‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienneChapitre 338 sur 424 · Mansi, n, H · texte numérisé non relu

Mansi, n, H

3. C'est la raison que fera valoir Boileau pour exclure du théâtre les mystères chrétiens.

de Constantin, Constantia, qui lui avait demandé une image du Christ ^ Constantia, écrit-il, lui a demandé une image du Christ : mais de quelle image veut-elle parler? Désire-t-elle une image du Verbe qui est en Jésus-Christ? Mais le Père seul connaît le Fils comme il doit l'être. S'agit-il d'une image de son humanité glorifiée? Mais comment représenter par d'inertes couleurs cette humanité transfigurée et toute immergée dans la lumière divine? Veut-elle enfin une image de l'humanité avant la résurrection et l'ascension? Mais Constantia ignore-t-elle la défense des Livres Saints de faire aucune image de ce qui est sur la terre ou dans les cieux? Il ne lui accordera donc pas ce qu'elle demande; et l'évêque de Césarée, pour appuyer son refus, ajoute qu'ayant trouvé lui-même une femme tenant en ses mains des images qu'elle croyait être de Notre-Seigneur et de saint Paul, il les a confisquées, pour empêcher que pareille pratique ne s'introduisît dans le vulgaire, et que l'on ne semblât, comme les idolâtres, porter Dieu dans une peinture.

J'ai analysé en détail cette lettre d'Eusèbe, parce que les raisons qu'il fait valoir contre la possibilité de représenter le Sauveur glorifié seront reprises plus tard : elle deviendront une sorte de lieu commun opposé par les iconoclastes à leurs adversaires 2.

i. PiTHA, Spicil. solesm., 1,383-386. Eusèbe manifeste le même sentiment dans son Hisl. ecclés., VII, 18, où il excuse l'érection de la statue de Jésus-Christ, à Pariéas, par des restes de préjugés païens.

2. Après ropposiîion du concile d'Elvire et celle d'Eusèbe, on signale généralement, pour le iv" siècle, celle de saint Épiphane. Une lettre adressée par lui à Jean de Jérusalem, vers 394, et dont on ne possède que la traduction latine faite par saint Jérôme (P. G., XLIII, 390; P. L., XXII, 52G). contient en eflét au n"* 9 le récit d'un incident de voyage assez caractéristique. Saint Epiphane y rappelle qu'étant entré à Anablatha dans une église, il y avait trouvé un voile portant l'image de Jésus-Christ ou d'un saint. « Cum ergo hoc vidissem, continue-t-il, et detestatus essem in eoclesia Ghrisli, contra auctoritatem Scripturarum, hominis pendere imaginem, scidi illud. » Le voile déchiré, il conseiKa

2. — L'usage et le oulté des images pendante les VX"^ et VII" siècles.

Malgré les protestations dont il vient d'être qu-estion^ Fusage des images était, on Ta vu, à peu près général dans FÉglise à la fin du v" siècle. Les siècles suivants virent cet usage s'étendre encore, et il est inutrle, je crois, à cause de la notoriété du fait, d'en apporter la preuve.

Le culte était moins apparent ; mais il se développe, et même on en fait la théorie an vi^ et au vu* siècle : « Adoramus omnem crucem, écrit le diacre Rusticus, mêlé à l'afTaire des trois chapitres, et per ipsam illum cuius est crux ; non tamen crucem coadorare dicimur

aux gardiens du lieu d'en faire un linceul pour enYclopper un mort;, et maintenant, il envoie à son correspondant un autre voile pour remplacer le premier, mais en ajoutant.: « Et precor ut iubeas presbytero eiusdem loci accipere \'elum alectore quod a nobis missuf» est,, et deinceps praecipere in ecclesia Christi istiusmodi vêla quae co«.tra religionem nostram veniuni non appendi. Decet enim honestatem tuam hanc magis habere soiliciCwdiBem ut serupulositatem tollat, quae indigna est ecclesia Cliristi et populis qui tibi crediti sunt. » H paraissait déjà assez invraisemblable que saint Épiphane, qui a tant voyagé, n'eût pas remarqivô jusqu'à cette époque le développement pris par l'art chrétien à la fin du iv« siècle. Mais une découverte de M. D. Serruys a rendu tout à fait problématique l'authenticité de ce passage de la lettre d'Épipbaufi. Ce passage en effet s'est retrouvé eu grec dans un ouvrage inédit du patriarche Nicéphore de Constantinopie contre le concile iconoclaste de 815 (cf. infra, p. 470). Or, de la comparaison du texte grec avec la traduction latine, il appert aianifeslement, d'abord que cette traduction, absolument lâche et peu scrupuleuse, ne saurait être attribuée à saint Jérôme; puis que ce fragment qui, dans le grec, a son introduction propre, a été ajouté après coup à la lettre de l'évèque de Cons.taniia. Quelle est donc son ori. gine? Nicéphore nous l'apprend en indiquant qu'il apparut pour la première fois dans un recueil iconoclaste de textes des Pères, les uus authentiques, d'autres apocryphes, contraires aux saintes images. M. Serruys n'hésite pas à regarder celui-ci comme un faux {Comptes rendux de rAcadémie des Inscripiions et Belles-Lettres, 1904, p. 3(>0-363). — Au Vil" concile général, on cita de saint Epiphane un autre fragment qui condamnait l'usage des images dans les églises et les cimetières,, et que le concile rejeta comme apocryphe (Mansi, XIII, 292 et suiv.).

LA CONTROVERSE DES IMAGES. km:

Ckinstô,, née perhoc una est crucis et Christiinatuf a ^ ., »- Evagriua (vers 593) rapporte: un miiraQl-e' arrivé à Apamée pendant l'ostensioiii et radoratioode k croix ^ ;; et l'on sait qu'un des reproches l'aita aux paulici^eoas^ était précisément de ne point adorer la croix.

D'autre part, nous sommes au moment où fait son chemin en Orient La croyance aux images de Jésusr- Christ ou de la Vierg^e a;^eipoTrotv)Tai,, c'est-à-dke nonfaites de main d'homm«:, e:t ayant une origine miracibleuse. L'histoire de celle de Notre-Seigneiïr envoyée par lui au roi d'Edessey, Abgar,, est déjà racontée à la fin. du i\^ OUI a^u début du v^ siècle par la Doetriite d'Addaï syriaque^. Evagrius connaîïi les destinées, subséquentes de cette image, et sait comment, grâce, à elle, la ville d'Edesse a été protégée contre les attaques de Chosî!oès ■^. Le. voile de sainte Véroniqu-^ a. sa. plus ancienne attestation, dans la Mors Pilatiy diont lar première réda-etion remonte au milieu, du iv^ siècle ^«, Zacharie de Mitylène (vers 562) parle d'images analogues, et des temples éle-wés pour les recevoir ^. De pareils récits ne pouvaient qu'encourager le^ culte rendu aux images,, et aussi le voyons-nous, à celteépoque, s'affirmer nettement. Le VIP concile général,, dans sa cinquième session, a cité une lettre dé saint Siméon Stylite le Jeune (-}- 596) à l'empereur Justin, réclamant la punition de malfaiteurs qui ont, dans une église, profané l'image du Filsd^ Dieu et de sa sainte Mère : c'est, aux yeux de Siméon, une impiété et une

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