Mansi, col. 45; P. G
4. Mansi, col. 53; P. G., 4G08, 1609. Le concile quinisexte de 692 s'est occupé des images dans son canon 82. Il les appelle « vénérables », mais prescrit de représenter désormais Jésus-Christ sous sa forme humaine, et non sous celle d'un agneau (Mansi, XI, 977-980).
450 BISTQIRE DES DOGMES;
rOrient et conGernent surtout l'Orient. L'Occiiilienit aivait a*ussi accepté le culte des images, bien qu'il ait probasblement. gardé dans les manifestations de ce culte' plus de firoideur et de réserve. Oa ai lu plus haut l'affirmation du diacre Rusticus relative à l'adoration de la croix. Fortunat, dans son poème sur saint Martin, écrit avant le mois de mai 576, park de l'image du saint devant laquelle brûlait une lampe.: une onction de l' huile de cette lampe l'avait guéri Itiimême d'un mal d'yeux :
Hic paries retinet sancti snb imagine formam, Amplectenda ipso dulci pictiira colore.
S-ub podibiis iusti paries habet arLe fènestram : Lycbnus adest, cuius vitrea natat ignis in urna i.
Le témoignage de saint Grégoire, pape, mérite d'iautant mieux d'être examiné qu'on a souvent présenté ce pontife sinon comme un ennemi du culte des images, dii moins comme voul'ant délibérément l'ignorer. En 599, saint Grégoire écrit à l'évêque de Caralis, Januarius, au sujet d'une synagogue juive dont les chrétiens s'étaient emparés, et dans laquelle ils avaient transporté une croix et une image de la Yierge. Le pape ordonne à l'évêque de rendre aux juifs leur synagogue, après qu'on en aura retiré avec l'honneur qui convient l'image et la croix : « ut, subiata exinde cum ea qua dignum est veneratione imagine atque cruce, debeatis quod violenter ablatum estreformare ^». C'est
i. De vita S. Martini, 11 b. IV, vers. 698, 093 (P. L., LXXXVIII, 426).
2. EpisL, IX, 6, col. 944. On cite de saint Grégoire un passage plus explicite en faveur du culte des images qui se trouve dans VEpist. IX, 52 à Secundinus. Dans ce passage, le pape dit à Secundinus qu'il lui envoie les images que celui-ci lui a demandées, à savoir une croix,. et des images de Notre-Seigneur, de la Vierge et des apôtres Pierre et Paul, puis il continue : « Scio quidem quod imaginem Solvatoria nostri non ideo petis ut quasi deum colîis, s€d ob recordatiooeni Filii Dei in ei«s amore recaleseas cuius te imaginem videre desideras. Et nos quidem non quasi anle divinitatem aute- illam prosleriiimur, sed' illuin
donc avec un respect relig-ieux (cum veneratione) que saint Grégoire veut que l'on^ traite l'image et la croix. Mais, en ran 600, nouvelle lettre au sujet des images. L'évêque de- Marseille Serenus^ dans un mouvement de zèle' excessif, et craignant que son peuple ne tombât dans l'idolâtrie, avait brisré les images de son église. Saint Grégoire l'en blâme. L'antiquité a admis les images, non comme objet d'adoration, mais comme moyen d'instruction pour les ignorants qui, par les images, apprennent ce qu'ils^ doivent adorer et comment ils doivent se conduire. C'est le point de vue auquel le pape se met ex<îlusivement :
« Aliud est enim piciuram adorare, aliud per picturae historiam quid sit adorandiim addiscere. Nam quod legentlbusscriptiira hoc idi otis praestat pictura cernentibus, quia in ipsaetiam ignorantes vident quid sequi debeant, in ipsalegunt qui litteras n&sciunt. Und'e et praecipue gentibus pro lectione pictura est... Fr angi ergo non debuit quod non ad adorandum in ecclesiis, sed ad instruendas soltimmodb mentes fuit nescientium collocaluno ^. i)
C'est à tort, à mon avis, qu'on- a voulu conclure de ces paroles que saint Gré goire condamnait absolument toute espèce de culte rendu aux images. Le texte de la lettre à Januariu^s prouve le contraire. Si le papa ne parle pas ici de culte, c'est qu'ayant affaire, d'une part, à un peu pie porté à la superstition — Serenus avait cru saisir quelques pratiques- idolâtriq^es, — de l'autre à un évêque mal disposé vis-à-vis des images,
sdoramus quem per imagi nem aut natum, aut passum, sed et in throno sedentem recorda.mur. Et dùm nobis ipsa pictura quasi scriptura ad memoriam Filium Dei reducit, aniraum nostrum aut de resurrectione laetillcat, aut depassione demuicet. » Il est juste de remarquer que ce témoignage sur les images n'existe que dans un très pelit nombre de manuscrits de cette lettre : « Pauci sunt qui habent », disent les éditeurs bénédictins. lia été cité cependant par le pape Hadrien dans sa réponse aux reprehensionesde Charlemagne (vers 795). V. plus bas, p. 477, 4. Epist. XI, 13, col. 1128.
il a cru plus utile de se borner à des considérations aisément acceptées de tous et dont on ne pouvait abuser. Retenons plutôt le mot par lequel l'auteur constate que le zèle iconoclaste de Serenus est en opposition avec la conduite universelle de l'épiscopat : « Die, frater, a quo factum sacerdote aliquando auditum est quod fecisti? Si non aliud, vel illud te non debuit revocare ut, despectis aliis fratribus, solum te sanctum et esse crederes sapientem? »
Au début du vin® siècle, au moment où va commencer la lutte iconoclaste, le culte des images aussi bien que leur usage est donc généralement reçu. Et cependant, avec l'opposition déjà mentionnée des juifs et des pauliciens ^ nous avons à signaler, dans la période du V® au VII® siècle, la résistance à cet usage de nouveaux adversaires : c'est celle des monophysites.
Tbéophane assure dans sa Chronique'^ que Philoxène de Mabboug rejetait les images de Notre-Seigneur et des saints. Son assertion est confirmée parla réfutation des résolutions iconoclastes, lue au VIP concile général ^, et par un passage de V Histoire ecclésiastique du monophysite Jean, lu dans la cinquième session du même concile ''. Il y est dit que Philoxène ne pensait pas qu'on honorât le Christ en en faisant des images, qu'il regardait comme illicite de représenter dans un corps les anges, êtres spirituels, et comme puéril de figurer le Saint-Esprit sous la forme
1. Les pauliciens sont une branche de manichéens nés dans la deuxième moitié du vu* siècle, et dont l'histoire est assez bien connue. Il est vraisemblable qu'ils repoussaient toute espèce d'imayes ; mais il est certain qu'ils se refusaient à adorer la croix : Tôv t-jttov xal Tyjv evépyetav xal 5uva{JMv toO Tiatou xal ÇwoTiotoO cTaupoO [xy) à.7zooiyza%a.\. , dit Pierre de Sicile dans l'exposé qu'il lait de leur doctrine (Historia manichaeorum, 10; cf. 7, 29; P. G., CIV, 1256, 1249, 1284).