‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienneChapitre 177 sur 424 · Eranistes, II, col. 16S, 1^ 8. Ibid., col · texte numérisé non relu

Eranistes, II, col. 16S, 1^ 8. Ibid., col

ait inventé l'argument de toutes pièces. Or, de cette conversion, lui, Théodoret, qui parle par la bouche de l'orthodoxe, ne veut point. Il réplique que, précisément, le fait invoqué est faux. « Après la sanctification, les symboles mystiques ne perdent pas leur nature propre; ils demeurent et dans leur substance première, et dans leur apparence, et dans leur forme, visibles et tangibles comme auparavant. On ne peut que concevoir ce qu'ils deviennent, et le croire, et l'adorer comme s'ils étaient ce que l'on croit ^ . »

Théodoret n'admet donc pas que le pain et le vm soient convertis dans leur nature et leur substance (cpuaiç, ouffi'a) par la consécration. Mais alors que fait cette consécration? Car enfin, poursuit l'orthodoxe, les noms sont changés : le pain n'est plus appelé pain; il est appelé corps.

Ce qu'opère la consécration dans les éléments, Théodoret a essayé de l'expliquer dans le premier dialogue deVEranistes^. Là, il constate qu'en effet le pain et le vin sont appelés corps et sang, mais il constate aussi que le Christ a appelé son corps « froment » , et qu'il s'est appelé lui-même « la vigne », dont le vin est le sang. Or, ajoute-t-il, le but de ces changements de noms est manifeste pour les initiés :

« Le Christ voulait que ceux qui participent aux divins mystères ne s'attachassent pas à la nature de ce qu'ils voient, mais considérant le changement des noms, eussent foi en la conversion qui est le fait de la grâce (niffreueiv t^ èx ty)ç xapixoç YeYevrifjiév^ {leTaêoX^). Car, s'il a appelé son corps naturel froment eipairî, comme il s'est appelé lui-même vigne, il a honoré les symboles qui se voient du nom de corps et de sang, non pas qu'il ait changé la nature, mais parce qu'il a ajouté la grâce à la nature. »

1. OùSè Yàp jiSTà Tov àytaoïJLov Ta [xucrrixà a6\t.6o\oi xr^c olxeCa; è|(araxat çûaewç- {xévei yàp èxci xr]? Tcpoxspa; oOdiaç, xai xou axfnt.(x.xoif v.od ToO eïSouç, v.a\ ôpaxàè<jxi, xal àTcxà, ola xat Trp^tepov ^v xtX.

i. Col. 53, 56.

La consécration opère donc une [i£xa.Bol'ri. Mais cette u&xol^oXt, n'est pas la conversion au corps de Jésus-Christ de la substance du pain : cette substance acquiert seur lement une grâce, une dignité qui lui vient de son union avec le corps du Sauveur produit et présent, union qui permet entre le pain et le corps cet entr'échange d'appellations- que l'on constate. Théodoret n'insiste pas sur la production, dans la consécration, du corps de Jésus-Christ : c'était un point acquis ; mais il nie que cette production soit le résultat d'une conversion des oblata, et il explique que ces oblata sont vis-à-vis du corps de Jésus-Christ dans une relation analogue à celle où l'humanité de Jésus-Christ se trouvait par rapport à sa divinité. De ce corps il découle en eux une vertu ou une grâce qui les sanctifie, sans changer ni détruire leur nature.

Nous avons donc bien affaire ici avec un vrai dyophysisme eucharistique. Cette théorie se retrouve dans une lettre (apocryphe) de saint Jean Chrysostome au moine Césaire^ dont l'auteur vivait après le concile de Chalcédoine. Césaire, comme Eranistes, est un monophysite qui, pour établir son erreur, s'appuyait sans doute sur le mystère eucharistique : « Est-ce que nous ne recevons pas fidèlement et pieusement le corps et le sang de Dieu? Assurément. Non que le divin ait possédé par nature chair et sang avant l'incarnation, mais on dit qu'il les possède parce qu'il se rend propre (îSioTToiEiTai) ce qui est de la chair ^. » Ce raisonnement est juste, mais l'auteur de la lettre, qui est pour le moins un nestorianisant et qui ne veut pas de la communication des idiomes, n'accepte pas l'expression « corps et sang de Dieu », et, tout en avouant que le pain est appelé corps, il nie qu'il soit substantielle-

\. p. G., LU, 7S?> 700, 2. Col. 7S9.

LA THÉOLOGIE GRECQUE DU V AU Vll« SIÈCLE. 251

ment converti au corps dans la consécration. 11 concède qu'après cette consécration il n'y a qu' « un corps du Fils », mais de la même façon qu'après l'incarnation il n'y a qu'un fils et une personne en Jésus-Christ, encore que les deux natures persistent d'exister. Voici le texte :

« Sicut enim antequam sanctificetur panis, panem uominamus : divina autem illum sanctificante gratia, mediante sacerdote, liberatus est quidem ab appellatione panis ; dîgnus autem habitus dominici corporis appellatione, etiamsi natura panis in ipso perinansit, et non duo corpora,sed unum corpus Filiipraedicainus : sic et hic divina èvtôpuaâcryiç, id est insidente corpori natura, unum Filium, unam personam utraque haec fecerunt ^ »

C'est ainsi que la crainte du monophysisme, et l'abus que faisaient sans doute les eutychiens de l'argument rapporté dans V Eranisies ont arrêté en Orient le développement de la doctrine de la conversion. On la retrouvera dans saint Jean Damascène, mais réduite à une simple affirmation, sans commentaire qui l'explique.

Quant au caractère sacrificiel de l'eucharistie, il est souvent affirmé dans la période qui nous occupe, sans que la théorie proprement dite du sacrifice eucharistique avance beaucoup. Théodoret remarque que le Sauveur a inauguré à la cène l'exercice de son sacerdoce, sacerdoce qu'il continue d'exercer comme homme par le ministère de l'Eglise, alors qu'il reçoit, comme Dieu, l'offrande du sacrifice^, lly a donc dans l'Église « un sacrifice divin et non sanglant » (6eia xaUvaijjtaxToç

1. Col. 758. M. GORE {Dissertations on subjects connected with thc Incarnation, London, 1895, p. 275, 276) cite encore, comme partisan de la doctrine de Théodoret en Orient, le patriarche Ephreia d'Antioehe (52()-545) : mais le texte qu'il donne et qui est tiré de Photius {BibUoth., cod. 2-29, P G., GUI, 980) me paraît peu concluant.

2. In psahn. CIX. v. 4 (col. 1772, 1773); cf. Eutychics, Sermo de paschale, 2, 4, col. 2393, i2397.

Ôuffia) * dont Jésus-Christ est le prêtre principal, dont la victime est aussi le seul agneau immaculé qui porte les péchés du monde ^. Là, est représentée par la fraction du pain la mort du Sauveur ; Jésus-Christ est mystiquement immolé; il meurt spirituellement^; car les prêtres n'offrent pas un autre sacrifice que celui de la Croix, mais célèbrent la mémoire de cet unique et salutaire sacrifice''. Le mot le plus énergique sur ce sujet, et qui rappelle une expression de saint Grégoire de Nazianze, est de Nestorius: « Le Christ est crucifié en figure, égorgé par le glaive de la prière sacerdotale », orraupouTai |i.£V xarà xov tuttov Xpiord;, t^ xr[<i UpaTixriç eu^^ç (xa^aipot ffçpaTTOfjigvoç^. En dehors des descriptions données par les Constitutions de l'église égyptienne et par le Pseudo-Denys ^, nous possédons d'ailleurs de cette époque d'abondants documents sur la liturgie eucharistique, puisque de nombreuses liturgies furent alors rédigées sous le nom d'apôtres ou de docteurs célèbres, dont le texte, encore qu'il ait pu être re touché, nous renseigne assez exactement sur les croyances et les usages alors en vigueur '.

§ 8. — La pénitenees.

La discipline pénitentielle dut occasionner, elle

i. S.îiiL,Epist. n, 294 (col. 345-348).

2. Théodoret, In Malachiam, I, v. 11 (col .1968) ; Cyrill., In Lucam, n, 8 (col. 489).

3. EuTYCHius, Sermo de paschate, 2, 3 (col. 2393, 2396) ; cf. Adv. nestorianos, V, 22 (P. G., LXXXVI, 1, col. 1744).

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