Haer. LXXVI
pour auteurs premiers Origène et Lucien d'Antioche. C'est une opinion au moins fort discutable en ce qui regarde Origène, mais exacte en ce qui concerne Lucien. Lucien \ né peut-être lui-même à Samosate et élevé à Edesse, était, vers l'an 260, le compagnon de l'évêque d'Antioche, Paul de Samosate. Celui-ci fut, comme on sait, condamné pour hétérodoxie en 267 ou 268, et, pendant les discussions que souleva son procès, Lucien paraît avoir été soupçonné de partager ses erreurs. Toujours est-il qu'il vécut excommunié sous les trois évêques successeurs de Paul, Domnus, Timaeus et Cyrille, s'occupant de critique biblique et d'exégèse. Sous l'épiscopat de Tyrannus, il fut réconcilié avec l'Eglise. En 312, dans la persécution de Dioclétien, il mourut martyr et fut honoré comme un saint. Des œuvres de Lucien il ne reste que peu de chose 2. Le concile eusébien d'Antioche de 341 lui attribua un symbole dont saint Athanase a conservé le texte ^ et duquel toute précision dogmatique est soigneusement écartée; mais l'authenticité en est fort douteuse. Il n'en demeure pas moins certain que Lucien — d'une façon plus ou moins consciente — a été le vrai père de l'arianisme. Les ariens de la première heure et les plus en vue ont été presque tous ses disciples et se réclament de lui. Écrivant à Eusèbe de Nicomédie, Arius appelle son correspondant son cher collucianiste (auX- XooxiavKyToc)'*, et Philostorge a laissé sur cette relation entre Lucien et l'arianisme des indications non équivoques ^.
1. Sources particulières : Suidas, sub verbo Lucianus. Eusèbe, Hist. eccL, VIII, 13, 2; IX, 6, 3. Une letlre d'Alexandre d'Alexandrie dans Théo. DORhj, Hist. eccL, ï, 3. Saint Epiphane, Haer. XLIII, 1; LXIX, 6; LXXVI, 3; Ancoratus, 33.
2. Le tout est réuni dans Routh, Reliquiae sacrae, 2* édit., IV, 1-17.