De natura boni
absolu pour elle serait de ne plus exister; mais justement alors le mal devient négation complète ^ .
Or, entre les différentes espèces de maux, il faut distinguer d'abord le mal que les philosophes nomment métaphysique j et qui n'est, pour les créatures, que la condition nécessaire d'infériorité où elles sont par rapport à l'être incréé et infini, ou, en vertu de leur nature particulière, par rapport les unes aux autres. On ne saurait voir en cela, remarque notre auteur, un véritable mal, car ces degrés divers de perfection contribuent à la beauté de l'univers. Il en faut dire autant de la disparition et de la succession dans la vie des êtres inférieurs. Le mal proprement dit n'est pas l'absence d'un bien quelconque, mais la privation d'un bien que l'on devrait avoir, et qui convient à la nature dont il s'agit 2.
Cette privation, à son tour, peut avoir pour objet un bien physique ou un bien moral. Dans le premier cas, elle est la conséquence du caractère imparfait de la créature qui vient du néant et qui tend à y retourner 3. Dans le second cas, elle n'a pas sa source dans une malice essentielle de la nature, mais dans la volonté libre. Le péché en effet n'est pas nécessaire ni voulu de Dieu; il n'est que « voluntas retinendi vel consequendi quod iustitia vetat, et unde liberum est abstinerc* » — « Non igitur nisi voluntate peccatur^ »; il n'est pas « appetitio naturarum malarum, sed desertio meliorum » ; il consiste à préférer un bien inférieur à un supérieur^; il n'a pas de cause proprement efficiente, mais déficiente'^.