Epist. XV
sonne Victorin préférerait le mot subsistance : « Dictum de una substantia très subsistentias esse, ut ipsum quod est esse subsistât tripliciter, ipse Deus et Christus, id est Xo'yoç, et Spiritus sanctus ^ ». Ces trois subsistances sont l'une dans l'autre par la circumincession : « uterque in utroque — omnes in alternis existentes ^ ». Elles sont entre elles dans le même rapport que l'être, la vie et l'intelligence, la vie qui est le Fils n'étant qu'une forme de l'être qui est le Père, comme Tintelligence, qui est l'Esprit-Saint, n'est qu'une forme de la vie qui est le Fils ^. Par cet effort vigoureux pour ramener aux catégories plus générales de l'ontologie les données trinitaires de la foi, Victorin se pose en précurseur, non seulement de saint Augustin, mais des plus hardis scolastiques.
§ 4. — Création. Angélolog^ie.
Le néoplatonisme qu'il a porté dans sa doctrine de la Trinité, Victorin l'étalé aussi dans sa théorie de la création. Les essences des choses se trouvent potentiellement en Dieu qui les engendre, mais plus particulièrement dans le Logos, en qui tout être est insubstantié : « Semen est, et velut elementum omnium quae sunt ». « Insubstantiata enim sunt omnia ov-ca in lesu, hoc est Iv tw Aoyco ^ ». C'est le Verbe qui fait exister les essences, qui est l'organe de la création ^. Cette
1. Adv. Ariumy IT, 4, col. 1092 D; I, 41, col. 1972 A; III, 4, col. 1101 D.
2. Adv. Arium, 1,13, col. 1030 A ; 16, col. lOoO C. Cf. Hilvire, De triait., II, 4; VU, 41 ; IX, 51 ; Zéno.v, Tract. II, 1, 2 ; II, 2, col. 39-2; II, o,l.
3. Adv. Anum, I, 13, col. 1048 B; 63, col. 1087 CD; III, 7-9, COl. 1103- 1103; IV, 21, col. 1128 D.
4. Adv. Arium, 1, 23, col. 1039 A ; 2G, col. 1059 B ; III, 3, col. 1100 C ; IV, 4, col. 1116 C.
5. Adv. Arium, I, 33, col. 1006 C ; 22, col. 10o6 BC; Jn epist. ad Ephes., I, 9, col. 1266 A.
création d'ailleurs nous est dépeinte plutôt comme une sorte d'émanation. La plénitude de vie versée d'abord par le Père dans le Verbe, déborde de celui-ci et se répand dans les créatures, en s'adaptant aux êtres qui la reçoivent ^ Voici Téchelle des êtres : « Catena enim Deus, lesus, Spiritus, vouç, anima, angeli et deinde corporalia omnia subministrata ^ ». Remarquons vovç et anima placés avant les anges, et la distinction de vouç et à^ anima. L'âme n'est pas le vooç : elle le reçoit seulement ^. Quant à la matière, elle est ^\ ov : elle ne devient quelque chose que par l'âme qui la vivifie ^.
Il est inutile de remarquer que toute cette théorie de la création, si l'on excepte l'idée du Verbe créateur et de la matière néant par elle-même, est particulière à Victorin. Les anges, qu'il a nommés dans sa chaîne des créatures, ne sont pas entrés dans le cadre de sa théologie, mais nos autres auteurs, surtout Hilaire, Ambroise et Jérôme s'en sont occupés. Les deux derniers croient qu'ils ont été créés avant le monde corporel^. De leur nature saint Jérôme ne dit rien de précis, mais, en expliquant leur chute par un péché d'orgueil ^, il écarte l'argument qui de Genèse VI, 1, 2, concluait à leur corporéité. Cet argument au contraire a rendu incertaine l'opinion de saint Hilaire et de saint Ambroise. Tous deux semblent parfois regarder les anges comme affranchis de corps, spirituales et incorporaUs"^ \ mais le premier rapporte cependant la tradition qui voit les anges dans les fils de
1. Adu. Arium, I, 24, col. 1037 D ; 25, col. 1038 D, 1039 A B; 47, col. 1077 A B; IH, 3, col. 1100 BC; IV, 31, col. 1133 CD.