Lib. pontif., I
2. Les deux leUres publiées dans Mansi, XH, 959 et 975, ne sont pas authentiques. Elles paraissent avoir été fabriquées à Constanlinople même et par un contemporain des événements. A ce titre, elles ont une valeur documentaire (L. Duchesne, Lib, pontif.., I, 415, note 45).
leitti^es oiiil,réclamait en faveur de l'orthodoxie persécu.tée. Ces missives ou ne furent pas remises ou furent interceiptées. D'une cinquième tentative on ignore le résultat précis ^ Mais le .pape n'avait pas attendu ce moment pour préciser ^on attitude doctrinale. Le l^"" novembre 731, un.concilc de quatre-vingt-treize membres, qu>il , fit tenir à la confession de saint Paul, décida « ut siquis deinceps, an^tiquae consuetudinis apostolicae ecclesiae tenentes fidelem.usum contemnens, adversu3 eandem venerationem sacrarum imaginum, videlicet Dei.etdomini no^tri Jesu Chris.ti et genetricis eius semper virginis immaculatae atque glorio&ae Mariae, ibeatorum £^postoloi;um et omnium sanctorum depositor . atque destructor et profanator vel blasphemus extite- •rit, sit extoj?ris , a co^pore et sauguine domini postri I^su ChriQti, vel totius ecclesiae uï>itate atque Qomjpage^ ».
A cette décision Léon répondit en équipant uiae flotte qui devait vaincre les résistances du p^^pe et des -populations italiennes. Elle fît naufi^p^ge dans l'Adria- •t^ique.Il s'en prit,alars.à la Sicile.et aux Calabres; il .chargea les .habitants .d'impôts, coufî^qua les ,pa.tri- <nïpines de l'Église romaine, et rattacha à l'obédience, de Cpnstantinqple lesévêch^s dçil'Itc^Jie inéridionale. C'.értai^nt, en somme,4esTjçprésaiU6s d'un4JTipui^ant.
. JEn Apie^t| (i'aifU^^ï?S jret,pr^cQ4#ftt riiEiêpae ^es. déqisipns ropiaines, ,une .voix érudite s'était élevée en faveur rdes limages. Saint.Jean Dataascèwe .était entré en lice.
;Ses,ti'0|is discjoufs.sur.les.ims^ges^ datent, le pre-
1. Lib.pontif., 1,416,417. Les lettres étaient adressées à Anastase et
aux deux empereurs Léon et Constantin (Copronyme). % Lib..P,ontif.,.l,,^^' 2,. P. G., )^G1V, 1232-1420. On y pe.ut î^jauter (çe que .l'auleyr a.jéarit ,^j: les images dans le De fide,mthQ4Qip(^yl%My,V(S^\^\m\xil9,^\. .qu'i^p
paie abrégé 4es djscqùrs.
LA' GCTNTROtEïtSE DES IMAGES. 45»
mier pi*obablement dfe 726, le deuxième de 730 enviroti, le troisième d''un peUplusUard. Ils offrent un fond d'idéies commun, et plusieurs passages de rédaction presque identique. Chacun d'eux se' termine par' une série^ de témoignages patristiques ^
En voici le résumé doctrinal :
Dteusftn's doute est invisible, illimité, ab-soltin^e^i*! incorporel : on ne peut dotic le représenter tel' qu'il es^ dans une image sensible', bien qu'ilse soit fait con«affi*ê aux prophètes- sous des images ou espèces puremfe'nt intelligibles (i-, 4; ii, 7, 11; m, 4,' 9, 24). Mais ce Dieu s'e=st fait homme, et comntfê? tel on peut le peindre et le
représenter : où Tf,v aopoJTOv^ elxovl'C,w ^zotrira'^ aÀV ztMvi^or 6cou T^.v ôpîzOcTffav o-apxa* (r, 4, 16; m, 6). De même, oû' peut représenter la Vierge', lès saints, et généraletwent tous les êtres corporels (i, 19; m, 24). Quant aux ange&' aux démons, et aux âmes humaines, on les peut représenter aussi; car bien qu'ils soient immatériels si on les considère par rapport aux corps terrestres-, ils ne sont pas absolument simples, ils sont' corps- (ctouaTa) si on les compare à Dieu : ils sont iînig, circonscrits, limités à un lieu, et c'est sous des images ou figures qu'ils nous ont été révélés- (m,. 25). — ■ Voilà= pour la possibilité des images religieuses. Mais est-il permis d'en fèiire etd-en user?' On objecte à cette permis-s^i on' les prohibitions de l'Ancien Testament. Elles n'étaient pas aussi absolum qu'on Id prétend (i, 20viiv9'; mi; 9J; et d^ plus efUë^ sont a-bolies;, carnoiis^nés'ottltneS plus" sous le règne de la Loi, mais sous celui de la Grâce ; nous ne somme»
1. Plusieurs de ces témoignages sont apocryphes. Quelque remarquables d'ailleurs que soient ces discours au point de vue' théorique, ils portent la marque de la décadence. La critique historique y est parlois en défaut, et l'auteur paraît disposé à tout accepter en fait de merveilles et de légendes favorablels à ses vueà.
plus des enfants : nous sommes à l'âge mûr du Christ (i, 6-8 ; II, 7, 8 ; m, 8). Dieu, en se rendant visible, nous a en quelque sorte incités à faire son image visible (ii, 5). Du reste, l'usage et la tradition de l'Église sont là qui autorisent les images ; et cette tradition, même en dehors de l'Écriture, est suffisante (i, 23; ii, 16). Et puis, est-ce que les images ne sont pas partout? Est-ce que Dieu n'est pas l'auteur de multiples images? Le Filsest l'image du Père (i, 9; m, 18); en Dieuse trouve l'image de ce qu'il doit créer (i, 10 ; m, 19) ; le monde et l'homme surtout sont l'image de Dieu, de la Trinité (i, 11; III, 20) ; tout l'Ancien Testament n'est qu'une figure et une image du Nouveau (i, 12; m, 22); et qu'est-ce que l'histoire, que sont les monuments du passé, sinon des images de ce passé? (i, 13; m, 23).
L'usage des images est donc légitime.
Peut-on en dire autant du culte qu'on leur rend?
On objecte, pour nier la légitimité de ce culte, que les images sont de la matière, qu'elles sont créées, et que le culte n'est dû qu'à Dieu. C'est vrai : les images sont en soi de la matière, elles sont créées; mais il s'agit précisément de savoir si les choses créées et matérielles ne peuvent être l'objet d'une vénération etd'un culte. Or, est-ce que le corps et le sang de Jésus-Christ ne sont pas matière et créés ? Et cependant nous les adorons. Est-ce que la croix, les calices, les instruments du culte ne sont pas matériels? Et cependant nous les honorons. Ne médisons donc point de la matière : ce serait du manichéisme : [iri xaxi^g tyiv uXtjv où Y«p aTi(j.oç (i, 16; II, 13, 14).
D'ailleurs, il faut distinguer plusieurs sortes de culte. Le culte rendu aux images n'est pas un culte absolu, mais relatif, qui se rapporte, en définitive, à l'original. C'est le grand principe proclamé par saint Basile: ^ yàp TÎjç eîxovo; tiixt) Ttpoç tbv TtptoToxuTrov Siaêaivet
(i, 21). Ensuite, autre chose est Tadoration de latrie ^, tri; Xaxpeiaç T:po(7xuv/;(yiç), autre chose l'adoration de respect (vi iy. Ti[j.r\<; Trposayoasvr,), qui a pour objet les personnes ou les choses en qui se trouve quelque excellence ou quelque dignité spéciale (i, 8, 14) : car le mot 7rpoaxùv-/]aiç signifie bien des sentiments : le respect, l'amour, la crainte révérentielle, la sujétion, l'humiliation (m, 40). Or, l'adoration de latrie ne se rend qu'à Dieu; malheur à qui adorerait ainsi les images! (i, 16; II, 11;. III, 9, 40); mais la vénération, l'hommage, la TTpoaxuvTjCiç Ti[jLr,Tiy.vi peut et doit se rendre à tout ce qui est revêtu de quelque dignité (m, 40) : hommage religieux, s'il s'agit de choses ou de personnes ayant une excellence religieuse, tels les saints, les reliques, les objets du culte, la Bible ; et c'est dans cette catégorie que rentrent les images de Notre-Seigneur et des saints (m, 33-36) : hommage civil, s'il s'agit de personnages ayant une prééminence dans l'ordre social, tels que nos maîtres, les princes, etc. (m, 37-39).
L'essentiel de sa démonstration achevé, saint Jean Damascène n'oublie pas, ppur la fortifier encore, de rappeler la multiple utilité des images.
Elles sont un moyen d'instruction : c'est le livre des ignorants : orcep toïç Ypaaaacri {jLeavr|iJt.£voi<; rj 8(êXo; touto xal Toîç àypatJLtJLàTOK; :^ Eixtov (i, 17).
Elles sont des mémoriaux qui nous font souvenir des bienfaits deDieu etdes mystères de Notre-Seigneur II, 18).
Elles sont de puissants excitants pour le bien : les «xemples des saints qu'elles mettent sous nos yeux iDOus portent à les imiter (i, 21).
Et enfin elles sont, d'une certaine manière, des canaux de la grâce. C'est ici une conception propre à la théologie grecque : les images sont des sortes de sa- -crements ; elles ont reçu une vertu sanctificatrice en
462 lïISTOlRÉ DES DOGMES.
considération des personnages saints qu'elles repré-^ sentent : Xapiç SiÔ6ifoii ^sia TOclç uXaiç ôtà tt^ç etxovtÇbti/ivoiv 7t()acr,Yopiaç (i, col. 1264 ; i, 16; ii, 14).
Telle est, dans ses grandes lignes, l'apologie que^ dans le second quart du viii^ siècle, saint Jean Damascène présentait des saintes images. Comme on a pu le voir, il avait élargi le débat et rattaché très habilement la question du culte et de l'emploi des images à la question du rôle joué par les rites et objets sensibles dans l'œuvre de notre salut et de notre sanctification, à la question de la possibilité pour la matière d'être sanctifiée et élevée à un état surnaturel. C'était un terrain solide, et où l'onnepouvait l'attaquer sans attaquer les coutumes les plus universellement reçues. Mais d'ailleurs, et pour tout conclure, il déclarait énergiquement — et cette déclaration lui était plus facile qu'à d'autres, puisqu'il vivait hors des limites de l'empire — qu'il n'appartenait point à l'empereur de trancher cette question de la légitimité des images, et que le prince n'avait, pour le faire, ni autorité, ni compétence : 2uvdotov raura ou paaiXÉwv (i, col. 1281). Ou SaaiXswv IffTi vofxoôsTeîv tî; 'ExxXr,cr{ar... ^aci- Xsojv Itfttv -^ TToXiTix'/; £U7rpa^ta' rj os IxxXriUiao'TiX'J) xaràffracrK; ^ct^Evwv xai ôtoaGxàXwv(i, 12). Plût à Dieu que les Grecs se fussent souvenus plus souvent de ces principes !
§ 4. — Constantin Copronyme et le concile d'Hiéria,
Léon risaurien> mourut le 18 juin 740'. En somme, il n'avait poussé que mollement à la destruction des image? et, seules, les provinces d'A&i-e Mineure, où se trouvait la force du parti iconoclaste, s'étaient, sens son règne, détachées de l'orthodoxie. Mais le lils de Léon, Constantin V surnommé Coproiiyme, qui lui succéda, était
LA GONTflOVERSE DES' IMAGES. 463
bien décidé à réaliser jusqu'au bout le programme paternel, et' à vaincre, coûte que- coûte, toutes les résisttinces'. Grâce à son fanatisme, le conflit prit un degré d'acuité atroce- : il sembla que, dans l'empire, oh était' revenu aux plus mauvais' jours des persécutions païennes.
Gopronyme fut cependant empêché d'abord d'ex^i» cut-er ses projets par une révolte de son beau-frère Artavasde, qui s'empara momentanément de Constantiîiople, et rétablit' le culte des images (74i). Le succès de' ce mouvement lit-il compren4re' à Constantin qu'il devait ménager un peu l'opinion de ses sujets ? G'est possible; car, rentré en possession de sa capitale (no^ vembre 742), il maintintjusqu'en 7o3la tolérance rela*tive à laquelle son^ père s'était résigné. Mais en 753, il se mit à l'œuvre d'-e sa réfbrme.
11 lui parut qu'avant tout — chose négligée jusque^a -— il fallait obtenir de Fensemble de l'épiscopat une décision doctrinale et desanathèmes sur lesquels l'État appuierait ses décrets de répression. Un concile fut convoqué au palais d'Kiéria, qui s'ouvrit le 10 février 753 et compta trois cent trente-huit évêques. Les patriarcats d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie non' plus que le pape n'y furent pas représentés, ce qui lï'empêeha pas l'assemblée dé- se proclamer œcuménique.Théodose d'Éphèse présidait. Les actes du con'cile »i©nt peT>dus<; mais nous avons son cfpoç ou décision finale, suivie des anathématismes, conservés déus les a-ct^esdw VIP concile général *. On y déclare à la fois imposa sible et illicite de faire des images religieuses, d'en user et de leur rendre un culte. En ce qui concerne en particulier l'impossibilité de peindre des images de Jésus-Christ, la raison alléguée est celle qui a été rap-
1. Sixième session, Mansi, XIII, 208-356. Le texte, imprimé en italiques,, est coupé par fragments, suivis cliacun d'une réfutation.
464 HISTOIUE DES DOGMES.
portée plus haut : car, dit-on, ou bien l'artiste prétend représenter tout Jésus-Christ, homme et Dieu, et alors il circonscrit la divinité et confond les natures ; ou bien il prétend ne représenter que l'humanité, et il divise ce qui doit être uni ; il fait un corps àôsonov, il tombe dans le nestorianisme, et ceux qui vénèrent cette image partagent son hérésie ^ L'unique image que le Sauveur nous ait donnée de lui-même est l'eucharistie, le pain et le vin consacrés 2. Quant aux images de la Vierge et des saints, elles sont interdites par l'Église, qui repousse les idoles et l'idolâtrie^. Les saints, d'ailleurs, vivent avec Dieu, et c'est une impiété que d'essayer de prolonger, par les images, leur vie terrestre : c'est les déshonorer que de représenter leurs personnes glorieuses par une vile matière^*. Suit une série de textes de l'Ecriture et des Pères pour appuyer ces raisons. Puis le concile décrète que toute image peinte ou de quelque nature qu'elle soit doit être rejetée de l'Eglise comme contraire à la foi et abominable ^ ; que si quelqu'un ose en faire, en adorer, en exposer dans l'église ou dans sa demeure ou en cacher, il sera déposé, s'il est évêque, prêtre ou diacre ; il sera excommunié s'il est moine ou laïque.*^. On défend cependant de mettre la main, sous prétexte de détruire les images, sur les vases sacrés et autres objets du culte qui pourraient en porter '^.
A la suite de ces dispositions viennent les anathèmes du concile qui reproduisent, sous une autre forme, ses décisions doctrinales. Le dernier était porté contre