Fragm. 117-121 (104-lOS
sur les apôtres [loan., xx, 22), le Saint-Esprit était contenu dans le Verbe et le Père^ Mais, à ce moment, il se faisait, comme parle Théodoret^, une extension de l'extension (TrapsxTaffiç x^ç Ttapexxacreoj-), et la monade se dilatait en trinité {y\ (jt-ovà; cpatvsTai TrXaTuvotxévvi eîç Tpià5a)3. Le Saint-Esprit vient d'ailleurs du Père et du Fils, car autrement on n'expliquerait pas comment saint Jean a pu dire (xv, 26; xvi, 14, 15) que le Saint- Esprit procède du Père et reçoit du Fils''.
Telle était, dans ses grandes lignes, la doctrine de Marcel. Nous sommes moins bien renseignés sur celle de son disciple Photin, évêque de Sirmium^, que nous voyons condamné avec lui par les eusébiens dès 344, et séparément par les orthodoxes dès 345. D'après Photin, Dieu est une seule hypostase; mais il a en lui sa raison; il est XoyoTràTwp^. En tant qu'intérieure, cette raison est IvôiâÔsToç; en tant qu'agissante, elle devient TTpocpopixoç, et celte prolation constitue en Dieu une première extension (uXaTuajxoç)^. Le Saint-Esprit en est une seconde.
Par l'incarnation, le Verbe devient Fils. A en croire saint Epiphane^, Photin aurait présenté l'incarnation comme une conversion du Verbe en la chair (eîc crapxa (xeraêgêXvitjLévov), mais c'est une erreur de l'évêque de Gonstantia. Photin regardait Jésus, né miraculeusement de la Vierge et du Saint-Esprit, simplement
i. Fragm. 70 (01).
2, Haeretic. fabul. comp., II, 10,
3, Fagm. 67 (60), •;. Fragm. 67 (60).
5, Sources : Saiîjt Épiphoe, Haer. LXXI. Les écrits de saint Athanase, de saint Hilaire et des historiens ecclésiastiques, Socrate et Sozomène, et les décrets des conciles qui ont condamné Photin.
6, NKSTonius, ap. Loofs, Nestoriana, p. 30^, 308.
7, Formule macrosiiche, V, VI (Haun, Bibliotek, § 159); Formule du premier eynoda de Sirmium. YI, YIII (Hahn, S iCO).
8, Haer. LXXJ, â.
comme un homme qui avait mérité par ses vertus d'être uni intérieurement au Verbe, et de devenir ainsi fils adoptif de Dieu^ Puisque le Verbe n'acquérait pas, par cette union, la personnalité qui lui manquait d'abord, le système, on le voit, revenait absolument à celui de Paul de Samosate.
Aussi n'y eut-il aucune difficulté entre eusébiens et orthodoxes sur la façon dont on devait apprécier les opinions de Photin, et les deux partis s'accordèrent à les condamner. Mais l'hétérodoxie de Marcel n'était pas aussi évidente. M. Loofs ne le juge pas sabellien, et rattache plutôt sa doctrine trinitaire à celle de l'école asiatique antérieure à saint Irénée^. Aux adversaires qui l'accusaient de revenir au paulianisme, en faisant de Jésus-Christ un homme en qui avait opéré rivspYEia Spa<mx-/i, Marcel répondait en leur renvoyant leur accusation, et en affirmant que toute la divinité avait habité en Marie (jo)ui.aTtx(o(;^. Il insistait aussi sur le lien intime (auvwdiç) et permanent qui rattachait, en Jésus, le Verbe à la chair, par opposition à l'action transitoire et extérieure exercée par le Verbe dans les patriarches et prophètes de l'ancienne Loi^. D'autre part, ses spéculations sur la cessation du règne du Christ avec la parousie n'étaient, en somme, que des hypothèses dont il ne garantissait pas la certitude; et enfin, et surtout, il faut bien le dire, son langage était si peu précis qu'il se prêtait aisément à des interprétations très différentes.
Aussi, pendant que les eusébiens le condamnaient, les nicéens et Athanase le défendirent. Lui-même ne s'abandonna pas, et, banni de son diocèse pour la se-
1. Vigilii Tapsensis Contra arianos dialogus, I, 4 (P. L., LXH, 182)