‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienneChapitre 236 sur 424 · Epist. LXXXH · texte numérisé non relu

Epist. LXXXH

Celte conception, je l'ai remarqué, est intimement liée à cette idée que la doctrine chrétienne, entièrement prêchée par les apôtres, doit rester immuable dans son fond. Saint Léon et saint Vincent de Lérins en effet ne manquent pas de le répéter*. Mais cependant cette immutabilité de fond n'exclut pas, observe Vincent, un certain progrès, un certain développement du dogme chrétien. On connaît la page fameuse, qui suffirait à immortaliser son nom, dans laquelle le moine de Lérins s'efforce de préciser en quoi doit consister ce développement 2. Ce doit être un développement, non un changement [ita tamen ut vere profectus sit ille fideiy non permutatio), le progrès de tous et de chacun dans l'intelligence, la science, la connaissance de la doctrine révélée, mais sans altération de la croyance antérieure (in suo duntaxat génère, in eodem scilicet dogmate, eodem sensu, eademque sententia] ; les anciens dogmes seront dégrossis, limés, polis : il& ne seront pas altérés, tronqués, mutilés; ils recevront plus d'évidence, de lumière, de précision, mais ils garderont leur plénitude, leur intégrité, leur sens propre^. C'est bien là, continue Vincent, le progrès tel que l'entend l'Église. Elle n'a jamais rien changé, rien ajouté ni rien retranché aux dogmes dont elle a reçu le dépôt : elle a seulement perfectionné et poli ce qui, dans l'an-

1. s. LÉox : « Una est, vera, singularis calholica fides cui nihil addt nec minui potest » {Epist. CXXIV, 1). Saint Vincent : • Annuntiare ergo aljquid christianis catholicis praeter id quod acceperunt nunquam licuit, nusquam licel, nunquam licebit ; et anaihematizare eos qui annuntiant aliquid praeterquam quod semel acceptum est nunquam non oporluit, nusquam nonoportet, nunquam non oportebit » {Commonit., 9, 24).

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