Coritra duaa epist. pelag., IV
SAINT AUGUSTIN ET LE PÉLAGIANISME. 48t
Il est « una quaedam massa peccati » , une « universa massa perditionis * ». On connaît le lugubre tableau que trace V Enchiridion (xxvi, xxvii) de cette perdition :
Hinc post peccatum exsul (Adam) effectus, stirpem quoqtre suam, quam peccando in, se tanquam in radice vitiaverat, poena mortis et damnationis obstrinxit; ut quidquid prolis ex illo et simul damnata, per quam peccaverat, coniuge... nasceretur traheret originale peccatum, quo traheretur per errores doloresque diverses ad iliud extremum cum desertoribus angelisvitiatoribus et possessoribus et consortibus suis sine fine supplicium... Ita ergo se res habebat : iacebat in malis vel etiam volvebatur, et de malis in mala praecipitabatur totius humanl generis massa damnata, et adiuncta parti eorum qui peccaverant angelorum, luebat impiae desertionis dignissimas poenas.
Enfin, une dernière conséquence du péché originel, et déjà contenue dans la précédente, c'est la damnation des enfants morts sans baptême. Dans le De liberoarbitrio, m, 66, écrit en 388-395, saint Augustin avait d'abord admis pour eux un état intermédiaire qui n'aurrait été un état ni de récompense ni de châtiment. Mais il remarqua bien vite que ces enfants n'étaient pas sans péché et qu'ils devaient, par conséquent, subir le sort commun du genre humain. Puisqu'il n'y a pas dfr milieu entre le ciel et l'enfer et qu'ils étaient exclus du ciel, il fallait qu'ils allassent au feu éternel : « Si autem non eruitur a potestate tenebrarum, et illic remanet papvulus; quid mireris in igné aeterno cum diabolo futurum qui in Dei regnum intrare non sinitur ^ ? »
On sait d'autre part que, dans cet enfer, l'évêque d'Hippone soumettait les enfants non baptisés à une peine positive, mais omnium mîtissima 3. Il n'oserait
\. De divers, quaest. ad Simpl., I, qu. II, 16; De gratta Chr. et de' pecc. orig., II, 3i ; De corrept. et gratta, 28.
2. Contra Iulian.op. imp., ni, iOO; Contra Iulian., VI, 3; Sermo- CCXCIV, 2-4; De pecc. mer. et remiss., I, 53.
3. De pecc. mer. et remiss., I, 21; Enchiridion, XCIII; Contra Iulian^ V, 44.
même prononcer, ajoute-t-il, qu'il leur vaudrait mieux n'être pas nés, attendu que Notre-Sei^eur n'a dit cela que des plus grands pécheurs ^ On aurait tort toutefois d'en conclure qu'ils sont heureux ; c'est une souffrance et une très grande souffrance à une image de Dieu que d'être exilée loin de lui ^.
§ 5. — lia grâce.
Qu'est-ce qui nous tirera de l'abîme où nous a précipités le péché d'Adam? Une seule chose, la grâce de Jésus-Christ.
La théologie traite à part de la grâce actuelle et de la grâce habituelle. Bien qu'il ait parlé de celle-ci, <î'est surtout de la première que saint Augustin s'est occupé contre les pélagîens.
Il distingue d'abord avec soin des grâces extérieures et des grâces intérieures, des grâces de simple illumination qui nous instruisent de ce que nous devons faire, et des grâces de motion qui touchent et inclinent la volonté à l'action : « Legant ergo et intellegant, intuçcintur atque fateantur non lege atque doctrina insonante forinsecus, sed interna et occulta, mirabili ac ineffabili potestate operari Deum in cordibus hominum, non solum veras revelationes, sedèonas etiam voluntates '. »
Il distingue, en second lieu, la grâce prévenante, la grâce adjuvante ou coopérante, et la grâce subséquente. Le De gratia et lihero arbitrio, 33, est ici très précis. Notre auteur y marque la progression de la volonté ou de l'inclination à vouloir irréfléchie, du
i. Contra Iulian,,y, a.