‹ Histoire des dogmes dans l'antiquité chrétienneChapitre 64 sur 424 · Mansi, V · texte numérisé non relu

Mansi, V

86 HISTOIKE DES DOGMES.

Cette lettre^ a joué dans l'antiquité un rôle considérable, et a toujours été regardée comme un document dogmatique de premier ordre. Le souffle théologique y est cependant beaucoup plus faible que dans les œuvres de saint Cyrille, et la spéculation proprement dite n'y occupe aucune place. Saint Léon ne veut ni discuter, ni démontrer : il prononce et il juge. Il reproduit simplement la doctrine de Tertullien et de saint Augustin, celle des orientaux dans ce qu'elle a de correct ; mais il l'expose avec une netteté et une vigueur remarquables, et surtout dans un style dont on avait, en occident, perdu le secret. Cette doctrine se résume en ceci :

1° Jésus-Christ n'est qu'une seule personne : le Verbe et le Christ ne sont pas deux mais le même individu : « Qui manens in forma Dei fecit hominem, idem informa servi factus est homo(3) ... Unus enim idemque est, quod saepe dicendum est, vere Dei Filius et vere hominis filius (4). »

2° Mais dans cette personne unique il y a deux natures, la divine et l'humaine sans confusion ni mélange : « Salva igitur proprietate utriusque naturae et substantiae, et in unam coeunte personam, suscepta est a maiestate humilitas, a virtuteinfir mitas, ab aeternitate mortalitas... Tenet enim sine defectu proprietatem suam utraque natura, et sicut formam servi Dei forma non adimit, ita formam Dei servi forma non minuit (3)...Quamvisenimin Dpminolesu Christo Dei et hominis una persona sit, aliud tamen est unde in utroque communis est contumelia, aliud unde communis est gloria (4). »

3« Chacune de ces natures a ses facultés propres, son opération propre, qu'elle n'accomplit pas indé-

i. La voir dans P. L., LIV, 755; Mansi, V, 4366; Hahn, Bibliolh., S ««*.

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pendamment de l'autre et en dehors de l'union qui est permanente, mais dont elle est cependant le principe immédiat : c'est la conséquence de la dualité des natures : « Agit enim utraque forma, cum alterius communione quod proprium est, Verbo scilicet opérante quod Verbi est, et carne exsequente quod carnis est (4). » Tout ce chapitre développe cette idée.

4° D'autre part, l'unité de personne entraîne la communication des idiomes : « Invisibilis in suis visibilis factus est in nostris; incomprehensibilis voluit comprehend), etc.. (4). Propter hanc ergo unitatem personae in utraque natura intellegendam, et filius hominis legitur descendisse de caelo cum Filius Dei carnem de ea virgine, de qua est natus, assumpserit. Etrursus Filius Dei crucifixus dicitur ac sepultus, cum haec non in divinitate ipsa, qua Unigenitus consempiternus et consubstantialis est Patri sed in naturae humanae sit infirmitate perpessus. Unde unigenitum Filium Dei crucifixum et sepultum omnes etiam in symbole confitemur (5). »

Telle était, clairement indiquée, la doctrine christologique que le pape voulait faire triompher à Éphèse, et dont il avait confié la fortune à trois légats, Julien évêque de Pouzzoles, le prêtre René, qui mourut avant le terme du voyage, et le diacre Hilaire. Mais du reste on voit, par quelques lettres écrites peu après par saint Léon, qu'il augurait mal du concile sur le point de s'ouvrira La suite n'allait que trop justifier ses craintes.

Le concile en effets convoqué pour le 1" août 449, devait être présidé par Dioscore, assisté de Juvénal de Jérusalem et de Thalassius de Césarée en Gappadoce. Les évêques qui, au concile de Constantinople,

1. Epitt. XXXVï et xxxvn. Théodore! avait la mêiut impression (Epist. XVI, CXU).

avaient condamné Eutycliès, ne devaient pas avoir droit de vote, puisqu'il s'agissait de contrôler leur sentence. Théodoret avait reçu défense d'y assister. En revanche, l'empereur avait voulu que l'archimandrite Barsumas de Syrie, sorte de sauvage et monophysite renforcé, prît part aux séances. Dans ces conditions, tout s'annonçait pour le triomphe d'Eutychès et de Dioscore.

Ce triomphe fut complet : il fut excessif. Il n'entre pas dans notre sujet de raconter les diverses phases de ce concile que saint Léon a caractérisé du nom qui lui est resté, celui de hj'igandage\ 11 n'y fut question du dogme que pour approuver les déclarations d'Eutychès, et protester contre la doctrine des deux natures après l'union. Quant aux instructions du pape, elles furent systématiquement passées sous silence. Outre cela, Eutychès définitivement rétabli dans ses fonctions, Flavien, Domnus d'Antioche, Ibas, Théodoret, Eusèbe de Dorylée déposés, le patriarche de Constantinople ignominieusement maltraité, les évêques contraints de signer en blanc sous la menace des épées et des bâtons, des moines fanatiques faisant la loi au synode; tel est le bilan de cette assemblée, une des plus lamentables que l'histoire ait connues et qui porta à l'Église grecque un coup funeste. Cent trente-cinq signatures furent recueillies en faveur de ces violences que l'empereur approuva à son tour 2. Les légats cependant n'avaient point signé; ils étaient parvenus à s'enfuir, et, avant de partir, avaient pu recevoir les deux

î. Une partie des actes du brigandage d'Éphèse a été conservée en grec dans ceux du concile de Chalcédoine où on les lut (Mansi, VI). Une recension syriaque a été retrouvée dans un manuscrit du vi» siècle, et publiée et traduite par P. Martin, Les actes du brigandage d'Ephèse, Paris, 1876, et par F. Perry, The second synod of Ephesus, Dartford, 1881. Cf. Hefkle-Leclercq, Histoire des conciles^ VLy l,p. 555 et suiv.

% Mamsi, vu, 495 et suiv.

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appels au pape de Flavien et d'Eusèbe '. Le pape ne devait pas laisser tranquillement triompher l'iniquité.

§ 2. — Le concile de Chalcédoîne

Le 29 septembre 449, saint Léon tenait à Rome un concile assez nombreux qui condamna ce qui s'était fait à-Ephèse, et, le 13 octobre, envoyait à l'empereur deux lettres de protestation ^. 11 y réclamait un concile général qui serait célébré en Italie. Sa demande, bien qu'appuyée par l'empereur d'occident, n'eut aucun succès. Un réconfort cependant vint au pape et d'une lettre de Théodoret qui en appelait à lui de la sentence du brigandage d'Éphèse ^, et d'une lettre de Pulchérie qui lui témoignait de son horreur pour la doctrine d'Eutychès'*, et d'une lettre même d'Anatolius, le nouveau patriarche de Constantinople sacré à la place de Flavien, qui lui faisait part de son élection ^. Cette dernière démarche indiquait chez Anatolius un désir de rapprochement, et saint Léon, pour en profiter, avait déjà envoyé des légats à Constantinople, quand un événement vint tout à coup précipiter la solution.

Le 28 juillet 450, Théodose II mourait sans postérité masculine. La couronne revenait à sa sœur Pulchérie,

1. Le texte des deux appels a été publié par T. A. Lacey, Appelîatio Flaviani, 1903.

2. Voir, entre les lettres de saint Léon, les lettres LV-LVni etLXlI-LXIV.

3. Théoboret, Epist. CXni. Cette lettre est fort belle. Après avoir nettement reconnu la primauté du pape, Théodoret disait à saint Léon la joie que lui avait causée la lecture de la lettre à Flavien, et racontait comment il avait été condamné par Dioscore, sans avoir été cité et entendu. Puis il en appelait au siège apostolique : « Pour moi, j'attends la décision de votre siège apostolique : je prie et conjure votre sainteté de me secourir, moi qui en appelle à votre juste et intègre jugement de m'ordonner de venir vers vous, afin que je montre la conformité de ma doctrine avec les enseignements apostoliques » (P. G., LXXXIIi, 1316, 1317).

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