Loc. cit., col
Dans son commentaire sur saipt Jean, vi, 57, il compare l'union du communiant avec le Christ à celle de deux morceaux de cire fondue dont les éléments sont absolument mêlés, à celle du ferment et de la pâte, le ferment existant dans toute la pâte, et celle-ci existant dans tout le ferment. C'est ainsi, ajouie-t-il, que « celui qui reçoit la chair du Christ, notre Sauveur, et qui boit son sang précieux devient, suivant que Jésus- Christ le dit lui-même, comme un avec lui, comme mêlé à lui, et noyé en lui par cette participation, si bien qu'il existe dans le Christ et le Christ en lui^ ». Cette idée revient un peu plus loin dans le même commentaire sur saint Jean, xv, 1. Cyrille se sert de cette union corporelle avec le Sauveur dans la communion pour expliquer que saint Paul ait dit que les Gentils sont devenus concorporels fauaao)ijLa) avec Jésus-Christ, que Jésus-Christ considère tous les fidèles comme ses membres : « Car il est bon de remarquer, continue-t-il,. que (par les mots : Celui qui mange ma chair ^ etc.) le Christ n'affirme pas qu'il sera en nous seulement par une certaine relation d'affection, mais par une participation physique » (ou xaxà aj(^£ariv Tivoc fxôv7]v... àXXà xal xaxà tji£Ô6^ivcpu(nx-/iv). Et Cyrille donne la raison dernière pour laquelle cette union si étroite et en quelque sorte matérielle est nécessaire : c'est que « ce qui est corruptible de sa nature ne peut être vivifié qu'à la condition d'être uni corporellement (ff<jo(j!.aTixo)ç) au corps de celui qui est la vie par essence, c'est-à-dire du Monogène ^ » .
L'union du communiant avec le Verbe tient donc,
\. P, G.,LXXm, S84. La comparaison tirée des morceaux de cire est répétée à la lin de la citation suivante.
2. P. G., LXXIV, 341. Cf. In loannem, XVII, 22, 23 (coi. 564); Adv. Nestor., IV, S (col. 193) ; Glaph. in Genesim, I : ffûa<yto[jLoi (ji.èv yàp yeYovafjLçv ewTw (tu) XpicTÛ) Si'sùXoYt'aç T^ç pLUCTTixTiç (col. 29).
suivant notre auteur, le milieu entre l'union hypostatique qui rendrait son corps vivifiant, et l'union morale qui ne saurait le vivifier. C'est une union physique avec le corps vivifiant du Verbe et le Verbe source première de la vie. La conséquence, en tout cas, est certaine : le saint corps du Christ nourrit le nôtre upoç àvaaxadiav xai ^wr,v atwviov ^ :
« Bien que la mort qui nous a envahis à cause de la prévarication ait soumis le corps à la nécessité de la corruption, cependant, parce que le Christ est en nous par sa propre chair, nous ressusciterons sûrement. Il est incroyable en effet, ou plutôt il est impossible que la vie ne vivifie pas ceux en qui elle se trouve. De même que l'on couvre d'une couche de paille une étincelle pour conserver la semence du feu, ainsi Notre- Seigneur Jésus-Christ cache en nous la vie par sa propre chair, et introduit comme une semence d'immortalité qui détruira toute la corruptibilité qui est en nous 2. »
On reconnaît en tout ceci le fond de la pensée sinon la philosophie de saint Grégoire de Nysse. Mais d'ailleurs, Cyrille ne borne pas à nos corps l'action de l'eucharistie. La participation du Christ n'est pas seulement vie, elle est aussi sanctification : Çojv) y^p xai àyiafftAoç yj XpiaToî» [/.txoyri ^ : elle ne cliasse pas seulement la mort, elle guérit les maladies de l'âme, elle refrène en nous la loi de la chair, excite la piété envers Dieu, mortifie les passions, bande celui qui est brisé, relève celui qui est tombé, délivre des attaques et de la tyrannie du démon ''. De là la nécessité de la communion et l'obligation de mener, pour en être digne, une vie pure et vraiment chrétienne '^.
Cette doctrine de saint Cyrille sur le caractère vivi-
1. In loann., VI, 56 (col. 581); Glaph. in Exodum, H (col. 428).
2. In loann., VI, 55 (col. 581). Cf. De recta fide ad Theodos., XXXVIII (col. 1189).
3. Glaph. inExod., H (col. 428); In Lucam, XXII, 19 (col. 908).
4. In Lucam, IV, v. 38 (col. 552) ; In loann., VI, 57 (col. 585). o. In loann,, VI, 35, 57 (col. 521, 584, 585).
fiant de la chair eucharistique du Sauveur et ses effets en nous se trouve naturellement reproduite, du moins en raccourci, dans les auteurs qui l'ont suivi, et ceux surtout qui se rattachent à lui : saint Isidore de Péluse ^ , saint NiP, le Pseudo-Aréopagite ^, Eutychius ^. Quant à Léonce de Byzance, on ne sera pas surpris de découvrir qu'il s'inspire manifestement, dans sa doctrine eucharistique, des passages cités du patriarche d'Alexandrie ^.
L'analyse qui précède ne nous a pas appris cependant comment Cyrille concevait le changement opéré dans les oblata par les prières consécratoires. Cette question ne paraît pas avoir attiré son attention. En un endroit pourtant de son commentaire sur saint Luc déjà cité^, il l'effleure, mais sans la résoudre clairement. Après avoir dit que la manière dont le Verbe s'est uni à la chair dans l'incarnation est incompréhensible pour nous, il continue :
« Il fallait que le Verbe habitât en nous par le Saint-Esprit de la façon qui convient à Dieu; qu'il fût comme répandu dans nos corps par sa chair sacrée et par son précieux sang, [chair et sang] que nous recevons en eulogie vivifiante comme dans du pain et dans du vin (à; èv àpTto xe xat ohtj^). Car, de peur que nous ne soyons arrêtés en voyant de la chair et du sang sur la table sainte de nos églises, Dieu, par égard pour notre faiblesse, donne aux oblata la puissance de la vie et les transfère à la vertu de sa propre chair (xal |jie8i<TTYi<Tiv aûtà npoç èvépyeiav TrjçéauToO aopy.d;), afin que par ces oblata nous ayons la participation vivifiante, et que le corps de vie se trouve en nous comme un germe vivifiant. Ne doute pas que ce ne soit la vérité, le Christ lui-même ayant dit manifestement : Ceci est mon corps et Ceci est mon sang; mais reçois plutôt avec foi la parole du Sauveur : étant la Vérité, il ne ment point. »
i. EptSt.h 109 (col. 256).