In epist. ad Rom., hom. XVI, b
particulier de tel ou tel détail qu'ils présentent. Dans l'ensemble pourtant, nos deux auteurs maintiennent l'homme dans la dépendance de l'action divine, et font très large la part de la grâce dans le bien qu'il accomplit.
§ 3. — Sotériologie 1.
Cette grâce dont l'homme avait besoin ne pouvait cependant qu'être le fruit d'une restauration de sa chute. Dieu allait-il relever l'homme tombé, et comment pouvait-on concevoir ce relèvement? Saint Athanase examine la question dans VOratio de incarnatione, 6-9. Trois solutions, observe-t-il, se présentaient, en dehors de l'incarnation. Ou bien Dieu pardonnerait purement et simplement à l'homme, et n'exécuterait pas l'arrêt de mort porté contre lui en cas de transgression. Solution impossible, car Dieu ne peut mentir à sa parole. Ou bien Dieu laisserait l'homme périr, et la corruption (cpôopa) faire son œuvre dans le monde. Mesure qui ne convenait guère mieux, parce que, ainsi, le plan de Dieu serait ruiné par la malice du démon, et l'on verrait disparaître de la terre l'être raisonnable , participant du Verbe (6j. Ou bien enfin. Dieu exigerait de l'homme qu'il fît pénitence et lui remettrait sa faute. Et cette solution serait encore incomplète : car la pénitence, qui efface les péchés passés et préserve des péchés à venir, ne remédie pas à la corruption et à la mortalité, peine du péché et partie de notre nature :
OUTS Sa ^ asTocvoia olizo twv xaià ï»Û(Tiv txvaxaXsÎTai (7). Un seul
moyen restait donc : à savoir que le Verbe de Dieu, seul capable de tout restaurer parce qu'il avait tout créé, prît un corps humain, et livrât à la mort ce corps
1. V. J. Rivière, Le dogme de la rédemption, Paris, 1905, chap. ix-xu C. VAN CnoMBRUGGE, De soteriologiae christ, prim. font., Lovanii,i905.
pour tous les hommes (àvTi Ttavxwv). De cette façon, tous mourant pour ainsi dire en Jésus-Christ (ôk (jièv TravTwv STToOavovTwv Iv auxw) , la sentence de mort portée par Dieu serait, d'une part, exécutée ; mais, d'autre part, Jésus-Christ revenant à la vie et la grâce de sa résurrection nous étant communiquée, Thomme se trouverait affranchi à l'avenir de la loi de corruption qui pesait sur lui (7-9).
Athanase conclut ainsi de la volonté rédemptrice de Dieu à la nécessité de l'incarnation et de la mort de Jésus-Christ. On verra que ce raisonnement est généralement adopté par les Pères grecs du iv" siècle. Quant aux idées sotériologiques qu'ils émettent, elles ne sont, dans l'ensemble, ni systématiques ni exclusives. Quelques-uns d'entre eux seulement paraissent s'attacher de préférence à tel ou tel mode de concevoir et d'exposer le comment de la rédemption de Jésus.
Ces conceptions peuvent se ramener à trois types, ou constituent, si l'on veut, trois théories différentes. C'est d'abord la théorie mystique ou physique, dans laquelle l'incarnation joue le rôle principal. La nature humaine est déchue ; le péché l'a souillée et l'a soumise à la mort; mais elle est prise par le Verbe, et ce contact intime avec celui qui est la Sainteté et la Vie substantielles la sanctifie et la vivifie elle-même. — Une seconde théorie est dite réaliste, et, sans exclure la première, met l'accent sur les souffrances du Sauveur. L'homme pécheur doit, pour rentrer en grâce avec Dieu, expier ses fautes et satisfaire à la justice divine. Jésus-Christ se substitue à lui, à tous les hommes, pour acquitter cette dette. Par ses souffrances et sa mort, il paie notre dette envers Dieu, il nous rachète; il expie nos fautes en subissant le châtiment qui nous était dû ; il satisfait à la justice, il apaise la colère de Dieu et nous le rend favorable; il offre, en un mot, à Dieu le
sacrifice expiatoire et propitiatoire qui efface les péchés du monde. Toutes ces idées, plus ou moins complètement énoncées, ne font qu'exprimer les divers aspects de l'efficacité du sang de Jésus-Christ pour nous rendre l'amitié divine et nous délivrer de la mort. — Enfin, on peut distinguer la théorie que Ton a appelée des droits du démon, et qui n'est souvent qu'une façon un peu singulière et oratoire d'exposer l'idée de rachat. Par le péché nous sommes devenus la propriété de Satan qui ne nous lâchera que moyennant un juste prix. La vie et le sang de Jésus-Christ sont ce prix payé à Satan. Celui-ci s'empare, en effet, du Sauveur mais il ne peut retenir sa victime, sa rançon. Jésus- Christ ressuscité lui échappe et se délivre lui-même.
Telles sont les trois formes principales sous lesquelles se sont présentées, dans l'antiquité surtout, les vues sotériologiques des Pères. Répétons que, chez ceux qui nous occupent ici, la première et la troisième, quand on les trouve dans leurs œuvres, n'excluent jamais la seconde, et qu'une efficacité spéciale est toujours attribuée par eux à la mort de Jésus-Christ. Ceci posé, on peut dire que saint Athanase et saint Grégoire de Nysse représentent particulièrement la théorie mystique ou physique ; Didyme, saint Cyrille de Jérusalem, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze mais surtout saint Chrysostome la théorie réaliste ; saint Grégoire de Nysse et, dans une certaine mesure , saint Basile la théorie des droits du démon.
Saint Athanase se sert de la première, contre les ariens, pour démontrer la pleine divinité de Jésus- Christ. La restauration de notre nature, en effet, ne peut être, en définitive, qu'un retour à la vie divine et à la participation du Verbe concédées d'abord à l'humanité : c'est une ôsoTroiviffiç. Cette divinisation comprend, avec la filiation divine et la ressemblance avec Dieu, l'im-
mortalité du corps (àcpôapaia). Comment se réaliserat-elle? Simplement par l'miion de notre nature avec celui qui est Dieu, propre Fils de Dieu, l'image parfaite de Dieu, la vie par essence. Car cette nature, à laquelle nous participons tous, se trouvant vivifiée et divinisée par cette union, nous, qui sommes concorporels (<7u<j- (Twfxoi) avec Jésus- Christ ^ nous trouvons par là même tous divinisés et vivifiés ; notre chair est, suivant l'expression d'Athanase, verhifiée (XoYoôeiariç tyjç (yapxoç Sià Tov Tou ÔÊOu Xo'yov) 2. « [Le Verbe] est devenu homme, afin de nous faire dieux en lui ^ ». « Il s'est fait homme afin que nous devinssions dieux : il s'est rendu visible dans un corps, afin que nous reçussions la connaissance du Père invisible : il a souffert l'outrage des hommes afin que nous héritassions de l'immortalité^. »
Dans cet exposé, Athanase paraît s'exprimer parfois comme si l'humanité du Christ n'avait pas été individuelle, mais eût embrassé de fait celle de tous les hommes. Il ne faut voir là qu'un abus du langage platonicien qu'on retrouve plus marqué encore chez saint Grégoire de Nysse. Dans son Oratio catechetica, celuici reprend, sous une forme absolumenttangible, la théorie physique de la rédemption. En Jésus-Christ les deux moitiés de notre nature, que la mort tend à dissocier, sont soudées à jamais (16) : « Dieu s'est mêlé avec ce que nous sommes, afin que, par ce mélange avec le divin, ce que nous sommes devînt divin » (25). Toute la nature humaine était unie, et par conséquent nous tous étions en quelque façon, dans le Christ, unis à Dieu ; et ainsi, en ressuscitant son humanité, le Christ a ressuscité toute l'humanité, tous les hommes (oXov (juvava(rTïi(jaç