Elle est de l'an
2. Voir' sur cette affaire le récit très détaillé et très précis du Bi Uv Jacquin,. dans> la\ iîevue d'/u'stoiVe ecdésiastiqueyy {imt), p; S6&. et suiv.
questions abstruses qui s'agitaient, on resta ou l'on devint hérétique par crainte de verser dans l'hérésie contraire. C'est le cas des semi-pélagiens *.
Le premier auteur de cette époque en qui se montrent d'une façon consciente les idées semi-pélagiennes est l'abbé de Saint- Victor de Marseille, Jean Cassien^. Cassien avait séjourné en Egypte, en Palestine, à Constantinople où il avait reçu le diaconat des mains de saint Chrysostome. Ce dernier maître avait fait sur lui une impression profonde j et cette circonstance explique assez bien qu'il n'ait éprouvé que peu de goût pour les doctrines de saint Augustin. Ayant encore dans l'oreille les continuelles exhortations de saint Chrysostome à l'effort et à l'action personnelle, devant lui-même chaque jour pousser ses moines dans la voie du renoncement et du sacrifice, Cassien ne pouvait comprendre l'espèce de passivité à laquelle il semblait que l'évéque d'Hippone réduisît la volonté humaine sous l'action de la grâce. Si Dieu fait tout en nous, où est le mérite? Et si nous ne pouvons rien sans la grâce, que devient notre liberté?
C'est surtout dans la conférence xiii, De protectione Bei, écrite entre les années 420-426, que Cassien a exposé ses principes. Il semble d'abord abonder dans le sens de saint Augustin, et affirme « non solum actuum verum etiam cogitationum bonarum ex Deo esse principium, qui nobis et initia sanctae voluntatis inspirât, et virtutem atque opportunîtatem eorum quae
1. Notons qae le mot semi-pélagianisnie est inconna à l'antiquité. Saint Prosper désigne les semi-pélagiens comme les « pelagianae pravitalis reliquiae » {Inter epist. Artgust., «pist. CCXXV, T).
2. Cassien est cité ici d'après la P. L., tom. XLIX, L. On recourra à l'édition de Petschenig, 1886-1888, vol. XIII et XVII du corpus de Vienne. Travaux : A. Hoch, Lehre des Joannes Cassiamis, Freiburgim-Br., 4895. G. Abel, Sludien zu Johannes Cassianus, Miinchen, IOO'j. J. Laugier, Saint Jean Cassien et sa doctrine sur la grâce, Lyon, 4908. Babdenuewer, t. IV, p. {k>8 5ti4.
LE SEMI-PELAGIANISMB. 277
recte cupimus tribuit peragendi » (3). Les hommes ont besoin du secours de Dieu « in omnibus », et l'humaine fragilité ne peut rien « quod ad salutem pertinet per se solàm, id est sine adiutorio Déi perficere^ » (6). Mais bientôt Cassien précise son enseignement. 11 pense que de nous-mêmes nous pouvons avoir, quelquefois du moins, un commencement de bonne volonté : « In his omnibus et gratia Dei et libertas nostri declaratur arbitrii, et quia suis interdum motibus homo ad virtutum appetitus possit extendi, semper vero indigeat adiuvari... Etiam per naturae bonum quod beneficio creatoris indultum est, nonnunquam bonarura voluntatum prodire principia, quae tamen, nisi a Domino dirigantur, ad consummationem virtutum pervenire non possunt^ » (9). Une liberté qui ne permettrait pas à l'homme de vouloir et de pouvoir le bien « asemelipso » ne serait pas une vraie liberté (12) '. Aussi Dieu, pour dispenser sa grâce, exige-t-il et attend-il quelquefois de nous des efforts préalables, « ut nonnunquam etiam ab eo (arbitrio) quosdam conatus bonae voluntatis [gratia Dei] vel exigat vel exspectet* » (13). Les hommes sont appelés par lui diversement : les uns, comme André et Pierre, le sont sans qu'ils y
1. cr. Collât, m, 16, 19. Au chapitre IS de la conférence XIII, Cassiet. résume ainsi, d'après les Pères (a6 omnt&usPa(rJ&u«), la fonction delà grâce : c Primum ut accendatur unusquisque ad desiderandum omne quod bonum est, sed ita ut in alterutram partem plénum sit liberae voluntatis arbitrium. Itemque eliam secundam, divinae esse gratiae ut efGci valeant exercitia praedicta virtutum, sed ita ut possibilitas non exstinguatur arbitrii. Tertium quoque ad Dei munera pertinere ut acquisitae virtutis perseverantia teneatur , sed ita ut captivitatem libertas addicta non sentiat. Sic enim universitatis Deus omaia in omnibus credendus est operari ut incitet, protegat atque confirmet, non ut auferat quam semel ipse concessit arbitrii libertatem. > On sent combien, dans l'expression de la même doctrine, le ton est ici différent de celui de saint Augustin.