Didyme, De trinit., II, 15, col
5. V. P. Batiffol, Études d'histoire et de théologie positive, 2« série, 3« édit., Paris, 1906. G. Rauschen, Eucharistie und Busssakrament in den ersten sechs Jahrhunderten der Kirche, Freiburg im Br., 1908.
superflu de les indiquer tous. On peut, en général, les grouper en trois classes. Les uns se rapportent à la présence réelle de Jésus-Christ dans l'eucharistie, et énoncent le fait que, après la consécration ou Tépiclèse, le chrétien possède, dans le sacrement, le corps et le sang du Seigneur. Une seconde catégorie présente un essai d'explication de ce fait, et met en avant l'idée de conversion. Enfin un troisième groupe de textes vise plus spécialement le caractère sacrificiel du service liturgique.
Disons donc d'abord que, sauf en quelques expressions ambiguës dont le sens peut aisément s'éclaircir, les Pères grecs du iv® siècle enseignent d'une façon très nette que les éléments eucharistiques consacrés contiennent ou sont réellement le corps et le sang de Jésus-Christ. Dans sqs Lettres festales^ saint Athanase suppose, sans s'arrêter davantage à l'établir, cette vérité reconnue (m, 3-5; v, 1, 5; vu, 5, 6; xiii, 7); mais dans un fragment de sermon Adnuper baptizatos conservé par Eutychius de Constantinople, il s'explique plus longuement' : « Tu verras les lévites apporter des pains et un calice de vin, et placer tout cela sur la table. Tant que les invocations et les prières ne sont pas commencées, il n'y a que du pain et du vin. Mais quand ont été prononcées les grandes et admirables prières, alors le pain devient corps et le vin devient sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Venons à la célébration des mystères. Ce pain et ce vin, tant que les prières et les invocations n'ont pas eu lieu, sont simplement [du pain et du vin]. Mais quand les grandes prières et les saintes invocations ont été prononcées, le Verbe descend dans le pain et le vin, et le corps du
1. p. G., XXV[, 1353. La traduction de ce passage, aussi bien que de tous les texies eucharistiques plus longs cités ici, est empruntée à MB' Ballffol, Op. cit.
Verbe est. » On a cité, il est vrai, en sens contraire et pour faire de saint Athanase un symboliste, le texte de sa lettre iv à Sérapion, 19; mais il est facile sinon d'en expliquer sûrement chaque terme, du moins d'en justifier la tendance et la signification générale. Saint Athanase veut prouver, dans tout ce passage, qu'il y a en Jésus-Christ deux éléments, l'un humain qui est le Fils de l'homme en la chair, l'autre divin à qui convient le nom d'Esprit. Pour ce faire, il montre Jésus-Christ promettant sans doute aux apôtres de leur donner son corps et son sang, le corps qu'il portait — et qui était son humanité, — mais de le leur donner en Dieu, en Esprit, comme un corps de Dieu, un corps céleste, une nourriture spirituelle (Trveu^xaTixtoç), capable d'être pour chacun une protection et un gage de résurrection pour la vie éternelle.
Didyme l'aveugle est dans la même note réaliste qu' Athanase ^ ; mais l'euchologe de Sérapion et les homélies de Macaire introduisent dans la doctrine eucharistique des termes nouveaux dont nous devons préciser la portée. Le premier, dans la formule d'anamnèse qu'il présente, appelle le pain et le vin la ressemblance (ô(jLo(oj[j.a) du corps et du sang du Monogène (xiii, 12, 14). Macaire, dans son homélie xxvii, 17, écrit que les prophètes et les rois ont ignoré « que dans l'Église est offert un pain et un vin figure (àvTiTUTTov) de la chair et du sang du Christ : ceux qui participent à ce pain visible mangent spirituellement (TTvsutjLaTixwç) la chair du Seigneur ». Le mot d'àvxtTUTTov prononcé ici par Macaire pour exprimer la relation du pain et du vin eucharistiques avec le corps et le sang de Jésus-Christ, se retrouve dans saint Cyrille de Jérusalem 2, dans saint Grégoire de Na-
1. De trinit., III, 21, col. 903, II, 6, col. 557. i.Catech. XXIII, 20; cf. XXII, 3.
zianze\ dans saint Epiphane^, dans les Constitutions apostoliques ^.
Pour juger de son sens précis, il faut d'abord achever notre enquête sur ce que nos auteurs disent de la présence réelle de Jésus -Christ dans l'eucharistie. L'euchologe de Sérapion, après l'anamnèse dont il a été question, fait prononcer par le prêtre l'épiclèse qui suit : « Dieu de vérité, vienne ton Verbe saint sur ce pain pour que le pain devienne corps du Verbe (iva YEVYiTai ô apxoç aco(xa xou Aoyou), et sur ce calice, pour que le calice devienne sang de la vérité (tva Ysvr.Tai to ttotvipiov cdjxoi TÎjç àXyiôeiaç). Et fais que tous ceux qui communient reçoivent le remède de la vie » (xiii, 15; cf. xiv, 2; XVI, 2, 3). Les passages sont nombreux dans les Constitutions apostoliques où il est simplement question, dans la forme ordinaire du langage liturgique, de l'offrande ou de la réception par les fidèles du corps et du sang du Seigneur^. Saint Basile, dans sa lettre cxiii, déclare bon et utile de communier tous les jours, c'est-à-dire « de participer au corps et au sang de Jésus-Christ » ; car c'est participer plus abondamment à la vie. A Césarée, continue-t-il, on communie quatre fois par semaine, le dimanche, le mercredi, le vendredi et le samedi, et aux jours des mémoires des saints; mais à Alexandrie, chaque fidèle emporte chez soi la communion et s'en nourrit quand il veut. Saint Grégoire de Nazianze exhorte les fidèles à manger et à boire sans honte et sans hésitation le corps et le sang de Jésus-Christ. Le prêtre qui célèbre attire le Verbe par sa parole et, par une division non sanglante, se servant de la voix comme d'un glaive, divise le corps