[ues; et ne nous commande rien en ces matières : c'est à toi qu'il convient d'en être instruit par notre bouche. Dieu t]a donné l'empire : à nous il a confié ce qui regarde l'Église. Et de même que celui qui usurperait ton pouvoir irait contre l'ordre de Dieu, redoute aussi, en t'immisçant dans le gouvernement de l'Église, de te rendre coupable d'un grand crime : Rendez, est-il écrit, à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu^. » Hilaire et saint Martin protestèrent,

i. In Matth., XXXIII, 8.

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